L’armée libyenne a ordonné hier aux milices et aux groupes armés autonomes d’évacuer « immédiatement » leurs bases dans la capitale Tripoli. Gianluigi Guercia / AFP
Quelque chose semble avoir changé depuis deux jours : l’armée libyenne a ordonné hier aux milices et aux groupes armés autonomes d’évacuer « immédiatement » leurs bases dans la capitale Tripoli, faute de quoi ils en seront chassés par la force. Selon l’agence de presse LANA, toutefois, les miliciens auraient quarante-huit heures pour se plier à cette injonction.
Cet ultimatum intervient après le départ des principales milices islamistes de la ville de Derna, dans l’est du pays, et l’éviction de Benghazi du groupe Ansar el-Charia, chassé vendredi par des manifestations anti-islamistes. Ansar el-Charia avait été mis en cause dans l’attaque du consulat américain le 11 septembre à Benghazi, qui a coûté la vie à l’ambassadeur Christopher Stevens.
« Le chef de l’armée Yousssef el-Mangouch et (le président du Congrès national) Mohammad Magarief ont ordonné à toutes les milices illégales de quitter leurs bases et de remettre leurs armes à l’armée nationale », a dit Adel Othman el-Barassi, un porte-parole du ministère de la Défense. « Un comité constitué par la police militaire a été mis en place pour prendre le contrôle des bases, rassembler les armes et les remettre à l’armée nationale », a-t-il ajouté, précisant que les militaires avaient d’ores et déjà délogé, désarmé et arrêté hier des miliciens qui occupaient un poste sur la route de l’aéroport de Tripoli. Le nom de l’organisation à laquelle appartiennent ces miliciens n’est pas précisé. L’opération s’est déroulé « pacifiquement ».
Une vie normale
Samedi, Mohammad Magarief avait rencontré le soir à Benghazi des responsables locaux et annoncé la mise en place d’une nouvelle structure rassemblant militaires et policiers pour assurer la sécurité dans la capitale de la Cyrénaïque. Abou Slim et Ansar el-Charia, les deux principales milices islamistes de Derna, avaient annoncé samedi également leur dissolution et l’évacuation de leurs cinq bases militaires dans cette ville. Elles réagissaient au mouvement entamé la veille à Benghazi.
« Des groupes de la société civile sont venus dans nos camps et les jeunes manifestants nous ont demandé d’évacuer les lieux, a déclaré Slim Derby, chef de la brigade des martyrs Abou Slim. Nous nous sommes pliés à leur demande pour préserver la sécurité dans la ville. Nos hommes vont retrouver une vie normale et leur emploi. » Ansar el-Charia a également annoncé avoir cédé aux manifestants pour les mêmes raisons.
« Abou Slim avait trois camps, Ansar el-Charia en avait deux », a déclaré Siradj Chennib, un professeur de linguistique de 29 ans qui a participé à des manifestations contre les milices. « Donc cela fait cinq bases. Toutes vides aujourd’hui. Les milices de Derna ont vu ce qui s’était passé la nuit dernière et elles ont décidé qu’elles ne pouvaient plus tuer leurs frères. Alors elles se sont dissoutes », a-t-il ajouté. « Ils ont dit qu’ils n’existaient plus en tant que milices à Derna. Ils vont rentrer chez eux et laisser la sécurité au ministère de l’Intérieur et à l’armée », a poursuivi M. Chennib. Pour cet enseignant, Derna n’est pas une base arrière d’el-Qaëda, mais il reconnaît que certaines personnes étaient connues comme jihadistes.
Les États-Unis ont immédiatement salué samedi l’éviction d’Ansar el-Charia de Benghazi et l’ont présentée comme le signe que les Libyens ne se résolvaient pas à avoir abandonné « la tyrannie d’un dictateur », une référence à Mouammar Kadhafi, pour une autre forme d’autoritarisme.
(Source : Reuters)

