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Le « port phénicien de Beyrouth » détruit à coups de pelleteuse

Patrimoine Le site du « port phénicien de Beyrouth » a été détruit hier matin à coups de pelleteuse, avant que des activistes de la société civile n’alertent le juge des référés qui a ordonné l’arrêt total des travaux.
27/06/2012

Le port phénicien de Beyrouth a été complètement détruit hier matin à coups de pelleteuse, ont rapporté plusieurs activistes de la société civile. « Nous sommes sous le choc, ils ont tout détruit, sans permis ni autorisation », dénonce Raja Noujaim, un militant engagé pour la protection du patrimoine libanais.


La destruction du site a été confirmée par Pascale Ingea, présidente de l’Association pour la protection du patrimoine libanais (APPL). « Il ne reste plus rien. On est scandalisé par ceux qui brûlent des pneus. Mais les vrais vandales portent des cravates, accuse la jeune femme qui, la première, est arrivée sur les lieux aujourd’hui. Si on l’avait su plus tôt, on aurait pu stopper ce massacre. »


Les vestiges du « port phénicien », découverts sur le site de construction de trois tours (les Venus Tours) à Mina el-Hosn, dans le centre-ville de Beyrouth, étaient menacés de destruction depuis plusieurs mois déjà. Les militants de la société civile avaient fait de ce dossier un engagement prioritaire. Vendredi dernier, l’APPL avait organisé un sit-in à Beyrouth afin de mettre en garde contre la moindre atteinte au site antique.


« C’est un crime, un vrai sabotage, et nous n’allons pas rester les bras croisés », assure M. Noujaim dans un entretien à lorientlejour.com. « Nous avons déjà mis en place une équipe d’avocats qui vont porter plainte contre les responsables de ce crime, qu’ils soient directement impliqués (comme les constructeurs de Venus Tours) ou indirectement (comme le ministre libanais de la Culture Gaby Layoun) », ajoute le militant. « Notre ministre actuel agit comme un ministre du béton, et non pas de la Culture, critique M. Noujaim. Lui, qui a une responsabilité morale et éthique pour la protection de notre patrimoine culturel, donne son feu vert pour la destruction illégale de ces vestiges vieux de plus de 2 500 ans, et ce en plein jour de surcroît. »

 

La pelleteuse en action...


Les militants reprochent notamment au ministre Layoun d’avoir refusé de publier dans le Journal officiel la décision de son prédécesseur, le ministre Salim Wardy, qui classait le port « patrimoine culturel ».

Mais depuis, deux commissions d’archéologues se sont affrontées autour des découvertes mises au jour sur le site. La première, nommée par l’ancien ministre de la Culture Salim Wardy, atteste l’existence des vestiges de cales de bateaux datant de l’époque phénicienne alors que la deuxième, chargée par l’actuel ministre Gaby Layoun de procéder à une nouvelle étude, rejette catégoriquement ce rapport, soulevant ainsi une polémique sans précédent.


Sur les réseaux sociaux, l’annonce de la destruction du port phénicien a suscité l’indignation de nombreux internautes. Sur les groupes Facebook « Stop destroying your heritage » et « Save Beirut Heritage », où des photos du site détruit ont été publiées, plusieurs activistes ont appelé à la mobilisation « immédiate » contre le ministre Layoun.


Sit-in demain
De son côté, Raja Noujaim affirme qu’un rassemblement sera organisé par l’APPL demain jeudi à partir de midi devant le ministère de la Culture, à Verdun, pour protester contre la démolition du port.
Les activistes peuvent déjà se réjouir d’un premier accomplissement réalisé tôt ce matin : le juge des référés à Beyrouth, Nadim Zouein, a ordonné l’arrêt total des travaux sur le site de construction de Venus Tours, sanctionnant les constructeurs d’une amende de 100 millions de livres libanaises.
En soirée, l’ancien ministre de la Culture Salim Wardé a qualifié l’initiative de « crime » contre le Liban et son histoire, « surtout, a-t-il dit, si cette destruction a reçu l’aval du ministre actuel de la Culture », le aouniste Gaby Layoun.
Affaire à suivre...

 

Les avis des spécialistes

L’archéologue Albert Naccache catégorique : « Aucune cale antique sur le site des Venus Towers »

 

Martine Francis-Allouche : Les cales à bateaux, témoins-clés uniques de l’architecture portuaire phénicienne

 

Pour mémoire

Port phénicien : la société civile met le doigt sur « les marchés conclus à l’insu du peuple »

 

 

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