« Je pense que nous aurons besoin de plus de temps », a déclaré hier le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, après une rencontre à Chypre avec ses homologues français et britannique. « On s’avance vers une extension probable des délais », a confirmé une source française proche du dossier. EADS a aussitôt fait savoir qu’il comptait tenir la cadence. « Notre intention reste de fournir les clarifications nécessaires d’ici au 10 octobre à la commission britannique des offres publiques d’achat », a déclaré un porte-parole. De sources proches du groupe, on se demande pourquoi des gouvernements, informés avant l’été et qui avaient donné un accord de principe sur le rapprochement auraient besoin de plus de temps. « Les contacts avec les gouvernements sont presque quotidiens, on a répondu à toutes les questions, ils ont toutes les cartes en main, fait-on valoir. Il est temps de dépasser les égoïsmes nationaux, il faut qu’ils se décident. »
L’action EADS a perdu 17 % de sa valeur depuis l’annonce du projet le 12 septembre et la perspective d’un report de la décision pourrait affoler les marchés, de plus les clients commencent à poser des questions, ajoute-t-on. « Plus la décision tarde, plus cela donne du carburant aux sceptiques », a confirmé Christophe Menard, analyste chez Kepler Capital Markets.
EADS se garde de montrer du doigt un gouvernement, mais c’est Berlin qui traîne les pieds. « Je comprends l’énervement des gens d’EADS quand on voit la désorganisation du côté allemand, a poursuivi l’expert proche des négociations. On pourrait vivre avec la prolongation du délai, mais on ne sait pas ce que les Allemands veulent, ce qui les intéresse. » Contrairement aux gouvernements français et britannique qui se sont organisés et ont réparti les responsabilités entre les ministères, en Allemagne « on n’arrive pas à engager des discussions concluantes », dit-il.
Tom Enders, le patron d’EADS, a tenté de rassurer Berlin en assurant mercredi à la commission des affaires économiques du Bundestag que « les actifs en Allemagne resteront en Allemagne » et des garanties écrites seront fournies à chacun des États, indique-t-on de source proche de l’opération. Berlin semble aussi s’inquiéter de perdre la parité avec Paris que lui garantit le pacte d’actionnaires conclu à la création d’EADS en 2000. Ce pacte sera dissous du fait de la fusion, et la France entend conserver sa part au capital, alors que l’Allemagne n’en a pas. Mais cette part, ramenée mathématiquement à 9 %, ne lui permettra pas d’intervenir dans la gestion du groupe, expliquent les experts qui accompagnent l’opération. En revanche, l’Allemagne et la France recevront une « action spéciale », comme celle que détient l’État britannique dans BAE Systems et la conservera dans la nouvelle société. Cette action lui permet de s’opposer à quiconque acquiert plus de 15 % de la société sans son accord.
(Source : AFP)


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