Les groupes EADS et BAE Systems négocient d’arrache-pied pour boucler leur projet d’ici au 10 octobre. Andrew Yates/Éric Piermont/AFP
« Une offre publique d’achat sur BAE peut intervenir à tout moment, jusqu’à l’approbation de l’opération par les assemblées générales des deux sociétés », attendue en 2013, reconnaît un expert proche des négociations. « Il est toujours possible qu’une compagnie américaine entre en lice, mais deux facteurs jouent contre cette éventualité », pour David Reeths, directeur chez les consultants IHS Jane’s. « D’une part, la valorisation élevée de BAE (40 % du capital contre 60 % pour EADS) dans le projet de fusion semble à même de prévenir une surenchère, dit-il. D’autre part, le Pentagone s’oppose à toute nouvelle concentration dans le secteur américain de la défense pour préserver la concurrence ». Richard Aboulafia, analyste du groupe américain Teal, juge une offre de rachat « totalement improbable, aucune entreprise américaine ne voulant vraiment des handicaps inhérents à la propriété d’une société européenne ».
Un projet de fusion abouti devrait être approuvé par le Comité sur les investissements étrangers aux États Unis (CFIUS), où sont représentés la plupart des ministères américains. BAE réalise en effet près de la moitié de son chiffre d’affaires avec sa filiale américaine. EADS cherche en s’alliant avec lui à améliorer son accès au plus grand marché de la défense au monde. « Il est probable que les groupes américains vont tenter de présenter les sociétés à capitaux étrangers, y compris une combinaison EADS-BAE en Amérique du nord, comme des intrus », commente David Reeths. « Mais celle-ci peut parer de plusieurs façons : en conservant des marques différentes, en insistant sur les emplois qu’elle assure aux États-Unis et sur l’indépendance des directions de ses filiales, condition express pour conserver les autorisations spéciales de sécurité qui leur permettent de travailler sur des projets confidentiels ». Richard Aboulafia estime que seul Boeing pourrait mener campagne contre le nouveau rival. « Tous les autres ont besoin de coopérer sur le projet de l’avion de combat multi rôle JSF », dont BAE assure 17 % mais où Boeing n’est pas impliqué.
Boeing avait réussi en 2011 à empêcher EADS de remporter une énorme commande d’avions ravitailleurs de l’US Air force. « Mais il devra être prudent, parce que la Grande-Bretagne représente pour lui un énorme marché », tempère M. Aboulafia. Le Congrès, accaparé par l’élection présidentielle du 6 novembre, n’a pas encore réagi à l’ambitieux projet. Les Européens espèrent un accueil favorable. « Les États-Unis appellent les Européens à prendre leurs responsabilités en matière de politique étrangère, ce qui passe par une industrie de la défense forte », souligne l’amiral français Jacques Lanxade, ancien chef d’état-major des armées. L’argument n’est pas décisif si les budgets de défense européens continuent à décliner, remarque Richard Aboulafia. « À quoi bon par exemple avoir créé une société performante comme Eurocopter (filiale d’EADS), quand on réduit comme l’Allemagne ses commandes d’hélicoptères de combat ? » demande-t-il.
(Source : AFP)


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