Rechercher
Rechercher

Liban - Architecture

Déranger les pierres et mieux les ressusciter

Simone Kosremelli publie une mine d’or : « A Lebanese Perspective ». Une monographie magnifiquement illustrée par une sélection de projets réalisés au cours des 30 dernières années.

Simone Kosremelli revisite le concept de la maison libanaise.

A Lebanese Perspective. Derrière cet intitulé somme toute très vague, se cachent un monde, un passé, un présent et un futur. Se cache aussi un art non plus de vivre, mais de ressusciter, pour mieux justement revivre. Se cache ainsi le tour d’un horizon grand ouvert, un chapelet de soixante bâtisses ultracontemporaines qu’on pourrait aisément, immédiatement confondre avec de vieilles maisons traditionnelles. Ce sont quelques-uns des projets architecturaux, structures et intérieurs, réalisés par Simone Kosremelli. L’ouvrage, qui consigne en plans et photos le rêve de la pierre ou de l’enduit à l’ancienne, le droit au calme, à l’air, au soleil et à l’espace, est juste un pur bonheur pour l’esprit et les yeux.

Grammaire
Elle nage absolument à contre-courant dans un pays qui rase à grands coups de bulldozers sa mémoire, son patrimoine, son architecture. Son identité, donc. Les maisons libanaises, Simone Kosremelli en a fait sa belle affaire, imprimant sa marque à Faqra, Faraya, Ghazir, Choueir, Beit Méry, Rechmaya, Mechref, Aynab, Adloun, Jiyeh, Bkechtine, ou Debbiyé, Dahr el-Souwan, Dhour el-Abadieh, Achrafieh, au centre-ville, un peu partout... Mais attention : il ne s’agit pas d’un pastiche ou d’une reproduction de la demeure traditionnelle, voire folklorique, mais d’une (ré)interprétation contemporaine. Volontaire. Qui fait largement appel aux références et à la mémoire collective.
« Je revisite le concept de la maison libanaise ; j’utilise le même vocabulaire, comme la pierre, les petites fenêtres étroites, les volets en bois, les grandes voûtes – mais pas nécessairement à l’ancienne. C’est comme écrire une phrase à chaque fois différente pour exprimer la même chose. Ce que je veux, c’est développer une grammaire architecturale pour construire du neuf et du durable. Je mets en œuvre des moyens et des techniques actuels tout en réinterprétant les éléments majeurs qui ont fait la richesse de l`architecture traditionnelle. »
Tout est (presque) dit. Dessiné même.

Initiation
Pour Simone Kosremelli, architecte-urbaniste diplômée de l’Université américaine de Beyrouth puis de la Columbia University of New York où elle a été formée au modernisme, un voyage entrepris il y a trois décennies en Espagne, plus précisément à Grenade, a été une expérience-initiation concluante. « Quand j’ai vu l’Alhambra et son riche capital architectural, j’ai eu un choc, raconte-t-elle. Cette ville a été une révélation immédiate et a influencé mon cheminement professionnel. La relation entre les jardins, les couleurs, la hauteur des pièces et les proportions des fenêtres, le jeu d’eau, la lumière ; bref, je découvrais une architecture arabe et méditerranéenne qui n’avait jamais été abordée au cours de nos études. »
Dès lors, elle n’arrêtera plus d’étudier les anciennes bâtisses libanaises et méditerranéennes, fruit de différentes périodes historiques, et de scruter puis rescruter jusqu’à leur plus modeste élément architectural. Depuis, elle n’arrête plus de dessiner. Tout le temps. Des maisons à toiture plate ou coiffées de tuiles rouges ; des maisons en pierre de taille ou peintes à l’enduit ; des habitations aux plans variés, en forme de L, de U ou carrées, comportant une galerie à arcades ou agencées autour d’un patio qui « laisse pénétrer la lumière mais limite l’exposition directe au soleil ». Sans oublier la fontaine et même une petite piscine qui, elles aussi, contribuent à rafraîchir l’atmosphère. Et derrière la façade, qui ne porte « jamais de triple arcades », elle ressuscite à sa manière l’élégance, les volumes, les circulations avec une aisance folle, les lignes nettes et douces, la couleur qui se fond dans un espace aux contours rassurants, et un confort moderne omniprésent dans les moindres détails.

Artisanat vs industrie
Réalisant que le choix de ses matériaux avait besoin de spécialistes et non pas d’industriels, elle s’entoure d’un solide réseau d’artisans. Des tailleurs de pierre, des menuisiers, des ferronniers qui exécutent ses dessins, maîtrisant chaque détail, pour rendre à la pièce la bonne courbe, la bonne ligne, le mouvement juste. Il suffit de peu pour passer à côté de l’essentiel et de rater une commande. Le savoir-faire de ces artisans est précieux car il permet, dit-elle, « de donner à certains éléments décoratifs disparus une existence physique réelle ». Il lui arrive aussi d’utiliser du marbre, du fer forgé, des carreaux, etc. récupérés sur les chantiers de démolition. « En les recyclant, je leur donne ainsi une nouvelle vie. » De la résurrection, toujours...

Beau/bon
« Chaque client veut la maison de ses rêves. Quand on la lui réalise, il est heureux comme un pape et ça, ça me touche », dit l’architecte, toujours à l’écoute des commanditaires, curieuse de leurs usages pour mieux concevoir l’espace qui leur est dédié. « Quand ils viennent à moi, certains d’entre eux n’ont qu’une vague idée, un brouillon d’idée, alors j’essaie de traduire leur désir en engageant un dialogue autour de la vision qu’ils ont eux-mêmes de leur mode de vie. » Ensuite, elle observe les lieux, étape essentielle de son projet.
Ainsi, à un client qui a insisté pour se faire construire « une villa libanaise » à Bahreïn, l’architecte a opposé un non catégorique, avant de décliner une architecture dans l’esprit bahreïni et avec les matériaux qui existent sur place.
A Lebanese Perspective n’est pas qu’un catalogue des projets de construction réalisés. Le livre déroule aussi les travaux de restauration des vieux bâtiments comme la municipalité de Mtein, le Melrose à Bab Idriss ou Dar el-Mamlouka à Damas ; la reconstruction de Bank Audi bloc D, un bâtiment Art déco dévasté durant la guerre, etc.
Quelque 252 pages pour apprendre la résurrection des pierres, la réinterprétation d’un patrimoine, le beau et le bon...
A Lebanese Perspective. Derrière cet intitulé somme toute très vague, se cachent un monde, un passé, un présent et un futur. Se cache aussi un art non plus de vivre, mais de ressusciter, pour mieux justement revivre. Se cache ainsi le tour d’un horizon grand ouvert, un chapelet de soixante bâtisses ultracontemporaines qu’on pourrait aisément, immédiatement confondre avec de vieilles maisons traditionnelles. Ce sont quelques-uns des projets architecturaux, structures et intérieurs, réalisés par Simone Kosremelli. L’ouvrage, qui consigne en plans et photos le rêve de la pierre ou de l’enduit à l’ancienne, le droit au calme, à l’air, au soleil et à l’espace, est juste un pur bonheur pour l’esprit et les yeux.GrammaireElle nage absolument à contre-courant dans un pays qui rase à grands coups de bulldozers sa...
commentaires (2)

S 'il y en avait dix seulement comme Simone Kosremelli notre patrimoine sera sûrement sauvé . Nazira.A.Sabbagha

Sabbagha A.Nazira

02 h 19, le 03 août 2012

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • S 'il y en avait dix seulement comme Simone Kosremelli notre patrimoine sera sûrement sauvé . Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha A.Nazira

    02 h 19, le 03 août 2012

  • Charmante Simonee ! quelle talent en 4D... ! pour nous faire voyager dans l'espace et avec le temps ...grâce à Simonee... avec le temps tout va ...tout ne s'en va pas...

    M.V.

    01 h 10, le 03 août 2012

Retour en haut