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Moyen Orient et Monde - Analyse

La très opportuniste offensive de Morsi contre l’armée

Le président Morsi remettant le collier du Nil au maréchal Tantaoui.  Photo AFP

L’imprévoyance de l’armée dans l’attaque au Sinaï qui a coûté la vie à 16 gardes-frontières a fourni plus tôt que prévu un prétexte à l’islamiste Mohammad Morsi pour reprendre la main en Égypte face à des généraux tout-puissants.
Rappelons qu’une semaine après ces événements et à la surprise générale, le nouveau président avait mis à la retraite le maréchal Hussein Tantaoui, qui a été pendant 20 ans le ministre de la Défense de Hosni Moubarak, ainsi que le général Sami Anan, chef d’état-major des armées. « Le président Morsi a suivi de près les attaques à la frontière, et il a senti qu’il y avait un besoin de changement à la tête des services de sécurité », a déclaré une source présidentielle. Mais il a aussi abrogé une « déclaration constitutionnelle » prise par les militaires entre les deux tours de l’élection présidentielle qui rognait les prérogatives du chef de l’État.
En six semaines, Mohammad Morsi est ainsi passé du rang de « bon petit soldat » des Frères musulmans, presque candidat par défaut, à celui d’un président audacieux. Même s’il est pour beaucoup évident qu’il n’a pas pu agir sans le soutien de la confrérie qui rêvait de longue date de réduire l’influence de l’armée en Égypte.
La tactique du président n’est pas cependant sans risques, car si l’armée a pour l’instant semblé accepter ses décisions, il n’y a plus grand monde pour porter le chapeau à sa place maintenant qu’il cumule la totalité des pouvoirs exécutif et législatif. Pour Mahmoud Ghozlan, membre du bureau exécutif des Frères musulmans, « la nation avait deux têtes, le président et le Conseil suprême des forces armées. Le président se devait d’agir pour reprendre ses pleins pouvoirs des mains du CSFA », a-t-il jugé.
La colère populaire consécutive à la mort des gardes-frontières et des signes de mécontentement au sein de l’armée ont en fait offert une occasion idéale à Mohammad Morsi, qui l’a aussitôt saisie : certains militaires ne cachaient effectivement pas leur colère après l’attaque du 5 août. « Dans n’importe quel État civilisé, le ministre de la Défense aurait été limogé après cette tuerie », avait regretté la semaine dernière un commandant. Par ailleurs, de nombreux jeunes officiers interrogés depuis un an avaient confié leur lassitude de voir une poignée de hauts gradés s’enrichir tandis que le gros de l’armée peine à joindre les deux bouts. Certains évoquaient un malaise croissant au sein des troupes.

Collier du Nil et double tranchant
« Les événements du Sinaï ont accéléré la décision de Morsi », constate Chadi Hamid, du centre de réflexion Brookings Doha Center. « C’est ce que les Frères musulmans voulaient faire un jour ou l’autre. Mais au final, ils l’ont fait bien plus tôt qu’on ne pouvait l’imaginer », dit-il. Pour autant, tout sentiment de victoire serait « prématuré » à ses yeux. « C’est une entreprise risquée. Tout n’est pas rose pour Morsi. Il doit maintenant passer à l’acte », estime-t-il, relevant que certains éléments au sein de l’appareil d’État « ne sont pas satisfaits de voir une présidence forte et autoritaire ».
Pour l’analyste politique Hassan Nafaa, la décision du chef de l’État est effectivement à double tranchant : « Désormais, Mohammad Morsi détient les pouvoirs exécutif et législatif. S’il en use de façon inappropriée, cela va donner naissance à une large opposition politique », prévient-il. M. Morsi a d’ailleurs tenu à ménager l’armée en louant son travail et en nommant Tantaoui et Anan à des postes honorifiques de « conseillers » à la présidence, une façon de dire qu’ils ne seront pas poursuivis pour leur rôle sous l’ancien régime. « Cela vous donne une idée du point auquel le président redoute les représailles des militaires », estime un diplomate occidental. Plus encore : le président Morsi a décoré hier le maréchal Tantaoui et le général Anan. Le premier s’est vu attribuer le collier du Nil, la plus haute décoration d’Égypte, « en signe de considération pour l’effort fait pour la patrie », et le second a reçu l’insigne de la République.
Quant au décret qui annule la « déclaration constitutionnelle » et qui lui octroie les pouvoirs législatifs en l’absence d’une Assemblée élue, sa légalité a déjà été mise en cause par un membre de la Cour constitutionnelle suprême, qui pourrait s’en saisir. Mais hier, un avocat, Mohammad Salem, a pour sa part déposé un premier recours auprès d’un tribunal administratif pour contester la légalité de la décision du président. « Il veut revenir au temps du régime totalitaire et créer une nouvelle dictature avec les Frères musulmans », a-t-il fait valoir.
« Maintenant, il est clair pour tout le monde que Morsi va être un président fort et autoritaire, donc je pense qu’il a obtenu ce qu’il voulait à court terme », estime Chadi Hamid. « Maintenant il doit relancer l’économie, maintenant il doit apporter des améliorations concrètes dans la vie de ses concitoyens », résume-t-il.
(source : Reuters)
L’imprévoyance de l’armée dans l’attaque au Sinaï qui a coûté la vie à 16 gardes-frontières a fourni plus tôt que prévu un prétexte à l’islamiste Mohammad Morsi pour reprendre la main en Égypte face à des généraux tout-puissants.Rappelons qu’une semaine après ces événements et à la surprise générale, le nouveau président avait mis à la retraite le maréchal Hussein Tantaoui, qui a été pendant 20 ans le ministre de la Défense de Hosni Moubarak, ainsi que le général Sami Anan, chef d’état-major des armées. « Le président Morsi a suivi de près les attaques à la frontière, et il a senti qu’il y avait un besoin de changement à la tête des services de sécurité », a déclaré une source présidentielle. Mais il a aussi abrogé une « déclaration constitutionnelle » prise par les...
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