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Nos lecteurs ont la parole

I.- Un parallèle entre les guerres de Syrie et du Liban

Par Ibrahim TABET
Les guerres du Liban de 1975 à 1990 et de Syrie aujourd’hui présentent à la fois de grandes différences et certains points communs. Et il est probable que, quel que soit son dénouement, cette dernière se poursuivra encore longtemps, sinon pendant quinze ans.
Les différences se situent essentiellement au niveau des causes, de la nature et des protagonistes du conflit, ainsi que du contexte géopolitique régional. Au Liban, la cause principale du déclenchement de la guerre fut la menace sur l’équilibre communautaire du pouvoir, la souveraineté et l’indépendance du pays, représentée par la présence palestinienne armée. En Syrie, l’étincelle fut le printemps arabe encourageant un soulèvement populaire, d’abord pacifique puis armé, contre un régime autoritaire monopolisé par une communauté minoritaire exerçant le pouvoir depuis plus de quarante ans. Dans le premier cas, l’État était faible et divisé, et l’armée n’avait pas tardé à se scinder, laissant le champ libre à un affrontement entre milices confessionnelles. Dans le second, on a affaire à un État fort et à une armée puissante faisant face à des milices disparates et sous-équipées. Enfin la guerre du Liban a vu l’intervention de plusieurs armées régulières étrangères qui se sont parfois affrontées sur son sol, comme lors de l’invasion israélienne de 1982, alors que de telles interventions massives ne sont pas à l’ordre du jour en Syrie où l’intensité des combats et des destructions et le nombre des victimes restent par conséquent moins élevés.
Le contexte géostratégique dans lequel s’inscrivait la guerre du Liban était caractérisé par deux facteurs principaux : le conflit israélo-arabe dans ses dimensions israélo-syrienne et israélo-palestinienne, et la guerre froide entre les États-Unis et la superpuissance que représentait encore l’URSS.
Aujourd’hui, ce contexte est caractérisé d’une part par l’antagonisme entre sunnites et chiites, les alaouites étant parents de ces derniers, et de l’autre par le bras de fer entre d’un côté l’alliance entre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, appuyés par la Russie, et de l’autre le camp groupant les pays arabes du Golfe (principalement l’Arabie saoudite et le Qatar), la Turquie et l’Occident. Les deux dimensions se recoupent d’ailleurs, avec en toile de fond le problème du nucléaire iranien devenu plus important que le problème palestinien du point de vue israélien, occidental et même arabe.
Au-delà de ces différences, les deux conflits sont à la fois des guerres civiles sectaires où aucune partie n’a l’exclusivité des atrocités, malgré leur caractère asymétrique dans les deux cas, et des guerres par procuration impliquant des puissances régionales et internationales. En gros, s’agissant des acteurs locaux : au Liban, elle opposait le camp chrétien aux communautés mahométanes sunnite, chiite et druze – déterminées à rééquilibrer le pouvoir en leur faveur avec l’appui de l’OLP ; en Syrie, la minorité alaouite au pouvoir à la majorité sunnite. Les chrétiens se méfiant des Frères musulmans, lesquels constituent le fer de lance de l’opposition syrienne et ayant peur de faire les frais de cette lutte comme en Irak.
Bien qu’au Liban les retournements d’alliances aient été fréquents, les principaux soutiens du camp chrétien ont été à certains moments et pour des raisons différentes Israël, et plus timidement l’Occident ;
et ceux du camp opposé, de manière plus ouverte, les Palestiniens et la Syrie. Cette dernière a toutefois successivement soutenu et combattu les forces chrétiennes et l’OLP au gré de ses intérêts. Les puissances occidentales, principalement les États-Unis et la France, sont également intervenues directement dans le conflit, notamment après l’invasion israélienne de 1982, à travers la force multinationale. Mais elles ont échoué à empêcher la mainmise syrienne sur le pays.
Par un retournement des choses, alors que cette dernière avait été le principal acteur du conflit sur la scène libanaise, c’est sur la scène syrienne que se jouent les enjeux géostratégiques régionaux. Les principaux soutiens du régime syrien étant la Russie et l’Iran, et ses adversaires visant à le remplacer par un régime sunnite afin de briser l’axe Damas-Téhéran.
(À suivre)
Les guerres du Liban de 1975 à 1990 et de Syrie aujourd’hui présentent à la fois de grandes différences et certains points communs. Et il est probable que, quel que soit son dénouement, cette dernière se poursuivra encore longtemps, sinon pendant quinze ans. Les différences se situent essentiellement au niveau des causes, de la nature et des protagonistes du conflit, ainsi que du contexte géopolitique régional. Au Liban, la cause principale du déclenchement de la guerre fut la menace sur l’équilibre communautaire du pouvoir, la souveraineté et l’indépendance du pays, représentée par la présence palestinienne armée. En Syrie, l’étincelle fut le printemps arabe encourageant un soulèvement populaire, d’abord pacifique puis armé, contre un régime autoritaire monopolisé par une communauté minoritaire exerçant...
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