Vingt-huitième semaine de 2012.
Le monde s’enflamme pour le boson d’un Peter Higgs d’une somptueuse humilité. Ce qui s’est passé quelques nanosecondes après la naissance de ce big bang décidément très orphelin fait même chavirer de bonheur les mathématiciens-prêtres, les mathématiciens-imams et les mathématiciens-rabbins. Ils n’y voient aucune incompatibilité avec Dieu, son existence, sa puissance. Les concierges en parlent aussi. Les artistes. Les sportifs. Les amoureux : tu me fais tourner la tête; mon boson à moi, c’est toi. Le monde, sans rien y comprendre, ceci justifiant peut-être cela, n’en finit pas de retomber en amour pour l’infiniment petit.
Au Liban, c’est l’infiniment con qui fascine.
Exhibitionniste en diable, un peu honteusement assumé aussi, l’insensé échangisme qui a secoué le Maronistan politique cette semaine fait jaser comme le plus semi-mondain des adultères. Écouter Amine Gemayel, Samir Geagea et Michel Aoun prononcer quasiment les mêmes mots entre les mêmes virgules, et regarder les Kataëb, les FL, le CPL, le Tachnag et les Marada adopter la même et catégorique position sur un sujet d’une importance géo-socio-économico-politique d’une importance locale, régionale et internationale capitale pour les Libanais en général et les communautés chrétiennes en particulier : la situation des journaliers de l’EDL relève du grand music-hall.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, se reforme ou se déforme, certes, mais tout de même... Les portes claquent : Alain Aoun qui tire à boulets rougeâtres sur le Hezbollah ; Mohammad Kabbani qui se répand contre les FL ; le CPL et le courant du Futur qui essaient ensuite, laborieusement, de recoller les morceaux, et tous se rendent compte, plus de vingt ans après, que l’inénarrable Nabih Berry gère les séances parlementaires et les votes législatifs comme Geneviève de Fontenay ses miss. Ou comme Staline, dans ses bons jours, ses Russes. Ces adultères sont effectivement vaudevillesques, futiles, superficiels, et, comme toujours au Liban, comme tout ce qui touche à la politique libanaise, d’une triste, d’une insupportable stérilité.
Que Michel Aoun se soit rallié aux pôles chrétiens honnis d’un 14 Mars qu’il méprise tactiquement, juste pour une fois ; que ce qui s’est passé cette semaine représente, au contraire, les stratégiques premières lignes d’un très new-look document d’entente, christiano-chrétien cette fois et qui viendrait brûler celui de Mar Mikhaïl signé en 2006 entre le chef du CPL et Hassan Nasrallah, le résultat est le même : le mal-être qui prévaut au CPL depuis six ans frôle aujourd’hui la dépression, et l’échéance législative de 2013 n’aide en rien. Bien au contraire. Le courant anti-hezbollahi du CPL a fait officiellement son coming-out. Les aounistes de la première heure, sincères et sincèrement désorientés, n’hésitent plus à demander une autocritique.
Deux questions se posent. Spontanées. Cruciales. Un : le courant aouniste va-t-il entamer son printemps arabe, son indispensable intifada à lui ? Et si (très hypothétiquement) oui, réussirait-il, parviendrait-il à renoncer à ces penchants miliciens studieusement acquis après toutes ces années de concubinage avec le Hezbollah ? Deux : le dynamitage, ou l’idée de dynamitage de ce bipartisme né sur le Ground Zero du 14 février 2005, sur la place du Saint-Georges, le dynamitage de ce fameux 14 Mars vs 8 Mars aura-t-il lieu ? S’il y avait une seule chose de plus ou moins saine dans l’après-Rafic Hariri, c’est cette décommunautarisation de l’échiquier politique libanais, cette translation de la guerre endémique islamo-chrétienne en conflit originel et fondateur entre pro et anti-État. Aussi milicien, aussi dévoyé soit-il dans sa conception de la nature et de la culture libanaises, le 8 Mars, de par sa naissance même, a permis un sage retracé des lignes de démarcation 1975-1990 et des contours rances tracés par la sinistre alliance quadripartie Amal-Hezb-Futur-PSP des années prérévolution du Cèdre. Sage sur le papier et en réalité apocalyptique puisque ces lignes vertes séparent désormais, et d’une façon encore plus dure, plus définitive, plus létale, les sunnites et les chiites. Le sectarisme refleurit sur le cadavre du communautarisme.
Deux questions et une réponse : oui, ou non. Et c’est plutôt non : trop de convergences d’intérêt, une contamination milicienne par trop efficace, un syndrome de Stockholm exacerbé et une intelligence politique étriquée du chef gluent encore le CPL au Hezb. Il n’empêche, tout peut arriver : le scrutin de 2013 est un hyper-Viagra.
L’échangisme a(urait) encore de beaux jours.
P.S. : encore une question : quelle formation sécuritaro-politique contrôle le périmètre Sami Solh-Tayyouné, porte d’entrée, parmi d’autres, de la banlieue sud et théâtre de la tentative d’assassinat contre Boutros Harb cette semaine ? La réponse étant connue de tous, trois possibilités se posent : soit le Hezb a commandité l’opération, soit il savait et il n’a rien dit ou rien pu dire, soit il a perdu toute autorité et n’est plus que le dindon d’une très macabre farce. Corollaire : eût-elle réussi, cette tentative aurait provoqué des législatives partielles au Batroun. La circonscription des candidats éternellement malheureux...
P.P.S : une dernière question : quelle équipe a réussi à battre à plate couture les records pourtant vertigineux d’incompétence enregistrés par le gouvernement le plus pathétique, le plus mauvais de l’histoire du Liban, formé le 26 octobre 2004, présidé par Omar Karamé, et qui comportait, entre autres humanistes, intellectuels, penseurs et génies Abdel-Rahim Mrad, Adnane Addoum, Élie Ferzli, Sleimane Frangié, Talal Arslane, Mahmoud Hammoud, Nagi Boustany, Wi’am Wahhab, ou Youssef Salamé ? Réponse : les ministres du gouvernement Mikati. C’était pratiquement impossible, mais, valeureux, Gebran Bassil, Nicolas Sehnaoui, Ali Hassan Khalil, Gaby Layyoun, Hassan Diab, Fadi Abboud et Adnane Mansour l’ont fait. Félicitations.


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Tiens ? Rencontrerait-on aux Chandelles certains de nos dirigeants cachés derrière leurs masques ? Ce ne serait pas étonnant vu qu'on ne peut entrer aux Chandelles que si l'on est parrainé, ce qui est dans la logique du système clanique de nos échangistes !
06 h 29, le 08 juillet 2012