Finalement, Hassan Nasrallah n’est pas un homme intelligent.
Cette semaine était sans pitié pour cet homme sûrement bon stratège, charismatique, intuitif, mais contrairement à tout ce qui se disait, s’écrivait et se répétait, jusque dans ces mêmes colonnes, furieusement pas intelligent.
Ce n’est pas tant la forme ni le timing de ses tout derniers shows, entre télévision et bain de foule, qui gênaient. Là, le patron du Hezbollah s’en est plutôt bien tiré. Ce n’est pas par respect envers la communauté chrétienne, ou par calcul, pour la draguer, qu’il a attendu le départ de Benoît XVI pour éructer de nouveau. M. Nasrallah n’en a que faire des autres Libanais : comparés à son arsenal, ils ne représentent, eux, aucune division. C’est uniquement pour faire comprendre au monde en général et au courant du Futur en particulier que ses gens, eux, ne déchirent pas les photos du souverain pontife au premier jour de la visite papale. Que ses gens, eux, à commencer par cheikh Kabalan, se réveillent aux aurores pour accueillir, sourire béat, Benoît XVI. Et puis se noyer en chair et en os dans le million pour manifester contre les insultes infligées au Prophète et faire la nique aux Israéliens, cela pourrait avoir un peu de gueule. Même s’il aurait pu faire la même chose pour accueillir le pape ou participer aux séances de dialogue national.
Le problème, le terrible problème, c’est le fond.
Englué dans cette terrible chronique d’une déchéance annoncée depuis le démarrage à Deraa de la révolte syrienne, papillon épinglé qui gigote avec beaucoup d’hystérie en se demandant pour la première fois de quoi demain sera fait, et totalement démythifié et recalibré au sein du monde arabo-muslman, le Hezbollah a vu dans The Innocence of Muslims un cadeau des cieux, des dieux, un signe du Mehdi. C’était alors, quelques heures à peine après la messe papale en front de mer, une orgie de surenchère(s) contre la communauté sunnite. Plus aucune digue, aucun garde-fou ne retenait Hassan Nasrallah : à l’entendre et à le comprendre, le navet absolu, amateur, crétin et criminel dont les quatorze minutes de bande-annonce sur YouTube ont enflammé la planète ne visait désormais plus les musulmans mais les chiites, rappel de Salman Rushdie et piques vipérines aux leaders arabes à la clé. Et sans jamais, au grand jamais, dénoncer les violences engendrées par ce film. Hassan Nasrallah a recentré et iranisé le débat.
C’était peut-être de bonne guerre, mais le patron du Hezb a raté une grande, une très grande occasion de prendre une hauteur immense et inédite. Aux yeux de sa communauté, naturellement ; aux yeux de l’immense majorité des musulmans modérés du monde ; aux yeux de la moitié des Libanais qui ne voient plus en lui que ce qu’au fond il est et veut être : un chef de milice, et, enfin, aux yeux de l’Occident. Il aurait juste fallu qu’il explique ce dont il doit, résolument, être convaincu : que ce film n’engage en rien ces États-Unis présidés par Barack Obama, que ce film est une ânerie monumentale dont il faut juste se moquer, que les fast-foods US n’en sont pas les heureux coproducteurs, et qu’on ne réagit pas à l’imbécilité et à l’immonde par encore plus de bêtise et d’horreur. Que l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye est une honte qui ne fait en rien honneur aux musulmans ou à l’islam. Aurait-il suivi cette voie royale que Hassan Nasrallah aurait magnifiquement réussi ce qu’il cherche désespérément à faire depuis que la chute du régime baassiste en Syrie s’est avérée inéluctable : rebondir.
Au lieu de cela, c’est l’impétueux, le très dangereux Ahmad el-Assir qui prononce ces mots. Qui s’approprie le thème. Et dont les partisans brandissaient hier de superbes banderoles – superbes d’intelligence et de bon sens. Pire encore : qui rappelle que des dizaines de musulmans, de fils du Prophète, sont égorgés et tués chaque jour par Bachar el-Assad en Syrie sans que personne dans la sphère arabo-musulmanne ne lève le petit doigt.
Ce n’est plus un manque d’intelligence. Ni un manque total de (pré)vision. C’est du suicide politique. C’est dommage. Mais finalement, ce n’est pas plus mal.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Très bel article!
08 h 25, le 23 septembre 2012