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Liban

À Rayane

Elle s’appelait Rayane Amjad Amian, elle n’avait pas huit ans. Sa vie n’était pas que douceur et que nuages blancs. Mais Bachar el-Assad a quand même décidé d’en finir avec elle. Comme il l’a fait d’ailleurs, au quotidien, depuis près de deux ans, avec des centaines d’enfants innocents.
Rayane s’en est allée dimanche. Tuée net par une balle en plein cœur, lorsque les miliciens d’Assad ont tiré à bout portant sur un bus rempli de femmes et d’enfants qui tentaient de fuir Deraa, ville-martyre. Rayane a poussé son dernier soupir dans les bras de sa maman.
Si elle était née en 1929 à Munich, le sourire de Rayane aurait ému le monde – à juste titre. Mais Rayane est née en 2009, trop loin des yeux du monde, dans l’indifférence quasi générale. Le mythe du principe sacro-saint d’assistance à population en danger, Kofi Annan est en train d’achever de l’enterrer dans ses dialogues stériles avec Assad. Silence, M. Annan. Pendant que vous déblatérez inutilement sur un éventuel dialogue avec le régime syrien, ce dernier, lui, se moque du monde et massacre allégrement.
La petite Rayane ne provoquera non plus aucune émotion chez Vladimir Poutine ou Sergueï Lavrov, c’est certain. Encore moins chez les dirigeants chinois. L’immoralité, dissimulée sous des intérêts stratégiques ou financiers quelconques, n’a que faire de quelques centaines de petites filles tuées ou violées, c’est bien connu.
Des émotions, il ne faut certainement pas en attendre des responsables du Hezbollah, ou de ses maîtres à Téhéran. C’est là-bas qu’on faisait marcher, rappelons-le, les petits enfants sur des mines, durant la guerre Iran-Irak. Les martyrs, c’est sacré. Mais seulement chez « nous », au sein de « notre » spectre idéologique. Et seulement lorsque c’est Israël qui les massacre, en Palestine ou au Liban-Sud. Les autres peuvent crever, qu’importe : ce sont des « ennemis ». Ils n’ont pas « d’honneur » ou de « noblesse ». Ils sont d’une caste inférieure.
Rayane rappellera-t-elle néanmoins à Michel Aoun et ses gendres respectifs, ministres et militaires, ses délicieux et formidables petits-enfants – que Dieu leur prête longue vie ? On peut l’espérer. Sans trop y croire, cependant. La famille passe avant tout. Même lorsqu’on a fait mine de hurler contre l’establishment féodal et clanique depuis des années.
Évoquera-t-elle aux prélats chrétiens syriens et libanais tous ces petits gamins adorables parés de leurs plus beaux habits pour célébrer les Rameaux et respirer la vie à pleins poumons ? On peut en douter : la préservation d’une représentation fantasmatique de la « communauté » est devenue depuis longtemps, chez bon nombre d’entre eux, plus importante que la vie humaine, que l’innocence d’un enfant.
Nagib Mikati et ses ministres s’en attendriront-ils ? En sont-ils encore capables, ou bien le pouvoir rouille-t-il jusqu’aux moindres petits recoins de l’âme humaine ? Combien faut-il de morts pour se découvrir une conscience ?
La beauté pure de Rayane laissera-t-elle enfin définitivement sans voix le grotesque Adnane Mansour ? Cela, on peut l’espérer de tout cœur. Et au plus tôt.
Pouah. Comme il fait mal de vivre en ce début de XXIe siècle.
Elle s’appelait Rayane Amjad Amian, elle n’avait pas huit ans. Sa vie n’était pas que douceur et que nuages blancs. Mais Bachar el-Assad a quand même décidé d’en finir avec elle. Comme il l’a fait d’ailleurs, au quotidien, depuis près de deux ans, avec des centaines d’enfants innocents. Rayane s’en est allée dimanche. Tuée net par une balle en plein cœur, lorsque les miliciens d’Assad ont tiré à bout portant sur un bus rempli de femmes et d’enfants qui tentaient de fuir Deraa, ville-martyre. Rayane a poussé son dernier soupir dans les bras de sa maman.Si elle était née en 1929 à Munich, le sourire de Rayane aurait ému le monde – à juste titre. Mais Rayane est née en 2009, trop loin des yeux du monde, dans l’indifférence quasi générale. Le mythe du principe sacro-saint d’assistance à...
commentaires (8)

Tres beau texte Michel, eh oui comme il fait mal de vivre..

Caline Abchee

11 h 40, le 19 juillet 2012

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Commentaires (8)

  • Tres beau texte Michel, eh oui comme il fait mal de vivre..

    Caline Abchee

    11 h 40, le 19 juillet 2012

  • un grand MERCI

    Houri Ziad

    17 h 12, le 12 juillet 2012

  • Rayane aura rejoint le Paradis ou sont tous les enfants du Liban, les enfants Syriens, les enfants Palestiniens, les enfants Bosniens et Serbes, tous ces enfants qui ont paye de leur petites vies innocentes les enjeux des grands de ce monde, qui ont paye la soif de pouvoir, la convoitise, l'injustice et la folie des hommes. Maudit soit ce regime.

    Fady Challita

    11 h 41, le 12 juillet 2012

  • Article dont je vous félicite, Cher Monsieur Michel Hajji Georgiou. Mais, pour s'émotionner tous ces gens énumérés devraient avoir une conscience ! Or, intérêts et consciences ne vont pas de pair. Mais, n'oublions pas aussi, pour être objectifs, que US et U.E., les Occidentaux, tout comme leurs suiveurs, que ce soit en Lybie, en Afganistan ou ailleurs, ne s'étaient pas émotionnés outre mesure, ou du tout, quand ils bombardaient, si les victimes étaient civiles, femmes, vieillards ou surtout enfants. Ils n'en valent pas beaucoup plus que les autres. Le Loup pourrait s'émotionner ! L'homme-Loup ! JAMAIS !

    SAKR LEBNAN

    04 h 34, le 12 juillet 2012

  • Votre texte est bouleversant, Monsieur Michel HAJJI GEORGIOU. Que dire face à cette barbarie ? Il y a un an, j'avais écrit ce poème pour Hamza: T R E I Z E   A N S Le temps juste le temps de jouer à la marelle sur le sol en terre battue devant la maison à Deraa.   Le temps juste le temps de humer le parfum des pistachiers du jasmin dans les jardins de Deraa.   Treize ans… Le temps juste le temps de savourer les galettes de «zatah» et le hommos de sa mère qui lui disait si souvent: «aya bibi!»   Treize ans Le temps juste le temps d'aimer et d'admirer ce père qui savait le protéger.   Sauf ce jour de folie où les moukhabarat de Bachar transformèrent son corps d'enfant en hématome géant   Hamza ne leur avait pourtant rien fait Il ne leur avait rien dit.   Avec les grands, à Deraa il rêvait seulement de pain et aussi de liberté   A treize ans Hamza sera parti au Paradis d'Allah sans avoir eu le temps de voir la Liberté fleurir dans son pays. GF Hélas, je doute que le Boucher de Damas apprécie la poésie... A l'heure d'embrasser ses enfants, ose-t-il encore les regarder dans les yeux ?

    Favre Gilberte

    04 h 07, le 12 juillet 2012

  • sobre et émouvant ! que tous les internautes créent un buzz et les "politiques" de ce monde matérialiste afin de dire cette atrocité ! Rayane repose en paix !

    Hamed Adel

    03 h 08, le 12 juillet 2012

  • Merci pour cet article, merci Monsieur Hajji Georgiou. Superbe!!!!!!!!!!!!!!!!!

    michele bibi

    00 h 50, le 12 juillet 2012

  • Entre les dictateurs arabes dont leurs peuples se sont débarrassé, Bachar al-Assad a gagné le titre de "tueur d'enfants", grâce notamment à ses chabbihas criminels. Ceux qui soutiennent sans vergogne sa dictature à Moscou, à Téhéran et à Beyrouth, en tête les sbires les plus "grotesques", partagent en quelque sorte ce titre et ont droit aux plus chaleureuses "félicitations".

    Halim Abou Chacra

    23 h 05, le 11 juillet 2012

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