Le candidat des Forces Libanaises, Fady Karam, rend hommage, le 15 juillet 2012, au député défunt Farid Habib lors des législatives du Koura. Photos Tony Frangié
C’est dans un climat dénué de passion, à la limite ennuyeux, sans enthousiasme, et par une chaleur accablante, que s’est déroulée hier la partielle du Koura, destinée à combler le siège grec-orthodoxe vacant du député des Forces libanaises (FL), Farid Habib, décédé le 31 mai dernier. Malgré les six postulants en lice, la bataille se limitait aux deux principaux candidats : celui des FL, Fady Karam, et celui du Parti syrien national social (PSNS), Walid Azar.
Le calme régnait donc en maître hier, dans le Koura, où les électeurs du caza ont accompli leur devoir, sans tambour ni trompette, sans débordements majeurs surtout. Un calme entrecoupé de périodes d’affluence dans les écoles publiques transformées en bureaux de vote, plus précisément à Amioun et Kousba, après la messe dominicale et à Enfeh, après le déjeuner. L’affluence y était telle, par endroits, que les électeurs attendaient leur tour près de trois quarts d’heure.
Une participation en hausse dans l’après-midi
L’impressionnant déploiement de l’armée et des forces de sécurité contrastait avec l’ambiance conviviale et bon enfant, qui a même pris une allure de kermesse dans certains bureaux de vote. Les villageois n’ont pas hésité à faire salon, à bavarder dans les cours, après avoir déposé leur bulletin dans l’urne. On se saluait, on s’embrassait, même si on était de bords différents, malgré la rivalité légendaire entre les deux parties. « Dieu unit ceux que l’homme sépare », indiquait Dib Obeid à ce propos, en attendant son tour, dans le bureau de vote de Kfarhazir.
On commentait aussi le taux de participation. On se demandait pourquoi certains électeurs traînaient les pieds, montraient trop peu d’enthousiasme à faire le déplacement. « Les sunnites n’ont pas encore voté. Ils ne devraient pas tarder », notait un partisan FL à Deddé. Relativement faible en journée, le taux de participation n’a bondi que dans l’après-midi, pour égaler celui des législatives de 2009. Taux remarquable pour une partielle, qui démontre l’importance de l’enjeu. Car celui-ci est de taille pour les deux principaux candidats qui se sont livré une lutte acharnée, sans jamais dépasser les limites de la bienséance. Et ce malgré les accusations qui ont fusé de part et d’autre, comme l’achat de voix ou les avions affrétés pour le transport des émigrés, ou les critiques non voilées contre l’adversaire.
Répondant aux questions de L’Orient-Le Jour, chez lui à Amioun, le candidat du PSNS, Walid Azar, prônait l’ouverture, la laïcité, la défense des intérêts de la population. « Nous sommes ouverts à l’ensemble de la société. Nous refusons l’extrémisme. Partant du fait que nous ne pouvons pas vivre sans la Syrie, nous sommes pour une union des pays du Machreq comme celle de l’Europe. »
Démocratie vs irrégularités
S’adressant également à L’Orient-Le Jour, à sa sortie du bureau de vote, à Amioun, le candidat des FL, Fady Karam, était optimiste quant à l’issue de « cette grande bataille ». Tablant sur le patriotisme et l’attachement au pays, il a évoqué son projet de développement agricole. « Je voudrais développer la culture de l’olive, ainsi que la fabrication et la commercialisation de l’huile d’olive. » Il n’a pas manqué, au cours de la journée, de se recueillir à Kousba sur la tombe du député défunt Farid Habib, auquel il a rendu un vibrant hommage.
Depuis sa résidence à Enfeh, le député Farid Makari insistait, lui, sur le caractère démocratique des élections, malgré certaines rumeurs ou tensions de part et d’autre. Il pariait déjà sur le succès du candidat FL.
« Démocratique », c’est ainsi que l’ensemble des électeurs, ici ou là, ont qualifié le scrutin. « Ici à Kousba, nous sommes tous pacifistes, même si nous ne sommes pas tous du même bord politique », lançait une femme avec humour. Mais ce pacifisme n’a pas empêché les électeurs d’affirmer leur engagement ferme pour une partie ou pour une autre. « Je suis venu des États-Unis pour voter, de mon propre gré, pour empêcher que le Koura ne devienne prosyrien », a ainsi affirmé un jeune homme d’Enfeh. Sortant du bureau de vote d’Amioun, une femme voilée a fièrement annoncé avoir voté « pour Walid Azar, la nation et l’arabisme ». À Bziza, un partisan FL, Wissam Msallem, n’a pas oublié le sang versé dans les combats entre les maronites et le PSNS durant la guerre et même récemment. « Ce sont les voix maronites qui feront pencher la balance », a-t-il assuré.
Comme prévu, l’opération de vote n’a pas échappé aux traditionnelles irrégularités qui s’invitent dans toute élection « à la libanaise », même si elles étaient nettement moins flagrantes que lors des précédentes législatives. À titre d’exemple, à l’entrée d’un bureau de vote à Amioun, « des partisans de Walid Azar distribuaient des bouts de papier sur lesquels était inscrit le nom du candidat, alors que les partisans du candidat des FL brillaient par leur absence », a rapporté une électrice, Lamis Harkos. La femme a aussi noté que dans l’isoloir du même bureau de vote, un crayon mine était mis à la disposition des électeurs, à côté des bulletins de vote blancs. « Ne sont-ils pas censés mettre à notre disposition un bic bleu ? » a-t-elle demandé.
Personnes âgées et handicapés oubliés
À Deddé, des observateurs de la Lebanese Association for Democratic Elections (LADE) ont constaté la présence d’un important groupe de partisans de Omar Karamé, à l’entrée du bureau de vote, arborant des tee-shirts rouges. Les jeunes du courant du Futur, vêtus de tee-shirts bleus, étaient aussi présents en force. « Ceci est considéré comme une volonté d’intimidation des électeurs de l’autre bord », notait un représentant de l’association. Il remarquait aussi la présence d’une poignée de jeunes qui interrogeaient les électeurs, à leur sortie du bureau de vote.
Le scrutin a également fait face à certaines aberrations aussi récurrentes qu’inadmissibles. Certains bureaux de vote étaient situés dans des ruelles si étroites qu’il était impossible d’y accéder en voiture, vu l’imposante présence militaire, véhicules à l’appui. La scène d’un vieil homme avec sa canne qui tentait à grand-peine de monter la pente glissante, menant au bureau de vote de Kousba, était plus que dérangeante. De plus, la quasi-totalité des bureaux de vote, situés en hauteur, dans de vieilles bâtisses sans ascenseur, étaient inaccessibles aux personnes âgées ou aux handicapés. On ne comptait pas les vieilles personnes, à bout de souffle, que leurs proches aidaient patiemment à monter ou à descendre les escaliers. Mais les autorités demeurent sourdes à ces considérations.
Le Koura, avec ses oliveraies à perte de vue, avec son taux élevé d’émigrés, avec ses habitants fiers de leur culture, a choisi hier son nouveau député. Puisse-t-il contribuer à redonner sa gloire à cette région de rêve.
Le calme régnait donc en maître hier, dans le Koura, où les électeurs du caza ont accompli leur devoir, sans tambour ni trompette, sans débordements majeurs surtout. Un calme entrecoupé de périodes d’affluence dans les écoles publiques transformées en bureaux de vote, plus précisément à Amioun et Kousba, après la messe dominicale et à Enfeh, après...

