L'attentat, le premier du genre en Bulgarie, a tué cinq Israéliens, un Bulgare, le conducteur du bus transférant les touristes arrivés à l'aéroport de Bourgas, sur la mer Noire, tandis que le kamikaze, un homme d'environ 36 ans, repéré grâce à une caméra de surveillance de l'aéroport, a également trouvé la mort, selon le ministre bulgare de l'Intérieur, Tsvetan Tsvetanov.
L'attentat-suicide a été imputé par Israël à l'Iran comme commanditaire et au mouvement chiite libanais Hezbollah comme exécutant, ce que tous deux nient véhémentement.
Sur place, à Bourgas, les enquêteurs ont obtenu de premier résultats: grâce à la vidéo de l'aéroport diffusée jeudi par le ministère de l'Intérieur sur toutes les chaînes de télévision bulgares et assortie d'un appel à témoins, un loueur de voitures et deux chauffeurs de taxi se sont manifestés auprès des enquêteurs, a indiqué vendredi le Procureur régional de Bourgas, Kalina Tchapkanova, à la télévision privée bTV.
"A la veille de l'attentat, l'auteur présumé a séjourné à Ravda (ndlr: sur la Mer Noire, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bourgas), a-t-elle déclaré. Il a essayé de louer un taxi pour un jour à Pomorié (ndlr: petite ville entre Ravda et Bourgas). Le propriétaire de l'entreprise a refusé parce qu'il a eu des doutes sur l'authenticité de son permis de conduire. L'homme a accueilli ce refus avec calme, a récupéré son dépôt de 50 leva (25 euros) et est reparti". "Nous avons interrogé le chauffeur de taxi qui l'a conduit à l'aéroport dans l'après-midi. L'homme a pris également un autre taxi dans la matinée, pour faire une reconnaissance. L'homme n'a presque pas parlé avec les chauffeurs de taxi, il était calme".
Selon ces témoins, "l'homme parlait anglais avec un accent, peut-être arabe", a-t-elle précisé.
Le seul document de voyage retrouvé sur le kamikaze est un faux permis de conduire américain délivré dans l'Etat du Michigan.
Une équipe d'Interpol sur place
Avec l'aide du FBI et de la CIA, les enquêteurs bulgares tentent de retrouver la piste du faux permis de conduire américain. Pour cela, ils ont aussi appelé à l'aide le service de cordination des polices du monde entier, Interpol, qui, depuis son siège à Lyon (sud-est de la France), a dépêché à Sofia dès mercredi soir une équipe de spécialistes de son unité de Sécurité et anti-terroriste ("Incident Response Team").
Pour le secrétaire général d'Interpol, Ronald K. Noble, cette équipe va vérifier si le faux permis de conduire américain figure dans la base de données des "Documents de voyages perdus ou volés" d'Interpol. Cette base de données comprend plus de 33 millions de références, dont quelque 2,5 millions de documents américains qui ont été signalés perdus ou volés à Interpol.
Ayant réussi à prélever des empreintes digitales sur une main du suspect, les enquêteurs, grâce à un test ADN en cours, espèrent aussi pouvoir identifier rapidement le kamikaze.
Le contact est aussi permanent avec la police et les services secrets israéliens.
Parmi les pistes suivies, mais d'une manière générale et sans que les enquêteurs disposent d'un indice précis, indique-t-on vendredi de sources proches de l'enquête, figurent des Bulgares récemment convertis à l'Islam et, compte tenu de l'implication éventuelle du Hezbollah, des Libanais résidant en Bulgarie.
Victimes rapatriées en Israël
Les corps des cinq Israéliens tués sont arrivés dans la nuit de jeudi à vendredi à l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv dans des cercueils recouverts du drapeau israélien. Une cérémonie militaire avait été organisée pour leur rendre hommage.
Dans la soirée de jeudi les trois blessés israéliens les plus graves, qui avaient été transférés dans un hôpital de Sofia, sont arrivés en Israël à bord d'un avion militaire israélien, tandis que d'autres ont choisi de rester à Bourgas pour leurs vacances.
Les blessés hospitalisés à Bourgas, accompagnés d'équipes médicales venues d'Israël, étaient arrivés quelques heures auparavant à Tel-Aviv à bord d'un avion militaire israélien. Le Magen David Adom, l'équivalent israélien de la Croix Rouge, a indiqué que 36 Israéliens blessés avaient été hospitalisés, en plus des trois blessés graves.
Une soixantaine de touristes israéliens ayant échappé à l'attentat ont également été rapatriés, à bord d'un Airbus affrété par le gouvernement bulgare.
Au cours des dernières années, les côtes bulgares de la mer Noire sont devenues un lieu de vacances prisé des Israéliens, les deux pays entretenant par ailleurs d'excellentes relations. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Bulgarie fut le seul pays allié de l'Allemagne à avoir sauvé ses juifs des camps nazis, ce qui est régulièrement rappelé lors des contacts bilatéraux avec Israël.
Netanyahu: "tous les signes mènent à l'Iran"
Si, selon Tsvetan Tsvetanov, "aucune organisation n'a revendiqué l'attentat", dès mercredi, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait pointé du doigt l'Iran, dénonçant "une offensive terroriste iranienne". "Tous les signes mènent à l'Iran", avait-il déclaré dans un communiqué. Jeudi, il avait été encore plus clair, mettant en cause comme commanditaire l'Iran et comme exécutant le mouvement chiite libanais Hezbollah.
Téhéran s'était élevé contre ces accusations, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, affirmant que l'Iran condamnait "tout acte terroriste".
L'attentat a coïncidé jour pour jour avec le 18e anniversaire de celui commis en 1994 contre la Mutuelle juive argentine (Amia) à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts et 300 blessés, un attentat aussi imputé par Israël à l'Iran et au Hezbollah libanais.


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