Des manifestants se sont réunis hier devant l’ambassade de l’Équateur à Londres en soutien à Julian Assange.Photo Andrew Cowie
Selon M. Patiño, l’Équateur a considéré que si M. Assange « était placé en détention préventive en Suède, se produirait une chaîne d’événements qui ne pourraient éviter son extradition » ultérieure dans un pays tiers comme les États-Unis. S’il est extradé vers la Suède, le fondateur de WikiLeaks dit en effet redouter d’être transféré dans un second temps aux États-Unis pour y répondre d’espionnage après la divulgation par son site de 250 000 télégrammes diplomatiques américains. Là-bas, M. Assange « pourrait être jugé par des tribunaux spéciaux ou militaires, et il n’est pas improbable qu’un traitement cruel et dégradant lui soit réservé et qu’il soit condamné à la peine capitale », a donc estimé le ministre équatorien. M. Patiño a également répété qu’au terme de près de deux mois de « dialogue au plus haut niveau » avec les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Suède, son pays avait réuni de « sérieux indices » accréditant la possibilité de « représailles » contre M. Assange « qui peuvent mettre son intégrité, sa sécurité et même sa vie en danger ».
Après l’annonce de Quito, Assange a salué devant le personnel de l’ambassade « une victoire importante », ajoutant toutefois que « les choses vont probablement devenir plus stressantes maintenant ».
Quelques minutes plus tard, le Foreign Office a annoncé dans un communiqué que Londres était « déçu » par la décision de Quito mais que cette décision ne changeait « rien ». « Les autorités britanniques sont dans l’obligation de l’extrader vers la Suède. Nous nous soumettrons à cette obligation. La décision du gouvernement équatorien ne change rien à cela », a ajouté Londres, qui avait déjà prévenu hier qu’il s’opposerait à une extradition vers Quito.
De son côté, la Suède a « fermement » rejeté « toute accusation » selon laquelle sa justice ne garantit pas les droits de la défense, selon les propos du ministre des Affaires étrangères Carl Bildt. Dans la foulée, Stockholm a annoncé la convocation de l’ambassadeur équatorien en Suède pour qu’il s’explique sur les accusations de partialité de son gouvernement contre la justice suédoise.
À Londres, un appel a été lancé, sur le réseau social Twitter par WikiLeaks, à manifester devant l’ambassade d’Équateur, située dans le quartier chic de Kensington, après que l’Équateur eut évoqué mercredi et hier une possible prise d’assaut si l’Australien n’est pas remis aux Britanniques. Londres pourrait justifier une telle intervention par une loi de 1987 sur les statuts des locaux consulaires et diplomatiques qui permet de lever l’immunité d’une ambassade sur le sol britannique. Devant l’ambassade, une dizaine de policiers faisaient donc face hier à une poignée de manifestants dont certains avaient campé près de la représentation diplomatique dans la nuit.
Peu après l’annonce de son ministre, le président équatorien Rafael Correa s’est exclamé sur son compte Twitter : « Personne ne va nous faire peur », comme un défi lancé aux autorités britanniques.
L’Union européenne, elle, ne compte pas intervenir dans le différend opposant Londres et Quito, estimant qu’« il s’agit essentiellement d’une question bilatérale entre le Royaume-Uni et l’Équateur », selon un porte-parole de la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton.
(Source : AFP)

