Moyen Orient et Monde

Embuscades, mines, renseignements : les techniques d’insurrection de l’ASL

OLJ
28/07/2012
Avec ses armes légères, l’Armée syrienne libre (ASL), qui affronte les chars et hélicoptères de Bachar el-Assad, n’a d’autre choix que de recourir à la guerre asymétrique : embuscades, mines artisanales, infiltration, désinformation.
En effet, faute d’une aide étrangère conséquente, l’ASL est une armée de misère dont les combattants achètent eux-mêmes leurs armes (fusils-mitrailleurs Kalachnikov, M16 ou FN) lorsqu’ils ont les moyens, ou récupèrent celles de soldats capturés ou tués. « J’ai 12 000 hommes sous mes ordres, mais la moitié seulement possède une arme. Ils se repassent les Kalachnikov entre eux », déplore le chef militaire rebelle de la province de Hama, « Abou Ahmad » de son nom de guerre. Ses groupes de combattants, commandés par des officiers selon le même système de grades que les forces gouvernementales, alignent au mieux quelques lance-roquettes et mitrailleuses lourdes, se déplaçant dans des véhicules cabossés à la fiabilité douteuse. Ils affirment ne pas posséder de canons antichars ni antiaériens face aux blindés et à l’aviation d’Assad. « Nous manquons de tout », a expliqué Abou Ahmad à un journaliste de l’AFP qui se trouvait récemment dans la région de Hama. « Même nos téléphones satellitaires sont coupés car les factures n’ont pas été payées. Nous communiquons avec des talkies-walkies de faible portée. En les disposant de manière appropriée, nous avons une chaîne de communication d’une province à l’autre », poursuit-il.
Du coup, l’ASL recourt à la guérilla : « Nous utilisons des mines et disposons de francs-tireurs. Nous harcelons et attaquons de petits groupes de soldats pour les capturer ou les tuer et leur prendre les armes », confie-t-il. Un de ses officiers, « Abou Abdo », montre des vidéos tournées par ses hommes. Sur l’une d’elles, des 4X4 militaires foncent sur une grande route. À leur passage, une série d’explosions obstrue la voie sur plusieurs centaines de mètres. « On a connecté des mines artisanales entre elles, qu’on a déclenchées à distance », explique Abou Abdo. Dans une autre vidéo : deux chars T72 de conception russe arrivent à l’entrée d’un pont, celui-ci explose, les blindés tombent dans le vide. D’après Abou Abdo, « ce sont des Libyens qui nous ont appris à faire des mines artisanales, avec télécommande ou plaques de pression, au C4 (un explosif) ou au nitrate d’ammonium (un engrais) ».
Dans le Jabal Chahchabou, chaîne de montagnes arides surplombant la plaine agricole de Hama, Abdallah Turk et ses 40 combattants se sont installés dans un bâtiment de béton. « Nous menons des opérations chaque jour. Nous encerclons des points de contrôle lorsque leurs effectifs sont inférieurs aux nôtres. Nous leur demandons à l’aide d’un haut-parleur de se rendre. Parfois ils le font ou désertent, et parfois... » Il n’en dit pas plus. Son groupe agit essentiellement la nuit : « Nous connaissons très bien les villages, les routes et les chemins. Nous n’avons pas besoin d’équipement de vision nocturne, et, de toute façon, nous n’en avons pas », dit-il. Quand l’opération réussit, les rebelles s’emparent des équipements, armes et munitions, et détruisent les chars. « Si nous les gardions, les hélicoptères viendraient vite les détruire », explique Abou Ahmad.
Mais une armée, rebelle ou officielle, n’est rien sans renseignements. « Nous possédons des sources dans l’armée d’Assad et réciproquement », confie en riant Abou Yasser, chargé du renseignement auprès d’Abou Ahmad. L’infiltration touche parfois au plus haut niveau : l’ASL a revendiqué l’attentat spectaculaire du 18 juillet qui avait tué à Damas quatre hauts responsables sécuritaires.
Les insurgés avaient dans la foulée déclenché de violents combats dans Damas malgré leur infériorité matérielle, espérant que le choc suffirait à faire craquer le régime – en vain. La propagande joue donc un rôle important. « Assad utilise des armes chimiques » contre les sunnites dans la province de Hama, accusent ainsi Abou Ahmad et Abou Yasser. L’AFP a entendu cette affirmation de dizaines d’interlocuteurs dans la province de Hama. Mais en dépit d’une semaine de recherches, aucun chef rebelle, chef de tribu, médecin, simple combattant ou civil n’a pu produire de preuve irréfutable. La guerre en Syrie est aussi celle de l’information et de la désinformation.
(Source : AFP)

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