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Liban - Éclairage

Tous unis contre Ahmad el-Assir...

Le Saint-Esprit qui avait visité le Parlement lundi n’y a pas fait long feu et hier, et la suite de la séance plénière législative n’a pas eu lieu. Mais ce qui s’est passé ces deux derniers jours a quand même montré un changement dans le paysage politique interne. Soudain, c’est comme s’il y avait une sorte « d’alliance sacrée » tacite entre, d’une part, Amal et le Hezbollah et, d’autre part, le courant du Futur. Tous contre cheikh Ahmad el-Assir en quelque sorte, mais pas seulement.


Les développements des derniers mois au Liban ont montré deux changements, parallèles et pas forcément liés, sur les scènes sunnite et chiite. La première qui a pratiquement basculé dans le camp favorable à l’opposition syrienne (excepté bien entendu les factions sunnites dites de l’opposition et qui sont traditionnellement proches du régime syrien) a vu la montée en puissance de groupes islamistes au Nord (à Tripoli et au Akkar) et leur pendant à Saïda avec le phénomène Assir. Le courant du Futur a eu beau se présenter comme le fer de lance de l’appui à l’opposition syrienne et de la guerre contre le régime, il s’en est plutôt tenu aux discours beaucoup moins qu’à l’action sur le terrain qui a été essentiellement le fait des groupes islamistes. Ces groupes dont l’influence était limitée à Tripoli et au Akkar ont commencé à recevoir des aides financières et des équipements leur permettant de mieux se structurer et surtout d’élargir les rangs de leurs partisans. Ils ont ainsi grignoté la base populaire du courant du Futur, qui s’est vu contraint à faire de la surenchère politique pour garder son influence sur la rue.

 

Pour l’instant, le décompte n’est pas très important, mais il pourrait bien le devenir à la veille de l’échéance électorale de 2013, lorsque les courants islamistes devront faire leur choix : soit avoir eux-mêmes des candidats aux législatives, soit monnayer chèrement leurs voix. Mais le coup le plus dur porté au courant du Futur est venu de Saïda avec l’émergence de cheikh Ahmad el-Assir, qui tient un discours populiste et se veut dans la cohérence sunnite. Cheikh Assir avait commencé à apparaître sur la scène sunnite à Saïda après le rapprochement entre le chef du courant du Futur Saad Hariri et le régime syrien en 2009. Mais à l’époque, les circonstances étaient différentes, il n’y avait pas encore eu de crise en Syrie et le terreau n’était pas encore favorable à l’extrémisme du discours du cheikh. La chute du gouvernement de Saad Hariri ainsi que les développements en Syrie ont renforcé le dignitaire religieux qui est devenu aux yeux de ses partisans une des rares personnalités sunnites à tenir le même discours depuis des années. Même si, en apparence, les principales cibles de cheikh Assir sont le régime syrien et le Hezbollah – qu’il n’appelle d’ailleurs que « le parti de la résistance » –, en réalité, c’est la popularité du courant du Futur qui pâtit de sa présence, d’autant que ce courant est déjà affaibli par l’absence prolongée de son chef.


En même temps, les derniers événements dans la banlieue sud ont montré que la rue chiite est en train de se dégager du contrôle d’Amal et du Hezbollah. Les commandements de ces deux formations ont donné à plusieurs reprises des instructions pour empêcher les manifestations et empêcher de brûler des pneus et de fermer les routes. En vain. Ils ont même eu recours à la religion, précisant que de tels agissements sont contraires à la foi, mais ils ne parviennent pas à se faire obéir. La rue chiite semble de plus en plus livrée au contrôle de clans rivaux (les Zeaïter, les Mokdad, les Tleiss, les Assaf, les Chamas...) qui dictent désormais leur loi. Les membres de ces clans étant généralement des partisans du Hezbollah et d’Amal, ces deux formations peuvent difficilement intervenir pour rétablir le calme, car ce serait se mettre à dos des groupes importants. Elles se contentent donc de rappels réguliers à l’ordre, de conseils et de contacts, mais elles sont pratiquement paralysées et craignent en ces temps de crise que des brèches ne s’ouvrent dans leurs bases populaires.


Affaiblis ou craignant de l’être, ces deux grands courants se sont ainsi rapprochés ces derniers temps, à travers notamment les réunions de dialogue et sous la voûte du Parlement. C’est sans doute ainsi que s’explique la miraculeuse entente qui était perceptible lundi au Parlement et qui a permis le règlement de la crise dite des dépenses publiques. Les deux grandes formations sur les scènes sunnite et chiite n’ont pas intérêt à ce que leurs rues respectives leur échappent et basculent soit dans l’extrémisme, soit dans le chaos. Elles ont en quelque sorte fait objectivement front commun. Il s’agit bien entendu d’accords ponctuels sur des points précis, mais c’est aussi malgré tout le début d’un autre genre de dialogue basé sur des intérêts communs. Si elle n’a qu’un mérite, l’action de cheikh Assir aura eu celui-là... Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si place de l’Étoile aucun des députés de la nation n’a jugé bon de mentionner le nom du cheikh de Saïda, qui occupe pourtant à la fois une rue passante de la ville et la scène médiatique...

Le Saint-Esprit qui avait visité le Parlement lundi n’y a pas fait long feu et hier, et la suite de la séance plénière législative n’a pas eu lieu. Mais ce qui s’est passé ces deux derniers jours a quand même montré un changement dans le paysage politique interne. Soudain, c’est comme s’il y avait une sorte « d’alliance sacrée » tacite entre, d’une part, Amal et le Hezbollah et, d’autre part, le courant du Futur. Tous contre cheikh Ahmad el-Assir en quelque sorte, mais pas seulement.
Les développements des derniers mois au Liban ont montré deux changements, parallèles et pas forcément liés, sur les scènes sunnite et chiite. La première qui a pratiquement basculé dans le camp favorable à l’opposition syrienne (excepté bien entendu les factions sunnites dites de l’opposition et qui sont...
commentaires (2)

Suite a votre article Scarlett, il serait donc bon au Hezbollah de se préparer justement a remettre ses armes a l’état, sans conditions, pour pouvoir enfin discuter avec les démocrates et modérés de toutes les autres communautés pour remettre de l'ordre dans ce pays qu'ils ont si bien contribué a détruire. Au final ils en perdent le contrôle, contrairement aux apparences, et nous en paierons tous le prix.

Pierre Hadjigeorgiou

09 h 14, le 04 juillet 2012

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Commentaires (2)

  • Suite a votre article Scarlett, il serait donc bon au Hezbollah de se préparer justement a remettre ses armes a l’état, sans conditions, pour pouvoir enfin discuter avec les démocrates et modérés de toutes les autres communautés pour remettre de l'ordre dans ce pays qu'ils ont si bien contribué a détruire. Au final ils en perdent le contrôle, contrairement aux apparences, et nous en paierons tous le prix.

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 14, le 04 juillet 2012

  • Au niveau du Futur,çà n'étonnera personne...au niveau du Hezb,il y a bien longtemps que j'ai écrit qu'il risquait une implosion...je la voyais plutôt pour des raisons politiques...j'avais oublié à quel point,comme partout au Liban,le Hezb était gangréné par les mafieux de tous poils...bonne nouvelle?mauvaise nouvelle?en tous cas,çà prouve bien,que le Hezb est Libanais...il n'échappe pas à la loi de "gravitation universelle libanaise"...même à 50 mètres sous terre...putain,quel pays...en tous cas,Mme Haddad,là vous m'en bouchez un coin,et un sacré coin...pas besoin de vous dire pourquoi.Bravissimo..sacrée femme et sacrée journaliste...

    GEDEON Christian

    21 h 44, le 03 juillet 2012

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