Collier Limelight Golden Party de la collection Piaget Rose.
C’est l’un des événements parisiens les plus attendus des collectionneurs. La Biennale des Antiquaires qui se tient au Grand Palais tous les deux ans est le rendez-vous des marchands d’art les plus avertis. Elle est aussi le lieu où les grands joaillers lancent leurs pièces les plus exceptionnelles. Dans un écrin démesuré dont la scénographie a été orchestrée par Karl Lagerfeld, Paris concentre pour cette 26e édition, depuis le 14 septembre et jusqu’à dimanche, ce que le monde sait faire de plus beau. L’occasion d’un lèche-vitrines hors du commun.
« Lèche-vitrines à Paris » est d’ailleurs le titre donné par Karl Lagerfeld à cette biennale exceptionnelle en tout point. Pour marquer la démesure de l’espace intérieur du Grand Palais, le couturier/créateur pluridisciplinaire a placé une montgolfière sous le dôme, soulignant l’immensité de la nef. Juste en dessous, un café meublé par Fendi. Partant de ce lieu de rencontre en arc de cercle, rayonnent des minirues où les stands ressemblent à des boutiques d’architecture haussmannienne. On circule sur une moquette qui reproduit un dallage en trompe-l’œil, entre des peintures de Chagall, d’Yves Klein, de Lucio Fontana, des Picasso, des coffres et des cabinets créés par Peter Marino et qui s’annoncent comme les nouveaux indispensables de la décoration intérieure. Mais visiblement, ce sont les joailliers qui drainent le plus d’acheteurs et de curieux. Le public commente en connaisseur, les vigies sont sur les dents, les créateurs sont présents sur les lieux, prêts à offrir au chaland une belle histoire qui apportera une valeur ajoutée à l’objet de la tentation. Bien que ces boutiques soient éphémères, on admire l’effort de décoration et d’effets déployé pour la circonstance.
Boucheron draine les visiteurs avec son bestiaire fantastique, à la fois porte-bonheur et chargé d’émotions. Chez Bulgari, on joue sur la nostalgie de l’âge d’or du cinéma américain. On cite volontiers Élisabeth Taylor qui indiquait que la meilleure partie du tournage de Cléopâtre à Rome était la possibilité pour elle d’aller flâner et faire du shopping chez le grand joaillier. Chez Chaumet, une collection de tiares en maillechort longe une colonne centrale. La maison met en avant son art de la couronne et du bijou de tête, mais aussi des créations exclusives numérotées de 1 à 12, présentées chacune dans une vitrine individuelle. Non loin, le Chinois Wallace Chang, costume sombre, cheveux longs, fine barbichette, parle aux curieux. On murmure qu’il est le seul joaillier invité du Salon, autrement dit, les organisateurs lui auraient offert son stand. C’est un tel pôle d’attraction qu’on comprend la démarche. Deux cent trente millions d’€ entre bijoux et objets d’art plus fantastiques et plus précieux les uns que les autres, paradoxalement placés sous le signe du zen. Zen, forcément, sont cette faune et cette flore aussi excessives que poétiques, par leur pureté et leur perfection. Chez Dior haute joaillerie, un hommage appuyé était rendu à Monsieur Christian Dior, l’un des premiers couturiers à introduire le faux bijou comme une touche finale à ses créations. C’est en pierres précieuses, opales et gemmes multicolores que la créatrice de cette collection, Victoire de Castellane, a réinterprété les bijoux en toc du créateur. La collection s’appelle d’ailleurs « Dear Dior », presque un billet doux. Chez Chanel, on a carrément déménagé les panneaux de Coromandel chers à Mademoiselle pour reproduire l’univers particulier de cette créatrice qui a révolutionné la mode féminine. Du noir parce qu’elle a été la première à oser faire du noir la couleur de tous les jours. Un lion parce qu’elle est née en août et que c’est son animal fétiche. Une foultitude d’autres symboles parce qu’elle était fétichiste, justement, et superstitieuse. D’emblée on sait que ces camélias, ces comètes, ces pluies d’étoiles sont des porte-bonheur. On répète que les étoiles lui rappellent le pavé du couvent où elle a grandi quand elle n’était encore qu’une petite orpheline. On rappelle à l’envi que l’éclat des diamants était pour Gabrielle Chanel la réplique minérale des lumières de Paris. Chez Van Cleef, place au bijou conte de fées avec une collection intitulée « Songe d’une nuit d’été ». Toujours sous le signe de la chance et de la protection, des fées et des fleurs se déploient en pierres précieuses sur des parures d’une extrême délicatesse.
Cartier, joaillier des rois
...Et roi des joaillers comme on aime le répéter dans la maison qui n’a pas démérité de sa couronne en s’offrant le plus grand espace de la biennale, 250m2 au seuil du salon d’honneur. Ici, pas besoin de décor. Les murs beiges conformes au décor de toutes les boutiques Cartier dans le monde forment un écrin où se détache la somptuosité des créations. Quatre thèmes ont été définis par la directrice de la création Jacqueline Karachi en collaboration avec les techniciens de la maison. Il s’agit de quatre paysages : le luxuriant, le solaire, le boréal et l’urbain.
Partant de là, 150 pièces de haute joaillerie réalisées autour de pierres et de matériaux exceptionnels définissent leur appartenance à l’un ou l’autre environnement. Dans le cercle boréal, place aux gemmes bleues ou blanches, à celles qui évoquent l’eau et la neige. On trouvera par exemple une aigue-marine de 236,27k, presque un iceberg ! ...Et de délicieux pingouins sculptés dans du diamant. Dans le paysage solaire, on est attiré par un pendentif en diamants jaunes, circulaire, il a un effet hypnotique, les pierres y étant agencées de façon à ce qu’on y distingue des dunes de sable qui apparaissent et disparaissent selon l’angle à travers lequel on les regarde. Le paysage luxuriant est habité par les panthères chères à la maison. On est attiré par un médaillon en palétuvier pétrifié de l’Arizona où les taches noires présentes sur le bois clair imitent parfaitement la robe de la bête. Une panthère noire, à côté, est sculptée dans un os de dinosaure.
Exceptionnel, on vous l’a dit, tout autant que ces saphirs paparadscha dont l’eau prend des nuances roses et orange, la rencontre des deux couleurs signant la rareté de la pierre. Dans le paysage urbain, un hommage vibrant à l’architecture et au design du XXe siècle avec notamment des bracelets plats dessinés en ellipses, qui doivent couler sur la main avec souplesse. On n’imagine pas les calculs nécessités pour réaliser un autre bracelet manchette où s’alternent des barrettes d’onyx et de diamant. En le regardant de près, on s’aperçoit que les rangées sont parfaitement parallèles, mais les pierres posées en quinconce donnent l’impression que les lignes bougent. Effet d’optique inspiré de Vasarely, mais, nous dit Jacqueline Karachi, un tel travail n’aurait pas été possible il y a seulement quelques années, car un nouveau venu s’est introduit dans l’univers de la haute joaillerie : l’ordinateur.
C’est donc en vertu de cette nouvelle possibilité de surmonter les complications mathématiques qu’a été réalisée par exemple la « Mystery clock », une horloge au mécanisme dont seul Cartier a le secret, dans l’ADN des célèbres horloges mystérieuses de la maison. Taillé dans un bloc de cristal de roche, vidé de l’air et rempli d’eau, l’objet est surmonté d’un cercle d’or où sont gravées les heures. Celles-ci sont indiquées par le mouvement d’une bulle de verre à laquelle est attachée une cascade de rubis et d’autres pierres précieuses inspirées de la faune et de la flore aquatiques. La bulle se déplace dans l’eau grâce à un mécanisme magnétique. On ne nous en dira pas plus. Quelle importance d’ailleurs, l’essentiel étant de préserver la magie de la création. Mais c’est là qu’on réalise les véritables enjeux de cette biennale, descendante directe de l’Exposition universelle pour laquelle le Grand Palais a été construit.
De prouesses techniques en bonheurs esthétiques, la compétition est telle, entre les grandes maisons, qu’on a rarement l’occasion de trouver une telle concentration d’œuvres prodigieuses dans un même espace. Quand tout à coup on entend une sonnette d’alarme et que les regards se tournent, inquiets, on aperçoit, devant une vitrine, un vendeur escorté par un garde du corps à oreillette. Les mains gantées de coton blanc, il retire une parure d’une vitrine et la pose sur un écrin. Toujours escorté, il se retire dans une pièce adjacente où l’attend une cliente dont on protège l’identité. On nous annonce que la quasi-totalité des 150 pièces a trouvé preneur. Jacqueline Karachi s’envole pour Hong Kong avec une lapidaire de la maison. Elle doit déjà choisir les pierres de la prochaine collection. Rendez-vous dans deux ans.
« Lèche-vitrines à Paris » est d’ailleurs le titre donné par Karl Lagerfeld à cette biennale exceptionnelle en tout point. Pour marquer la démesure de l’espace intérieur du Grand Palais, le couturier/créateur pluridisciplinaire a placé une montgolfière...

