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Liban - En Dents De Scie

Antishow

Trente-huitième semaine de 2012.
Finalement, Hassan Nasrallah n’est pas un homme intelligent.
Cette semaine était sans pitié pour cet homme sûrement bon stratège, charismatique, intuitif, mais contrairement à tout ce qui se disait, s’écrivait et se répétait, jusque dans ces mêmes colonnes, furieusement pas intelligent.
Ce n’est pas tant la forme ni le timing de ses tout derniers shows, entre télévision et bain de foule, qui gênaient. Là, le patron du Hezbollah s’en est plutôt bien tiré. Ce n’est pas par respect envers la communauté chrétienne, ou par calcul, pour la draguer, qu’il a attendu le départ de Benoît XVI pour éructer de nouveau. M. Nasrallah n’en a que faire des autres Libanais : comparés à son arsenal, ils ne représentent, eux, aucune division. C’est uniquement pour faire comprendre au monde en général et au courant du Futur en particulier que ses gens, eux, ne déchirent pas les photos du souverain pontife au premier jour de la visite papale. Que ses gens, eux, à commencer par cheikh Kabalan, se réveillent aux aurores pour accueillir, sourire béat, Benoît XVI. Et puis se noyer en chair et en os dans le million pour manifester contre les insultes infligées au Prophète et faire la nique aux Israéliens, cela pourrait avoir un peu de gueule. Même s’il aurait pu faire la même chose pour accueillir le pape ou participer aux séances de dialogue national.
Le problème, le terrible problème, c’est le fond.
Englué dans cette terrible chronique d’une déchéance annoncée depuis le démarrage à Deraa de la révolte syrienne, papillon épinglé qui gigote avec beaucoup d’hystérie en se demandant pour la première fois de quoi demain sera fait, et totalement démythifié et recalibré au sein du monde arabo-muslman, le Hezbollah a vu dans The Innocence of Muslims un cadeau des cieux, des dieux, un signe du Mehdi. C’était alors, quelques heures à peine après la messe papale en front de mer, une orgie de surenchère(s) contre la communauté sunnite. Plus aucune digue, aucun garde-fou ne retenait Hassan Nasrallah : à l’entendre et à le comprendre, le navet absolu, amateur, crétin et criminel dont les quatorze minutes de bande-annonce sur YouTube ont enflammé la planète ne visait désormais plus les musulmans mais les chiites, rappel de Salman Rushdie et piques vipérines aux leaders arabes à la clé. Et sans jamais, au grand jamais, dénoncer les violences engendrées par ce film. Hassan Nasrallah a recentré et iranisé le débat.
C’était peut-être de bonne guerre, mais le patron du Hezb a raté une grande, une très grande occasion de prendre une hauteur immense et inédite. Aux yeux de sa communauté, naturellement ; aux yeux de l’immense majorité des musulmans modérés du monde ; aux yeux de la moitié des Libanais qui ne voient plus en lui que ce qu’au fond il est et veut être : un chef de milice, et, enfin, aux yeux de l’Occident. Il aurait juste fallu qu’il explique ce dont il doit, résolument, être convaincu : que ce film n’engage en rien ces États-Unis présidés par Barack Obama, que ce film est une ânerie monumentale dont il faut juste se moquer, que les fast-foods US n’en sont pas les heureux coproducteurs, et qu’on ne réagit pas à l’imbécilité et à l’immonde par encore plus de bêtise et d’horreur. Que l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye est une honte qui ne fait en rien honneur aux musulmans ou à l’islam. Aurait-il suivi cette voie royale que Hassan Nasrallah aurait magnifiquement réussi ce qu’il cherche désespérément à faire depuis que la chute du régime baassiste en Syrie s’est avérée inéluctable : rebondir.
Au lieu de cela, c’est l’impétueux, le très dangereux Ahmad el-Assir qui prononce ces mots. Qui s’approprie le thème. Et dont les partisans brandissaient hier de superbes banderoles – superbes d’intelligence et de bon sens. Pire encore : qui rappelle que des dizaines de musulmans, de fils du Prophète, sont égorgés et tués chaque jour par Bachar el-Assad en Syrie sans que personne dans la sphère arabo-musulmanne ne lève le petit doigt.
Ce n’est plus un manque d’intelligence. Ni un manque total de (pré)vision. C’est du suicide politique. C’est dommage. Mais finalement, ce n’est pas plus mal.
Trente-huitième semaine de 2012.Finalement, Hassan Nasrallah n’est pas un homme intelligent. Cette semaine était sans pitié pour cet homme sûrement bon stratège, charismatique, intuitif, mais contrairement à tout ce qui se disait, s’écrivait et se répétait, jusque dans ces mêmes colonnes, furieusement pas intelligent. Ce n’est pas tant la forme ni le timing de ses tout derniers shows, entre télévision et bain de foule, qui gênaient. Là, le patron du Hezbollah s’en est plutôt bien tiré. Ce n’est pas par respect envers la communauté chrétienne, ou par calcul, pour la draguer, qu’il a attendu le départ de Benoît XVI pour éructer de nouveau. M. Nasrallah n’en a que faire des autres Libanais : comparés à son arsenal, ils ne représentent, eux, aucune division. C’est uniquement pour faire comprendre au...
commentaires (10)

Très bel article!

Habib Rolla

08 h 25, le 23 septembre 2012

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Commentaires (10)

  • Très bel article!

    Habib Rolla

    08 h 25, le 23 septembre 2012

  • La semaine passée l'article était bien. Là c'est un remake pas franchement réussi. Alors bof. On avait compris... une fois.

    Daniel Lange

    05 h 45, le 22 septembre 2012

  • C vrai qu'il faut apprendre a ce monsieur..a penser ..a etre econome de ses mots ...ne pas intervenir..ni defendre n'importe quoi et n'importe qui...il est ridicule...

    Houri Ziad

    03 h 42, le 22 septembre 2012

  • superbe Ziad c est tout a fait ca! Mes condoleances a tous ceux qui se sont prosternes devant hassan nasrallah!

    Jureidini youmna

    03 h 13, le 22 septembre 2012

  • Monsieur Nasrallah , il semble que ,la vie de collabo multicartes devient de plus en plus précaire et incertaine en 2012 ,surtout quand le chef... est plus positionné ,coté porte de sortie... que porte d'entrée... ,et que ...les autres à Alamut ...sont a mille km d'ici..., alors sincèrement, nous libanais nous souhaitons que vous ne loupiez pas vôtre sortie ...,en épargnant au peuple des malheurs supplémentaires , vu qu'il a déjà payé un très lourd tribu aux dérives miliciennes ...

    M.V.

    02 h 59, le 22 septembre 2012

  • Monsieur Ziad Makhoul, en un succint article vous avez tout dit. H.N. contrôle sa rue, et ne l'a pas laissé aller dans des exactions comme les autres. On ne peut que remercier tous les Chiites pour la bonne réception qu'ils ont faite au Pape. Mais... après, il a manqué l'occasion de condamner les débordements, partout dans les pays musulmans, et il s'est contenté de lancer une balle avec une charge atomique dans le camp de la Ligue Arabe, pour exploiter à fond cette affaire et se présenter en super musulman, oubliant aussi de condamner les massacres journaliers de musulmans par ses alliés syriens et Iraniens. Le paravent "caporalistique" ne suffit plus à le cacher. Par contre, les débordements des extrémistes Salafistes Sunnites, au Liban, sert sa cause, et il s'est concentré, en exploitant leur idiotie, à dorer son blason. Et je me demande qui des promoteurs du FILM ou des fanatiques de tous bords ont fait le plus de dommage au Prophète Mahomet...

    SAKR LEBNAN

    02 h 47, le 22 septembre 2012

  • Bien dit Ziad Makhoul , vous n'avez alors qu'a vous faire pousser une barbe et a vous enrôler sous la banderole de Assir comme ca il n'y aurait que des intelligents dans sa bande.

    Chadarev

    02 h 18, le 22 septembre 2012

  • "La chanson disait : Les "fakîîhàRiens" ça se tortille, ça s'entortille, ça entortille, ça sautille, ça se met en vrille, ça se recroqueville sans Rien : peu leur chaut ! D'où sortent-ils, quand le vent les porte à travers ce Beau Pays, suivant l'ombre sombre de leur ombre, ces "Malsains" ? Et dans leurs arrogances plates, ils se plissent, palissent, du coup aplatissent et pour finir s’aplatissent ! Mais les "anthracites", un soir d'audace face à leurs faces dans la glace rêvassant d'espace, se mettent en cuirasse. Et alors-là, place : allons Downtown, faites leur espace ; tenez-vous bien les gars et vive le haut Afka, Kartaba, Lassa et le haut Faraya ; ou la Dâhhïyéh, kifkif. Mais ils se désempareront et repartiront bredouilles, les puinés ! Les voilà qu’ils chavirent pour une méditerranéenne trop Belle pour eux, elle la éhhh Levantine ; attrapent de l’acné, et des soupirs qu'ils désirent dire mais n’oseront plus jamais dire. Et la Libanaise Saine, par dessus leurs "Petites ou grosses" têtes, idem ; plus Sanité Cédraie Compatible que "Malsanité" à leur Image ; voilà qui les lâche du bout des doigts : ces "fakihistes"-là. Alors voilà qu'ils se rapetissent et finissent dans ces contrées similis-exotiques centre asiatiques, n'osant plus Rien maudire ni frémir mais auront droit à un soupir.Et se volatiliseront pour de bon : bien fait pour leur "Mauvais Œil" aux paupières "cousues" bientôt.".

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    00 h 23, le 22 septembre 2012

  • Nickel..... Makhoul Ziyad ! Tout est dit.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    23 h 20, le 21 septembre 2012

  • N'est-ce pas une attente irréaliste ? Faut-il rappeler que le régime iranien a profité de l'épisode du film répugnant en substance et mauvais goût, pour faire une stupide surenchère qui le discrédite encore énormément devant le monde (comme s'il en avait encore besoin !) : augmentation de 500.000 dollars de la prime pour l'assassinat de Salman Rushdie, portée ainsi à 3,3 millions ? Or Hassan Nasrallah respire quotidiennement l'humeur et la ligne de conduite du régime iranien. C'est strictement impossible d'y changer une virgule.

    Halim Abou Chacra

    22 h 55, le 21 septembre 2012

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