La Réserve fédérale des États-Unis va plus loin qu’elle n’a jamais été. En décidant de racheter des titres adossés à des créances immobilières émis par les organismes de refinancement hypothécaire parapublics (Fannie Mae et Freddie Mac), elle revient à des mesures prises à l’automne 2008 quand l’économie américaine était en chute libre.
Mais quand il y a quatre ans elle s’engageait à racheter un montant fixe de titres, elle prévoit cette fois-ci d’en racheter pour 40 milliards de dollars par mois jusqu’à ce qu’elle observe une « amélioration soutenue » du marché du travail et d’augmenter la dose tant que ce résultat ne sera pas atteint.
La Fed estime que son action, en pesant sur les taux à long terme, contribuera à hâter la reprise du marché immobilier, mais ça n’est pas son objectif premier.
Autre différence majeure par rapport à 2008, ces nouveaux rachats viennent après deux phases d’« assouplissement quantitatif », qui l’ont vu injecter dans le circuit financier 2 300 milliards de dollars créés à partir de rien, et risquent donc de compliquer encore la normalisation future, repoussée à un horizon toujours plus lointain, de la politique monétaire américaine.
Pour les économistes du cabinet RDQ Economics, le président de la Fed, Ben « Bernanke emmène d’autorité la politique monétaire américaine toujours plus loin en terre inexplorée ».
Leur confrère Michael Gapen, de Barclays Capital, qualifie d’« audacieux » le nouveau cap de la Banque centrale. Par le passé, note-t-il, les investisseurs « avaient une connaissance assez concrète du montant total des achats (de la Fed) et du délai dans lequel ces rachats seraient réalisés. (...) Le nouveau programme de rachat, à durée indéterminée, leur fournit moins de renseignements à l’avance ».
Par bien des aspects, le nouveau cap de la Réserve fédérale s’apparente à une fuite en avant. Les économistes de la maison de courtage Nomura estiment que, compte tenu de la conjoncture, la Fed n’aura pas de sitôt les 3,0 % de croissance du PIB sur plusieurs trimestres nécessaires à la « baisse soutenue du chômage » qu’elle espère.
Par conséquent, la Banque centrale devra presque inéluctablement augmenter ses rachats sur les marchés, probablement dès le mois de janvier.
La Fed a également adopté jeudi une position de principe peu conforme à l’orthodoxie des banques centrales en s’engageant à maintenir une politique monétaire ultra-accommodante « pendant un temps considérable », même « après le renforcement de la reprise ».
M. Bernanke a expliqué à demi-mot que la Fed était comme contrainte de passer à l’offensive dans la mesure où elle est actuellement la seule à pouvoir agir, le Congrès étant totalement bloqué par l’incapacité des démocrates et des républicains à s’entendre sur les questions budgétaires et économiques.
« Nous essayons simplement de faire évoluer l’économie dans la bonne direction », a-t-il dit, mais la politique monétaire n’est pas « la panacée » aux problèmes du pays.
Joel Naroff, de Naroff Economic Advisors, « soupçonne que (les dirigeants de la Fed) ont décidé ces actions d’une nature très agressive par crainte de voir la modeste croissance actuelle (...) capoter à cause d’un Congrès aux abonnés absents ».
Reste à en connaître les effets sur la croissance et l’emploi. Nombre d’analystes estiment aujourd’hui qu’ils risquent d’être limités.
(Source : AFP)


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