Ainsi, à Pékin, en milieu de journée, plusieurs milliers de manifestants tournaient en circuit autour de l’ambassade du Japon, protégée par six rangées de policiers antiémeute et des barrières métalliques de deux mètres de haut. Quelques bouteilles d’eau en plastique, des tomates et des œufs ont été jetés sur la mission diplomatique et de brèves échauffourées ont opposé manifestants et forces de l’ordre, tandis qu’un hélicoptère survolait la scène. Chaque petit contingent de protestataires était précédé par des membres des forces de l’ordre habillés de noir. En tête de peloton sont brandis des portraits de Mao, le « Grand Timonier », crédité par beaucoup de Chinois du retour de la Chine dans le concert mondial. À chaque passage devant la chancellerie japonaise, les bouteilles volaient et d’identiques slogans fusaient : « Rendez-nous les Diaoyu », « Mettez bas votre drapeau » ou encore « Foutez le camp, diables japonais ». Car descendre dans la rue en Chine n’est jamais vraiment spontané et ce sont les autorités qui fixent les limites de l’exercice. Aussi, dès que les esprits semblent trop s’échauffer, les haut-parleurs de la police diffusent ce message enregistré : « Nous partageons votre ressentiment. Mais exprimez-vous d’une façon raisonnable. Respectez l’ordre. N’avancez pas à contresens. Merci de votre coopération. »
Il n’empêche : la rage gronde vraiment dans une frange de la population, comme l’ont illustré ces derniers jours des débordements violents. Les restaurants japonais sont restés fermés hier autour de l’ambassade nippone, dont les diplomates ont transmis des consignes de prudence à leurs ressortissants. Dans toute la Chine, des centaines d’entreprises japonaises, restaurants compris, avaient mis leurs employés en congé par précaution.
À Shanghai également, plus de trois mille personnes se sont dirigées vers le consulat du Japon, en dépit des tentatives de la police pour les en dissuader. Pu Lingkuang, 34 ans, qui travaille à Shanghai, a déclaré en brandissant un portrait du « Grand Timonier » : « J’adore Mao. Si Mao était toujours là, nous irions tout simplement nous battre contre le Japon. » À Shenzhen, où des violences avaient éclaté lors de précédentes manifestations antijaponaises la semaine dernière, plusieurs milliers de protestataires – 4 000 selon un policier –, jeunes pour la plupart, ont commencé à défiler dans le centre-ville en arborant des drapeaux chinois, des portraits de Mao et en scandant « Allez la Chine ! » « La Chine ne sera plus jamais humiliée », « À bas l’impérialisme japonais », « Vive la République populaire de Chine », parmi les slogans entonnés par la foule.
La décision, la semaine dernière, du gouvernement japonais de nationaliser ces îles a mis le feu aux poudres côté chinois. Depuis plusieurs semaines, les deux pays se sont livrés à des démonstrations intransigeantes autour du petit l’archipel, situé à environ 200 km à l’est des côtes de Taïwan, qui le revendique également, et à 400 km à l’ouest de l’île d’Okinawa, au sud du Japon.
Hier après-midi d’ailleurs, 11 navires gouvernementaux chinois sont arrivés à proximité des îles disputées, ont annoncé les gardes-côtes japonais. Aucun des bateaux n’est entré dans les eaux territoriales autour de ces îles contrôlées par le Japon, a-t-on précisé de même source. Pékin avait prévenu que les six navires similaires envoyés sur place la semaine dernière ne seraient pas les derniers. « Nous nous réservons le droit de prendre des mesures supplémentaires », a mis en garde le ministre chinois de la Défense, le général Liang Guanglie, à l’issue d’une rencontre avec son homologue américain Leon Panetta. « Évidemment, une fois dit cela, nous espérons toujours une solution pacifique et négociée », a toutefois ajouté le ministre, interrogé sur le fait de savoir si Pékin envisageait un recours à la force.
(Source : AFP)


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