Le chef de l’État égyptien, Mohammad Morsi, a rencontré hier au siège de la présidence au Caire le nouveau ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui remplace à ce poste le maréchal Hussein Tantaoui. Photo AFP
« Ce qui s’est fait l’a été en coordination et après des consultations avec les forces armées », a assuré tard dimanche dans la nuit un responsable militaire, cité par l’agence MENA. M. Morsi a, lui, pris soin de déclarer qu’il n’avait l’intention de « marginaliser » personne mais de promouvoir une « nouvelle génération ». Il a également nommé vice-président un magistrat qui s’était distingué lors d’une fronde des juges contre le système Moubarak lors des élections de 2005, Mahmoud Mekki, une nomination qui pourrait augurer d’une reprise en main de la hiérarchie judiciaire héritée de l’ancien régime.
La presse égyptienne a qualifié de « révolutionnaires » ces décisions annoncées à la surprise générale, certains médias s’inquiétant toutefois de voir M. Morsi, issu des Frères musulmans, concentrer désormais d’énormes pouvoirs entre ses mains. « Les Frères officiellement au pouvoir », titrait le journal indépendant al-Watan, tandis qu’un hebdomadaire proche de certains cercles militaires, al-Ousbou’, dénonçait « la dictature des Frères ». « Morsi met fin au pouvoir du Conseil suprême des forces armées » (CSFA) dirigé par le maréchal Tantaoui, avec qui M. Morsi était engagé dans une difficile cohabitation au sommet de l’État, affirmait pour sa part ach-Chorouq. Pour ce journal indépendant, les mesures constitutionnelles annoncées, notamment la prise du pouvoir législatif par le président qui détient déjà l’exécutif, lui donnent « des prérogatives plus importantes que celles de (Hosni) Moubarak », déchu l’an dernier sous la pression d’une révolte populaire.
La Bourse du Caire a réagi à ces annonces par une hausse de 1,5 % de l’indice de référence EGX-30. « Les annonces de M. Morsi sont perçues comme pouvant favoriser la stabilité du pays », estime l’analyste financier Moustafa Badra.
Sur le plan des réactions internationales, les États-Unis ont appelé les militaires et le gouvernement à travailler ensemble, en disant espérer que « l’annonce du président Morsi serve les intérêts du peuple égyptien ». « Nous allons continuer à travailler avec les dirigeants civils et militaires de l’Égypte pour avancer sur les différents points qui nous intéressent », a ajouté le porte-parole de la Maison-Blanche. Le Pentagone a indiqué pour sa part qu’il comptait poursuivre son étroit « partenariat » avec l’armée. Les États-Unis accordent une aide annuelle militaire d’environ 1,3 milliard de dollars à l’Égypte, allié-clé de Washington au Moyen-Orient. En revanche en Israël, lié depuis 1979 par un accord de paix avec l’Égypte, l’inquiétude était de mise. « Il est prématuré de faire des évaluations car tout est en devenir en Égypte, mais nous suivons de très près et avec quelque inquiétude ce qui s’y passe », a affirmé un responsable gouvernemental sous le couvert de l’anonymat.
Selon des analystes, M. Morsi a pu jouer sur des rivalités au sein d’une hiérarchie militaire en déclin, affaiblie par la récente attaque dans le Sinaï, pour écarter le maréchal Tantaoui. « La décision de Morsi (...) confirme que le CSFA était en fait impuissant, qu’il était un tigre de papier », écrit l’un des éditorialistes égyptiens les plus en vue, Ibrahim Eissa, dans le quotidien al-Tahrir. « Même si MM. Tantaoui et Anan voulaient résister, mobiliser des troupes ou refuser cette décision, je pense que cela serait très improbable compte tenu de la manière dont les choses se sont déroulées », estime Gamal Salama, qui dirige le département de sciences politiques de l’Université de Suez. L’attaque dans le Sinaï, attribuée à des « terroristes », qui a coûté la vie à 16 soldats le 5 août à la lisière d’Israël et de la bande de Gaza, a quant à elle mis en lumière de lourdes carences en matière de sécurité aux frontières et a pu aussi plaider pour un remaniement au sein de la direction militaire. « Cette attaque a porté atteinte au prestige du commandement et rendu le terrain propice à des changements », affirme un expert. M. Morsi avait d’ailleurs, au lendemain de ces événements, déjà limogé le chef des services de renseignements, le général Mourad Mouafi.
(Source : agences)


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