Peut-on rêver d’une géographie plus idéale ? Dix mille kilomètres carrés, la taille d’un département français, avec des montagnes enneigées, des vallées verdoyantes, des sites millénaires et des plages ensoleillées à l’année, le long de la Méditerranée, à 3 ou 4 heures d’avion du cœur de l’Europe.
Une démographie idéale, 4 à 5 millions d’habitants, sur ce petit mouchoir de poche qu’est le Liban, quoi de plus facile à gérer et à satisfaire ? Ce n’est qu’un quartier d’Istanbul ou du Caire, pour ne pas citer les mégapoles plus lointaines. À titre de comparaison, l’usine Foxconn à Zhengzhou en Chine, qui fabrique entre autres les téléphones et ordinateurs de Apple, emploie 1,2 million de salariés.
Un peuple intelligent, chaleureux, éduqué et travailleur ouvert sur le monde et qui préfère émigrer plutôt que de végéter dans un pays qui régresse et qui n’offre aucun avenir à ses citoyens qui vivent dans la peur constante de nouvelles menaces, et catastrophes. Ces mêmes émigrés ont viré 8,4 milliards de dollars à la mère patrie en 2010. Dix mille kilomètres et cinq millions d’habitants, le rêve pour n’importe quel gouvernement pour en faire un paradis. (Dubaï a été bâti sur un bout de désert et Singapour sur des marécages asséchés).
Avec 10 000 kilomètres carrés et cinq millions d’habitants, on devrait avoir le courant électrique 36 heures sur 24 (!), l’eau à profusion puisque nous sommes le château d’eau du Proche-Orient, un réseau routier en parfait état et une couverture du téléphone sur 100 % du territoire. Tous ces services, qui vont de soi dans n’importe quelle ville ou pays du monde, sont calamiteux dans notre beau Liban de par la médiocrité et la corruption de nos prétendus responsables et dirigeants.
Depuis plus de vingt ans que la guerre dite civile est terminée, pourquoi aucun gouvernement n’a-t-il pu ou voulu construire de nouvelles centrales électriques, alors que l’État paie (à qui ?) plus d’un milliard de dollars par an pour combler le déficit d’Électricité du Liban ? Cette même compagnie nationale était l’une des principales sources de revenu pour l’État avant 1975. Pourquoi ne pas la privatiser comme la Poste ou le ramassage des ordures ? Elle redeviendra profitable et le consommateur en aura pour son argent.
Les gouvernements qui se succèdent depuis vingt ans ne répondent plus aux besoins les plus élémentaires des citoyens, qui ne sont que 5 petits millions éparpillés sur 10 000 kilomètres carrés seulement. Un gouvernement de 30 ministres où les femmes sont inexistantes et ne sont que quatre seulement dans un Parlement de 128 députés, alors que 50 % du cabinet de François Hollande est constitué de femmes. Angela Merkel en Allemagne travaille avec huit ministres pour un pays de 85 millions d’habitants. C’est des femmes qui sont au pouvoir en tant que chefs d’État ou de gouvernement en Argentine, au Brésil, en Australie, en Suisse, en Finlande, en Irlande et même en Inde ou au Bangladesh !
Au Liban, les femmes ne peuvent même pas transmettre leur nationalité à leurs enfants et les Libanais doivent partir à l’étranger pour convoler puisque le mariage civil n’existe pas. Ce sont malheureusement les institutions religieuses qui se substituent à l’État pour gérer les affaires personnelles des citoyens.
Ce beau pays de 10 000 kilomètres carrés et 5 millions d’habitants est malheureusement classé comme suit par les instances internationales :
– À la 81e place mondiale en termes d’économie du savoir dans le classement de la Banque mondiale en juin 2012 ;
– À la 94e place mondiale en termes de performance environnementale en 2012 d’après l’I.P.E ;
– À la 94e place mondiale en termes de démocratie en 2011, d’après le rapport de l’Economist Intelligence Unit ;
– De la 78e place en 2010, le Liban tombe à la 93e en 2012, pour la liberté de la presse, d’après Reporters sans frontières ;
– Au 95e rang mondial parmi 138 économies dans le dernier classement du Forum économique mondial relatif aux technologies de l’information et de la communication ;
– À 117e place en termes d’environnement propice à la croissance en 2011 dans le classement de Goldman Sachs;
– Beyrouth est à la 170e place mondiale en termes de sécurité individuelle d’après le cabinet Mercer Human Resources ;
– Le Liban et à la 188e place mondiale sur 200 pays en termes d’image de marque de pays, d’après l’I.I.M.P. en 2011.
Quel triste bilan pour le Liban et quel gâchis pour un pays de 10 000 kilomètres carrés et 5 millions d’habitants qui aurait pu être un paradis et un modèle pour le monde !
David CORM
Ingénieur architecte


Que de rêves ! et que de châteaux bâtis sur le sable, au gré des aquilons !
11 h 13, le 06 juillet 2012