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Moyen Orient et Monde - Colombie

Chasser l’armée pour avoir la paix...

Les agriculteurs de Calandaima pris pendant des décennies entre les militaires et les FARC.

La méfiance reste très vive entre paysans et militaires, encore très présents dans la région. Jaime Saldarriaga/Reuters

L’écho des coups de feu entre soldats et guérilleros colombiens s’élève dans la montagne, mais sans perturber la communauté paysanne qui a trouvé une solution originale pour assurer sa tranquillité : expulser des lieux les forces de l’ordre.
Sur les hauteurs de Calandaima, dans le département du Cauca situé au sud-ouest de la Colombie, ces familles, excédées de vivre durant des décennies entre deux feux, ont décidé au mois de juin de chasser le contingent de l’armée local. Le 9 juin, au matin, près de 1 200 paysans se sont ainsi réunis pour prendre d’assaut la montagne, où les militaires avaient établi un point stratégique contre la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla du pays, fondée il y a un demi-siècle. « Depuis là-haut, les militaires nous criaient que nous n’avions pas le droit d’entrer, mais nous avons avancé, et face à tant de monde, ils ont dû partir », raconte Cristobal Guamanga, un des meneurs de l’opération et président du syndicat des petits agriculteurs du Cauca.
Outre les guérillas communistes comme les FARC, de nombreuses bandes criminelles, issues en partie d’ex-milices paramilitaires d’extrême droite, sillonnent cette région côtière, zone d’acheminement du trafic d’armes et de drogue. « Nous, paysans, sommes très affectés par ce conflit, qui s’est accentué lorsque des bases militaires comme celle-là se sont installées sur notre territoire », raconte Carmen Irenia Largo, une autre responsable du campement monté avec tentes en plastique et cabanes en bois. Affirmant que son frère a été tué par l’armée qui l’aurait confondu avec un rebelle, cette femme redoute surtout l’impact de la guerre pour les enfants. « Psychologiquement, ils sont pris dans le conflit dès leur plus jeune âge. Quand passe un hélicoptère, ils attrapent un bâton et font semblant de tirer comme un fusil », confie-t-elle.
En réalité, l’armée n’a pas totalement quitté la zone. À l’écart des paysans, des soldats occupent encore une tranchée. Mais la méfiance reste très forte à leur égard. Les habitants accusent notamment les militaires de commettre de nombreux abus sur les civils, mais aussi de les empêcher de cultiver la coca, dont la production est officiellement interdite dans le premier pays producteur de cocaïne. Pour eux, les forces armées ont moins pour objectif de frapper la guérilla que de faire partir les paysans afin d’attirer des compagnies étrangères désireuses d’exploiter les ressources naturelles. « Ici, nous avons de l’eau, des forêts, des carrières de marbre, de coltan (un minerai stratégique utilisé pour la fabrication d’équipements électroniques), de nickel. D’où notre combat pour conserver cela », affirme Cristobal Guamanga.
La suspicion est mutuelle entre les paysans et les soldats qui voient en eux des alliés des FARC dont ils faciliteraient le passage ainsi que l’organisation d’embuscades. « Une idée fausse et dangereuse. Car ici, il y a des paramilitaires et des bandes qui peuvent nous attaquer », rétorque le leader paysan.
Depuis l’expulsion des soldats, le dialogue de sourds se poursuit entre les villageois et l’armée qui reste très présente ailleurs dans la région, régulièrement frappée par des attentats à l’explosif.
En attendant, la petite communauté tente de continuer sa vie à l’écart du conflit. Les hommes s’occupent des cultures tandis que les femmes gèrent le campement. Quant aux enfants, ils ont inventé un jeu particulier : deviner au bruit les auteurs des tirs qui rompent régulièrement le silence de la montagne.

(©AFP)
L’écho des coups de feu entre soldats et guérilleros colombiens s’élève dans la montagne, mais sans perturber la communauté paysanne qui a trouvé une solution originale pour assurer sa tranquillité : expulser des lieux les forces de l’ordre.Sur les hauteurs de Calandaima, dans le département du Cauca situé au sud-ouest de la Colombie, ces familles, excédées de vivre durant des décennies entre deux feux, ont décidé au mois de juin de chasser le contingent de l’armée local. Le 9 juin, au matin, près de 1 200 paysans se sont ainsi réunis pour prendre d’assaut la montagne, où les militaires avaient établi un point stratégique contre la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla du pays, fondée il y a un demi-siècle. « Depuis là-haut, les militaires...
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