C’est la première opération aérienne et terrestre dans le Sinaï depuis des décennies, où la présence militaire égyptienne est restreinte depuis les accords de paix de 1979. Photo AFP
Les opérations des forces armées et de celles du ministère de l’Intérieur, « soutenues par les forces aériennes », ont été engagées mardi soir et vont se poursuivre, a indiqué le commandement militaire. La mission s’est déroulée jusqu’à présent « avec un succès total », a assuré l’armée, précisant qu’elle visait « à assurer le contrôle et rétablir la sécurité (dans la péninsule) en pourchassant et en ciblant les éléments terroristes armés ». La déclaration ne donne toutefois pas plus de précisions sur le déroulement des opérations, ni concernant des victimes ou des arrestations.
Plus tôt, une source militaire et la télévision d’État avaient fait état de vingt activistes tués dans des frappes menées à l’aube par des hélicoptères Apache, dans le secteur du village de Toumah, près de l’enclave palestinienne de Gaza, contrôlée par le mouvement Hamas. Mais ce bilan n’a pas été officiellement confirmé. En effet, l’agence officielle MENA ne mentionne pas précisément le nombre de morts et ne fait même pas état de tirs d’hélicoptères. C’est en tout cas la première fois, depuis des décennies, que des frappes aériennes de l’armée sont rapportées dans le Sinaï, où la présence de la troupe égyptienne est restreinte par le traité de paix signé en 1979 avec Israël.
Israël salue...
Israël, également visé par l’attaque de dimanche, a salué les efforts menés par Le Caire pour reprendre en main une région où l’insécurité a fortement progressé depuis la chute du président Hosni Moubarak en février 2011. Rappelons que dimanche soir, un commando avait tué 16 gardes-frontières égyptiens près de la frontière avec l’État hébreu, avant de pénétrer en territoire israélien où il avait été neutralisé. L’armée égyptienne, qui avait promis le lendemain de venger ses soldats, avait mené mardi avec la police des perquisitions à la recherche de suspects dans le secteur de l’attaque, selon des responsables de la sécurité.
Crise des tunnels
Les autorités ont par ailleurs décidé de fermer « sine die » le terminal de Rafah, unique point de passage entre la bande de Gaza et le monde extérieur à ne pas être contrôlé par Israël, l’armée ayant affirmé que les assaillants avaient reçu l’appui de tirs d’obus de mortier venus de Gaza. « Si le bouclage continue, ce sera un désastre », avertit pourtant Abou Taha, propriétaire d’un des innombrables tunnels creusés sous la frontière entre la bande de Gaza et l’Égypte. Pour cet homme d’affaires quadragénaire, ces tunnels sont devenus au fil des ans une source lucrative de revenus.
Après la fermeture du terminal de Rafah, tous les accès aux tunnels ont été interdits, interrompant les fructueuses activités véhiculées par ce biais depuis le début du blocus de l’enclave imposé par Israël en 2006. « Les marchandises et produits alimentaires passent par ces tunnels, de même que les matériaux de construction, et tout cela va complètement cesser. Nous allons être étranglés, et Israël s’en réjouira », déclare ainsi Abou Taha.
« Choc »
Pour Abou Mustafa, 34 ans, propriétaire d’un tunnel spécialisé dans les matériaux de construction, l’annonce de la fermeture a été également « un choc énorme ». « Notre affaire va s’arrêter. Cela va porter préjudice à des milliers de familles des propriétaires de tunnels ainsi qu’aux travailleurs », prévoit-il. « Nous ne sommes pas hostiles aux mesures de sécurité prises par les Égyptiens et les Palestiniens, mais nous exigeons la réouverture des tunnels, avec peut-être un peu plus de contrôles. Mais si nous fermons les tunnels, les gens à Gaza vont mourir », ajoute-t-il.
Selon des responsables des services de sécurité palestiniens, il existe des centaines de tunnels à Rafah. Omar Shaaban, un économiste qui dirige PALThink, un groupe de réflexion basé à Gaza, estime à un demi-milliard de dollars par an le montant du chiffre d’affaires des tunnels. Fermer ces tunnels aurait « un effet dévastateur pour les habitants de Gaza », estime-t-il, avant d’ajouter : « Le carburant passe aussi tous les jours par là et tout retard dans les fournitures ne peut qu’aggraver la crise de l’électricité et provoquer l’arrêt des boulangeries, des usines et des transports. »
(Source : AFP)


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