Les bombardements à Alep détruisent les maisons, même dans les petites ruelles. Zain Karam/ Reuters
Russes et Américains ont étalé de nouveau au grand jour hier leurs divergences sur la guerre en Syrie, le jour même où le médiateur international Lakhdar Brahimi arrivait au Caire pour sa première mission depuis son entrée en fonctions. La dispute entre la Russie, alliée de poids de Damas, et les États-Unis, qui réclament le départ du président Bachar el-Assad, survient alors que M. Brahimi a jugé « indispensable » le soutien de la communauté internationale pour trouver une solution à la crise. Le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe n’entamera ses entretiens que ce matin avec le chef de la Ligue, Nabil al-Arabi. Il prévoit de se rendre aussi à Damas après que « les derniers détails de cette visite auront été finalisés », selon son porte-parole. Il s’est également entretenu au téléphone avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, et envisage de se rendre à Téhéran, allié-clé de Damas dans la région, après son déplacement en Syrie, selon l’adjoint du ministre iranien.
Les divergences russo-américaines bloquent les efforts internationaux pour un règlement du conflit. La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a jugé insuffisante une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, préconisée par Moscou, qui veut pousser cette instance à adopter un accord conclu en juin à Genève sur une transition politique en Syrie mais qui n’appelle pas au départ de M. Assad. « Cela n’a pas de sens de passer une résolution sans conséquence, parce que nous avons déjà vu plusieurs fois qu’Assad passait outre et continuait d’attaquer son propre peuple », a-t-elle dit au dernier jour du sommet annuel du Forum de coopération économique Asie-Pacifique à Vladivostok dans l’Extrême-Orient russe. Elle a dit vouloir continuer à travailler avec son homologue russe Sergueï Lavrov, qu’elle a vu la veille, sur une résolution liée à l’accord tout en répétant que celle-ci ne « sera efficace que si elle inclut des conséquences en cas de non-respect ». Mme Clinton a ajouté que si les différends persistent avec Moscou, les États-Unis « œuvreront avec des États partageant le même point de vue pour soutenir l’opposition syrienne afin de hâter le jour où Assad tombera (...) ».
Toujours au niveau diplomatique, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a évoqué samedi le principe du « devoir d’ingérence » en Syrie si aucun point d’ancrage ne pouvait être trouvé avec la Russie et la Chine au Conseil de sécurité. « Il faut que ça se fasse avec les pays de la région », et donc en coordination avec les pays arabes, a-t-il précisé.
Pendant ce temps, les combats entre soldats et rebelles, ainsi que les bombardements faisaient rage à Alep, Deraa, Idleb, Deir ez-Zor et dans la province de Damas, selon des militants.
À Alep, des tirs sporadiques, à l’arme légère et à l’artillerie, étaient entendus dans plusieurs quartiers et les survols persistants de jets de combats vident les rues. Un raid aérien sur un quartier résidentiel a fait hier des dizaines de morts et de blessés et aggravé la pénurie d’eau dans la capitale économique de la Syrie en visant une conduite d’eau, a-t-on appris auprès de l’opposition.
En soirée, 17 personnes ont été tuées et plus de 40 autres ont été blessées dans un attentat survenu dans le quartier du stade municipal, a rapporté l’agence SANA. Deux immeubles d’habitation ont été entièrement détruits par un bombardement aérien samedi dans le quartier de l’hôpital al-Shifa, en zone rebelle, et, selon les registres de l’hôpital, occupé en partie par des combattants de l’ASL, ces frappes ont fait 22 morts, tous civils. « Tout ce dont nous avons besoin, c’est de quoi descendre ces avions. Imposez une zone d’exclusion aérienne ou donnez-nous de quoi abattre les avions. Et dans un mois Bachar est fini », lance près de l’hôpital un combattant rebelle, Omar Abdoul Farouk. Samedi, l’armée, appuyée par des chars et des hélicoptères, avait repoussé après 20 heures de combats une attaque des rebelles contre une caserne – et son importante armurerie – dans le secteur de Hanano, où ils cherchaient à mettre la main sur des armes. Mais selon des témoins, la caserne n’est pas entièrement contrôlée par l’armée. Plusieurs chefs d’unités rebelles interrogés hier à Alep ont assuré y avoir récupéré des centaines d’armes légères et de nombreuses caisses de munitions, dans la nuit de vendredi à samedi.
Toujours à Alep, un réalisateur âgé de 34 ans, Tamer al-Awam, a été tué, a annoncé le Conseil national syrien (CNS) sans préciser la date de sa mort. Selon le CNS, il avait quitté l’Allemagne où il résidait pour se joindre aux « médias de la révolution ».
À Damas, les forces loyales bombardaient hier des quartiers sunnites du sud de la capitale qui soutiennent l’insurrection. Le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk était notamment visé pour le quatrième jour d’affilée, tout comme le quartier pauvre voisin de Hadjar al-Assouad. La télévision d’État a par ailleurs indiqué que quatre personnes étaient mortes dans une « attaque terroriste » visant un bus dans la province de Homs. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, des civils et des soldats se trouvaient dans ce bus. Les violences ont ainsi fait au moins 154 morts à travers le pays, en majorité des civils, selon diverses sources. En outre, une fillette de quatre ans a été tuée samedi et quatre autres personnes ont été blessées par des obus syriens tombés à Qaïm, en territoire irakien, près de la frontière.
Reportage


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Hillary/Brahimi, même objectif, perpétuer la guerre civile, à défaut d'avoir pu déclencher la guerre confessionnelle, en Syrie.
06 h 33, le 10 septembre 2012