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Changement climatique : un appel concret à l’action, initié par de jeunes Libanais

Environnement L’initiative Carboun (pour la recherche sur le développement durable) et l’ONG « Youth for Development » ont coorganisé leur première conférence commune, préludant à la prochaine conférence des parties (COP 18) sur le changement climatique, prévue cette année à Doha.
09/07/2012
Sandra NOUJEIM

L’environnement, on sait ce que c’est, du moins approximativement ; on sait aussi les menaces qui dégradent chaque jour un peu plus le paysage planétaire. Mais ce qu’on peine à réaliser, à intégrer dans notre façon d’être comme un incontournable réflexe, c’est la valeur de l’effort individuel pour préserver le milieu de vie terrestre. Chacun peut, et doit, développer une habitude verte, pour perpétuer son existence. La conférence sur le thème du « changement climatique et des ressources hydrauliques », coorganisée par deux jeunes rassemblements libanais, l’initiative Carboun et l’association « Youth for Development » (Jeunesse pour le développement), au bâtiment d’ingénierie à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), vise à mettre en relief ce rapport direct, sans détour, entre l’homme, acteur individuel, et l’environnement, macrocosme limé par d’infinies négligences. D’ailleurs, ces deux associations, aux objets pourtant différents, partagent un même enjeu : jeter les bases d’une nouvelle approche capable de stimuler l’action sur les questions, en somme existentielles, de l’environnement.
Carboun s’investit dans la recherche pour le développement durable dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord : de jeunes professionnels ou étudiants s’efforcent de cerner les moyens pratiques, ponctuels, de réduire l’impact de l’expansion économique sur les ressources énergétiques. De son côté, Jeunesse pour le développement se veut un « appel à l’éveil des jeunes », pour un essor solide de la société, à tous les niveaux.

Le terrorisme, conséquence de l’inaction...
Et l’environnement se situe au cœur de cet essor. C’est ce que démontre Nadim Farajallah, en termes concrets. Centrant son intervention sur le Liban, il fournit d’abord quelques résultats de recherches effectuées à l’AUB : si la température maximale n’a pas changé, la température minimale a augmenté de 2,9 %, de 1994 à 2004, résultat de l’effet de serre. Au niveau des ressources hydrauliques, ce changement se fait sentir notamment dans la réduction du volume global des précipitations, et partant des surfaces d’eau ; la multiplication des incendies de forêts, produisant la profonde érosion des couches de terre supérieures, nécessaires pour l’absorption de l’eau ; l’élévation du niveau de mer (comme le montrent par exemple les vagues de Aïn Mreisseh, qui doublent de hauteur lors des tempêtes, au point d’atteindre, au-delà de la corniche, l’axe routier). Ces facteurs conduisent à l’entremêlement de l’eau de mer avec l’eau des égouts, et donc au blocage des canaux d’évacuation et au dégorgement des eaux sales. Le dérèglement des mécanismes naturels de renouvellement des ressources hydrauliques se répercutera directement sur la production agricole. « Les paysans se trouveront peu à peu désœuvrés, et n’auront d’autre recours que l’exode rural. Mais leurs chances de trouver un nouvel emploi en ville, qui sera elle-même touchée par la baisse de la productivité nationale, les poussera à fuir le pays vers l’Occident, mieux adapté aux bouleversements du climat. Sauf que les pays du Nord ne seront plus à même de contrôler une situation débordante. Les immigrés seront renvoyés chez eux, ou abrités dans les banlieues des grandes villes, pour se reconvertir au terrorisme ! » C’est la caricature que peint Nadim Farajallah, où la satire devient une sommation à agir. Pareille action au Liban serait dans la création de ressources hydrauliques alternatives (la désalinisation de l’eau ; le traitement de l’eau d’égouts pour un usage agricole...) et la mise en œuvre des stratégies nouvelles de stockage de l’eau (les barrages d’eau, les lacs artificiels...).

La route vers Doha...
Les répercussions de la non-action sont donc loin d’être minimes, mais l’occasion de nouvelles négociations, à l’échelle mondiale, s’offre déjà : la 18e conférence des parties (COP 18), dans le cadre de la Conférence cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), prévue en novembre-décembre de cette année à Doha. « La route pour Doha » est un plan initié par Carboun dans ce cadre pour mettre au point une feuille de route efficace, en préparation des négociations de Doha. Tarek Sadek, responsable des affaires économiques-changement climatique à l’Escwa, a dressé à cette fin le bilan critique des précédents sommets. L’un des principaux aboutissements de COP 17, tenu à Durban (Afrique du Sud) en 2011, a été, selon lui, de différencier entre les pays développés et les pays en voie de développement en termes de limitations des émissions carboniques. C’est d’ailleurs la limitation de ces émissions qui est la ligne directrice de toute action de solidarité mondiale pour l’environnement. Si les accords de Kyoto ont abouti en 2000 à la décision de réduire les émissions carboniques en 2020, jusque-là aucune amélioration n’a été constatée. « Faudra-t-il attendre encore 10 ans pour insérer des clauses contraignantes? » se demande Tarek Sadek, s’attardant sur « l’impact de l’attente », un facteur à prendre en compte à Doha, où les négociations « promettent d’être agressives ».
« Il est déjà tard, mais jamais trop tard pour passer à l’action », affirme Nadim Farajallah, en réponse à une question de L’Orient-Le Jour. Il rappelle que l’élément de persuasion le plus puissant est l’argent. « Si l’environnement avait été une banque, tous auraient accouru à sa rescousse, comme lors du dernier krach boursier », souligne-t-il. Peut-être le temps est-il venu d’entrapercevoir, dans la beauté parfois immatérielle de l’environnement, l’injonction pragmatique de le sauver.

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