Nada Bou Farhat, Jacques Maroun, Nadine Labaki et Talal el-Jurdi au cours d’une conférence de presse annonçant le lancement de « Reasons to Be Pretty » au théâtre al-Madina.
1 – N’y allons pas par quatre chemins et disons le tout net. Cette pièce marque les débuts de Nadine Labaki sur les planches. La réalisatrice-scénariste libanaise cherche en effet à « compléter sa formation d’actrice » (dixit elle), entamée dans ses propres longs métrages Caramel et Et maintenant on va où ?, mais aussi dans d’autres comme le récent Balle perdue de Georges Hachem, pour lequel elle a décroché le Valois de la meilleure actrice au Festival du film francophone d’Angoulême. « Selon les dires de nombreux acteurs que j’ai côtoyés, l’expérience du théâtre est différente de celle du grand écran », a ainsi affirmé la belle qui a avoué avoir « peur de la réaction du public ». Dans le monde du 6e art, on appelle cela « avoir le trac »...
2 – À l’affiche également : Nada Bou Farhat, la « battante » qui a des tripes, une des meilleures actrices du moment, avec une carrière entamée il y a 17 ans dans une opérette des Rahbani et au cours de laquelle elle a glané pas mal de statuettes dont le Murex d’or en 2007, et ceux de la meilleure actrice au Festival du film de Dubaï en 2008, et aux festivals d’Oran, d’Osian et de Thessalonique pour son rôle dans Under the Bombs, de Philippe Aractingi. On n’est pas près d’oublier non plus sa récente performance dans Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène par Jawad el-Assadi.
3 – Puisqu’il s’agit d’une pièce sur les apparences, signalons que tous les acteurs (ils sont quatre) ont une belle plastique. Donc outre Labaki et Bou Farhat, qui rivalisent de charme, on retrouve le prolifique Talal el-Jurdi, Murex d’or pour son rôle dans 3Lamma Hekyet Maryam d’Assad Fouladkar. Et Élie Mitri, acteur de séries Web (Beirut I Love You et Fasateen) mais aussi de cinéma, de télévision et de théâtre.
4 – La pièce de l’américain Neil La Butte a remporté un succès considérable auprès du public et de la presse lors de ses représentations et diverses adaptations à Broadway, New York et au West End, Londres.
5 – Le jeune et ambitieux metteur en scène qui s’est emparé de l’œuvre, Jacques Maroun, a fait ses premières armes théâtrales à New York où il a été formé à l’Actors Studio (il est donc pétri des conseils d’Al Pacino, de Harvey Keitel, Barbara Poitier, Sam Schacht, Barry Levinson, et autres Sidney Lumet). De retour au Liban après 15 ans de carrière aux États-Unis en tant que comédien, metteur en scène et producteur, il a fondé The Actors Workshop/ Mouhtaraf al-Moumathilin, une structure qui propose une formation assidue aux artistes de la scène, professionnels ou amateurs. « Pour sensibiliser la jeunesse sur l’importance de cette formation et injecter le monde du spectacle de nouveaux talents. » En 2012, il a fondé The Actors Workshop Productions pour venir en aide aux nouveaux talents. Reasons to Be Pretty en est la troisième production.
6 – Libanisée « beaucoup », selon son metteur en scène, gardant son titre anglophone mais présentée en arabe parlé, la pièce est « un miroir de notre société, de toutes les sociétés, de 90 % de la race humaine », affirme Maroun. La voir serait donc égal à se voir soi-même. Ou à se mettre en face d’un miroir aux alouettes.
7 – Reasons to Be Pretty (im)pose un regard tragi-comique sur nos obsessions concernant la beauté. Histoire frappante qui pose le doigt sur les douloureuses plaies des relations personnelles, et force une vraie remise en question sur la puissante interrogation de notre identité la plus profonde qui se repend sur l’ensemble de la société », affirme le synopsis.
La pièce nous entraînerait également, selon le prospectus, « dans le voyage hilarant et déchirant des relations actuelles ». Tout cela reste évidemment à être prouvé.
8 – L’histoire, alors ?
Deux couples. Quatre amis.
« Son visage est devenu banal », dit Adel (Tala el-Jurdi) à propos de Stéphanie (Nadine Labaki), sa petite amie. Cette affirmation, entendue par mégarde, a suffi pour déclencher une avalanche d’événements et mettre ainsi en doute tout son monde et ses relations. Il est confus et ne voit pas sa culpabilité. Stéphanie, elle par contre, est dévastée : elle ne supporte pas de constater que son homme ne la considère plus comme étant la plus belle et l’unique. Entre-temps, Toufic (Élie Mitri), le meilleur ami de Adel, se flatte d’avoir une femme magnifique tout en se vantant de sa nouvelle conquête au sein du travail. De son coté, Carla (Nada Abou Farhat), soupçonneuse, réévalue son soi-disant mariage féerique avec Toufic.
9 – « Transgressif. Contestataire. Inspirant. Plein d’émotions. Direct, drôle et prise de conscience. Divertissement garanti », promet également le metteur en scène. À prouver, aussi.
10 – Comme toute œuvre artistique, cette pièce risque aussi de ne pas se conformer aux règles esthétiques de tout un chacun. D’être un flop, tout simplement. Ou de s’attirer les critiques acerbes de quelques esprits « originaux ». Mais cela fait partie du lot et, pourquoi pas, une raison supplémentaire d’aller juger par soi-même.


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