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Économie - Analyse

La Grèce fragilisée par le début chaotique du gouvernement Samaras

Yannis Stournaras, 55 ans, nouveau ministre des Finances. Photo AFP

La Grèce en crise se retrouve un peu plus fragilisée face à ses partenaires et créanciers de l’UE après les débuts chaotiques du nouveau gouvernement d’Antonis Samaras.
Sorti de l’hôpital, mais encore handicapé après une opération oculaire, M. Samaras, 61 ans, a dû renoncer à son premier grand rendez-vous du sommet européen jeudi et vendredi à Bruxelles. Après la défection, pour raisons de santé également, du ministre des Finances pressenti, le Premier ministre conservateur a convaincu hier un ex-banquier, Yannis Stournaras, 55 ans d’accepter cette charge, aussi clef que périlleuse. Il reviendra ainsi à Carolos Papoulias, qui exerce à 83 ans la charge honorifique de président de la République, de conduire la délégation de son pays à Bruxelles. Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedigoglou, a déclaré que la Grèce ne présenterait que « ses vues initiales » pour réviser l’impopulaire plan d’austérité conclu en février en contrepartie d’une aide financière massive. Pour ajouter à la confusion, le nouveau secrétaire d’État à la marine marchande, Georges Vernicos, a dû quitter hier le gouvernement après une interpellation de l’opposition sur son appartenance à une compagnie « offshore ».
Alors qu’elle était attendue lundi à Athènes, une mission des bailleurs de fonds de la « troïka » – UE, BCE et FMI – pour évaluer l’état réel de la Grèce a dû reporter in extremis sa visite. « N’attendez pas de décision sur la Grèce lors du Conseil européen », a affirmé le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert.
Vainqueur à l’arraché, le 17 juin, devant Alexis Tsipras, le champion de la gauche radicale, M. Samaras avait la faveur des décideurs internationaux. Pour lui, le peuple grec s’est prononcé pour l’arrimage à l’euro. « Il n’y a pas une minute à perdre. Nous ne pouvons rester à la dérive », a-t-il affirmé. Omniprésent, le socialiste Evangelos Vénizelos a clamé que la Grèce mènerait à Bruxelles « une grande bataille » pour amender le « mémorandum ».
Ne disposant que d’un socle de 30 % des votes exprimés, M. Samaras a dû former un fragile gouvernement d’union nationale, avec la participation minoritaire des socialistes du Pasok, et d’une petite formation de gauche modérée, le Dim-ar. Si les cercles européens notent sans trop mot dire en public les premiers pas erratiques du cabinet de « salut national », la presse et les politologues grecs conjuguent, à doses variables, attentisme et consternation. Après avoir titré lundi « La Grèce à l’hôpital », le quotidien de gauche Ta Néa analysait hier la « paralysie » des premiers jours du gouvernement comme un « mélange de coups du sort et de gestion à la petite semaine ». « Après l’espoir né du 17 juin, nous avions une très courte période de test, deux semaines au plus, malheureusement une semaine a déjà été perdue », a affirmé Costas Panagopoulos, le directeur de l’institut de sondages Alco. Mais pour lui, « les Grecs espèrent que Samaras puisse agir rapidement et sérieusement dès la semaine prochaine », en obtenant « quelques changements » dans le mémorandum, tout en avançant notamment dans les privatisations.
Le gouvernement grec a abattu samedi ses cartes à l’égard de l’UE et du FMI, demandant en plus d’un report de deux ans, à 2016, des objectifs d’assainissement, l’abandon de plusieurs mesures du mémorandum jugées antisociales. Il se prononce pour un gel de la suppression de fonctionnaires, alors que 150 000 postes devaient être supprimés jusqu’en 2015, un relèvement du salaire minimum pour les jeunes ou l’extension à deux ans des allocations chômage. Cette plate-forme de négociation a été perçue comme un programme de gouvernement, au risque de créer une désillusion et un ressentiment plus grand à l’égard des bailleurs de fonds qui ont accordé à la Grèce depuis deux ans l’équivalent de 347 milliards d’euros.
« C’est un problème. Il ne pouvait pas faire autrement face aux aspirations populaires exprimées aux élections, mais c’est une tactique risquée de négociation », considère le politologue George Sefertzis. Le plus « sérieux problème » est pour lui la fragilité politique de la coalition gouvernementale qui « pose des questions sur sa capacité à faire face à la conjoncture et à résister à un échec d’une renégociation du mémorandum ». « Et ils n’ont même pas encore commencé à gouverner, note Manolis Alexakis, enseignant en sociologie politique à l’université de Crète. Ce genre de coalition ne peut réussir, chaque partie se nourrissant des erreurs des autres. »
Au sortir de deux mois de vide politique, la Grèce traverse à nouveau une grave crise de liquidités. Le PIB pourrait plonger de 7 % en 2012, après une chute cumulée de 10,2 % en 2010-2011, et le chômage atteint 22,6 %.
(Source : AFP)
La Grèce en crise se retrouve un peu plus fragilisée face à ses partenaires et créanciers de l’UE après les débuts chaotiques du nouveau gouvernement d’Antonis Samaras.Sorti de l’hôpital, mais encore handicapé après une opération oculaire, M. Samaras, 61 ans, a dû renoncer à son premier grand rendez-vous du sommet européen jeudi et vendredi à Bruxelles. Après la...

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