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Culture - Concert

Black Lips au Moyen-Orient, ou la déconstruction d’un cliché

L’idée pouvait paraître a priori surprenante : quatre rockeurs connus pour leurs excès sur scène et un réalisateur américains clôturent à Beyrouth une tournée au Moyen-Orient.

Les Black Lips sur scène.

Black Lips: autodécrits comme un groupe de Flower Punk, notion fourre-tout englobant psychédélisme sixties, riffs durs, garage, pointes rockabilly et une attitude toujours et surtout rock and roll.
Créé à Atlanta, en Géorgie, un État américain surtout connu pour être le berceau de REM et des B52’s, ce groupe, largement reconnu dans le milieu indépendant, est également célèbre pour ses prestations scéniques, version édulcorée de GG Allin, et ses concerts dans les régions les moins évidentes pour une formation comme la leur. Dont le Moyen-Orient, où le groupe a clôturé à Beyrouth une tournée filmée par le réalisateur américain indépendant Bill Cody.
«Tout est parti d’une idée de Cody, qui était curieux de revenir dans la région où il a réalisé un documentaire (Thank you for my eyes, sorti en 2010, NDLR)», explique le bassiste Jared Swilley. «L’idée d’une tournée au Moyen-Orient et d’une documentation filmée de nos aventures nous a séduits. Nous avions vraiment envie de découvrir la région, sa culture et ses habitants», poursuit-il. Cody s’appuie donc sur son réseau de contacts, rassemble des fonds... De fil en aiguille une tournée en bonne et due forme, sponsorisée par la marque Converse, voit le jour. Elle comprend l’excellente formation indépendante libano-canadienne Lazzy Lung en première partie pour sept dates dans cinq pays, dont Chypre en premier le 19 septembre, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et le Liban, en plus d’une performance parallèle des Black Lips à Erbil.

Accueil chaleureux
Le Moyen-Orient, peut-être l’une des destinations les moins accueillantes envers des ressortissants américains si l’on en croit la vaste majorité des chaînes télévisées occidentales. Une idée reçue que rejettent fermement les membres de Black Lips, qui ont décrit un accueil chaleureux aux antipodes des images violentes diffusées par les médias. «Nous n’avons pas du tout été confrontés à de l’hostilité en raison de notre origine», relève Jared Swilley. «Au pire, nous avons joué, dans certains endroits, devant une audience un peu perplexe face à un style qu’elle ne connaissait pas forcément – quoique les jeunes étaient toujours enthousiastes», ajoute en souriant le guitariste Ian Saint Pé.
«La seule fois où nous avons dû faire face à une attitude peu amicale, la raison ne venait absolument pas du fait que Black Lips sont américains, mais que nous étions en train de filmer un quartier populaire d’Alexandrie, ce qui n’a pas plu à certains résidents réfractaires aux caméras», ont souligné pour leur part Allan Chaaraoui, Imad Jawad et Anthony Sahyoun, de Lazzy Lung. Un premier cliché s’écroule.
Deuxième interrogation: qu’en est-il du mythe des musiciens trash, à moitié nus et ivres morts sur scène, relayé par la quantité impressionnante d’images gracieusement fournies par Internet? Là encore, l’impression générale qui se dessine est, au contraire, celle d’un groupe cultivé, chaleureux et curieux, d’après ses camarades de tournée. Un groupe dont les membres se sont longuement attardés en cours d’entretien sur la beauté de la citadelle d’Erbil et les joies des promenades dans la montagne libanaise.

Veni, vidi, lusi
Une impression d’assagissement largement confirmée par le concert de clôture à Beyrouth. Face à une première partie décoiffante d’un Lazzy Lung mené par un showman-né (Chaaraoui), qui a mis le feu avec un rock alternatif efficace, au son agréablement «réminiscent» de l’âge d’or des nineties, d’une part, et à un public déchaîné, d’autre part, Black Lips ont en fait détoné par leur prestation très, très sage.
Les Américains ont, certes, livré une performance énergique, brillamment exécutée en dépit des restrictions matérielles, dont un espace réduit et un son parfois à la limite du précaire. Mais, tandis que les fans s’étaient de toute évidence préparés à un spectacle déjanté dans la plus pure tradition Black Lips, le groupe s’est clairement abstenu de tout débordement. Une interaction moyenne avec les spectateurs, un passage grand-guignolesque comprenant des livreurs de pizzas sur scène et de la distribution occasionnelle de bières. Les punks étaient plutôt à trouver parmi le public, ce soir-là, qui a pogoté à tout-va et inondé la scène de divers projectiles – dont des rouleaux habituellement circonscrits à la salle de bains.
Était-ce dû à la peur de finir au poste, à la fatigue, à l’envie de ne pas faire ce que le public attendait d’eux? Quoi qu’il en soit, un autre cliché s’est écroulé, ce samedi soir, et un groupe bien libanais a de nouveau confirmé en parallèle tous les espoirs portés en lui.
Black Lips: autodécrits comme un groupe de Flower Punk, notion fourre-tout englobant psychédélisme sixties, riffs durs, garage, pointes rockabilly et une attitude toujours et surtout rock and roll. Créé à Atlanta, en Géorgie, un État américain surtout connu pour être le berceau de REM et des B52’s, ce groupe, largement reconnu dans le milieu indépendant, est également célèbre pour ses prestations scéniques, version édulcorée de GG Allin, et ses concerts dans les régions les moins évidentes pour une formation comme la leur. Dont le Moyen-Orient, où le groupe a clôturé à Beyrouth une tournée filmée par le réalisateur américain indépendant Bill Cody. «Tout est parti d’une idée de Cody, qui était curieux de revenir dans la région où il a réalisé un documentaire (Thank you for my eyes, sorti en 2010,...
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