Le dossier des journaliers d’EDL a été confié à Gebran Bassil, maintenant sourire aux lèvres, et Marwan Charbel, soucieux d’exécuter les seules décisions prises à l’unanimité. Photo Ibrahim Tawil
Entre l’attentat spectaculaire de Damas et les dissonances prolongées sur nombre de dossiers internes, la réunion ordinaire du Conseil des ministres à Baabda, hier, promettait d’être tendue. Des contacts intensifs avaient été effectués entre les hauts responsables, préalablement à la réunion ministérielle entamée en fin d’après-midi, de sorte à éviter le scénario « d’explosion politique », prévu par certains observateurs. C’est dans ce cadre qu’a eu lieu la réunion des deux ministres de l’Intérieur, Marwan Charbel, et de l’Énergie, Gebran Bassil, au bureau du président de la République Michel Sleiman, suivie de l’aparté entre ce dernier et le Premier ministre Nagib Mikati.
À l’ouverture du Conseil des ministres, le chef de l’État s’est montré ferme. Dénonçant d’abord l’attentat de Damas (que le cabinet s’est abstenu de commenter dans le compte-rendu de la réunion), il a stigmatisé, au niveau local, « le recours à la violence pour marquer des points politiques ». Défendant « l’expression libre et pacifique de la pensée », il a appelé à mettre un terme « à tout ce qui entrave la marche des institutions et le quotidien des citoyens ». Démentant avoir été pris dans l’embouteillage dû au blocage de l’autoroute de Nahr el-Mott la veille, il a estimé que le problème des manifestations anarchiques est que « les forces de l’ordre se sentent dépourvues d’appui politique, alors que les manifestants sont forts de pareil soutien ». Il a toutefois tenu à rappeler à cet égard que « les forces militaires et sécuritaires bénéficient d’une couverture politique ».
Une déclaration qui fait écho à la position du ministre Charbel, réitérée hier. Ce dernier a insisté en effet sur « la disposition du ministère de l’Intérieur à exécuter toute décision prise avec l’accord de toutes les composantes du gouvernement, afin que la mesure mise en œuvre sur le terrain ne relève pas d’un seul ou d’un groupe de ministres. Le ministère de l’Intérieur est une partie indissociable du gouvernement et ne saurait agir indépendamment de l’accord de ce dernier ». Il a fait remarquer dans ce cadre que « toutes les manifestations ambulantes sont politiques par excellence et que leur résolution nécessite une décision politique claire et tranchante, visant à contrer le dérapage dangereux vers le langage exclusif de la rue ». « Les accusations aléatoires contre le ministère de l’Intérieur visent à camoufler les responsabilités que d’aucuns s’abstiennent d’assumer », a-t-il déploré.
Dans ce contexte, s’agissant précisément du dernier blocage de route en date, mené par « les amis de l’armée », sur fond d’appui officieux aouniste, les ministres du Changement et de la Réforme n’auraient pas été interrogés directement sur cette question lors du Conseil des ministres hier, selon des informations concordantes. Toutefois, ces ministres ont pris l’initiative d’assurer que « le Courant patriotique libre n’a pas appelé au blocage des routes. Tout ce que le CPL a mené est le rassemblement (mardi) devant le musée national, suivi de la marche en direction du tribunal militaire. Le reste n’a été que réaction spontanée de la rue ».
Traditionnel appel à la solidarité
Au-delà de ces arguments et autres prétextes à recourir à la rue, tous les ministres réunis hier se sont entendus à l’unanimité sur la nécessité de renoncer à la méthode de blocage des routes et se sont engagés à respecter cette entente, mentionnée dans le procès-verbal du Conseil. D’ailleurs, le Premier ministre Nagib Mikati a évoqué avec insistance la nécessité de la solidarité interministérielle, surtout à l’heure actuelle – même si l’appel à pareille solidarité est devenu le leitmotiv sans résonance des réunions ministérielles. S’étonnant du fait que « certaines composantes du gouvernement manifestent contre les décisions auxquelles elles avaient pourtant pris part », le Premier ministre a dénoncé « tout camp qui croit pouvoir imposer ses revendications par la force ». Se demandant si à ce stade « les composantes du gouvernement veulent réellement son maintien », Nagib Mikati a mis en garde contre un éventuel départ du cabinet, qui « déclencherait incontestablement le compte à rebours vers l’étape de dépérissement et d’écroulement du pays ». Il a appelé les ministres réunis à « débattre à voix haute de ces considérations ». « Il est nécessaire de prendre les décisions qui rendent à l’État son autorité et qui ôtent à l’opposition ses armes de vote contre nous », a-t-il conclu.
Les journaliers d’EDL
Cet argument n’a pas empêché la confrontation verbale entre le ministre de l’Énergie Gebran Bassil et le ministre de la Santé Ali Hassan Khalil, prolongeant les tensions aounistes-berriyistes sur le dossier des journaliers d’EDL. Le ministre Khalil a fermement rejeté « la solution par le biais des forces de l’ordre » que le ministre Bassil propose, préférant lui substituer « le dialogue ». Le Conseil des ministres a tranché enfin le débat, en adoptant la solution proposée par le ministre des Affaires sociales Waël Bou Faour, qui consiste à confier la résolution du dossier des journaliers à une commission présidée par le Premier ministre et formée des ministres concernés, à savoir le ministre de l’Énergie et le ministre de l’Intérieur. Une commission semblable devrait assurer également le suivi des incidents sécuritaires.
Par ailleurs, le Conseil des ministres a décidé de la nomination de Fayçal Noureddine à la direction générale du ministère de la Culture, en vertu du mécanisme des nominations administratives convenu. Il a également été décidé de replacer Louis Lahoud à la direction générale du ministère de l’Agriculture.
Lire aussi
Commentaires embarrassés dans les milieux aounistes après les démonstrations des derniers jours
À l’ouverture du Conseil des ministres, le chef de l’État s’est montré ferme. Dénonçant d’abord l’attentat...

