Nkosazana Dlamini-Zuma et son prédécesseur le Gabonais Jean Ping. Simon Maina/AFP
L’élection de la ministre sud-africaine de l’Intérieur Nkosazana Dlamini-Zuma est inédite à plusieurs titres. Pour la première fois, une femme accède à la présidence de la Commission, l’exécutif de l’UA, et pour la première fois le poste échoit à une grande puissance continentale, celles-ci s’abstenant jusqu’ici de postuler conformément à une loi non écrite, mais jusque-là respectée. Enfin, pour la première fois, la présidence et la vice-présidence de la Commission sont toutes deux occupées par des anglophones, le poste d’adjoint demeurant aux mains du Kényan Erastus Mwencha.
Le président en exercice de l’UA, le Béninois Thomas Boni Yayi, s’est réjoui d’une victoire de « l’Afrique tout entière ». Le président sud-africain Jacob Zuma s’est dit quant à lui « honoré » après l’élection de son ex-femme et ministre de l’Intérieur à la tête de la Commission, d’après ses services hier. « Avec cette nomination, le Dr Dlamini-Zuma, qui a servi notre pays avec distinction, devient serviteur du continent », assure ce communiqué.
Toutefois, pour certains, ce succès laisse un goût amer. « On peut parler de victoire pour l’Afrique, parce que nous avons avancé », a ainsi expliqué hier, à Addis Abeba, le vice-ministre kényan des Affaires étrangères Richard Onyonka, dont le pays soutenait la candidature du président sortant, le Gabonais Jean Ping. Mais « pour nous, il s’agit d’une victoire aigre-douce, a-t-il ajouté. Je pense que cette élection a créé une profonde division au sein de l’UA et que ce n’était pas nécessaire ». M. Onyonka s’est également dit « très gêné par les méthodes et le style de l’Afrique du Sud ». « Ils avaient le droit de présenter un candidat (...) mais il y a eu trop d’intimidation, de torsions de bras et de menaces » de la part des Sud-Africains, afin de s’assurer la victoire, a-t-il dénoncé.
« Il y a quand même un soulagement » au sein de l’UA, après l’élection, note un diplomate occidental s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. Mais la campagne « très dure et offensive » menée par les candidats « va laisser des traces et des rancœurs », surtout « si effectivement il y a eu des pressions de la part des Sud-Africains », a-t-il ajouté. Il est encore trop tôt pour connaître les conséquences sur l’organisation de cette élection, note encore le diplomate occidental, alors que le scrutin semble avoir créé une scission entre petits et grands pays, et entre francophones et anglophones.
« Cela prendra un certain temps avant que nous mesurions les conséquences » de l’arrivée de Mme Dlamini-Zuma à la tête de la Commission, a confirmé M. Onyonka, qui s’interroge sur les intentions de l’Afrique du Sud. « Pourquoi l’Afrique du Sud a-t-elle eu une attitude aussi acharnée envers cette élection ? Quel est l’objectif de l’Afrique du Sud envers l’UA ? » s’est-il interrogé. « Viennent-ils avec une stratégie consistant à contraindre les pays africains à exprimer la position sud-africaine? C’est ce que (Mouammar) Kadhafi avait l’habitude de faire », a-t-il poursuivi. Le vice-ministre s’est aussi demandé si l’ambition de Pretoria, déjà membre du G20, des Brics (groupe de puissances émergentes) et qui postule pour l’éventuel futur siège permanent de l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU, était africaine ou plus large.
Enfin, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, 57 ans, était absent du sommet organisé dimanche et hier dans son pays, qui héberge le siège de l’UA, pour la première fois et sans que les autorités éthiopiennes n’en donnent de raison.
(Source : AFP)

