S’il est une évidence sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est bien la saison touristique 2012 au Liban : au mieux, elle sera (très) moyenne, au pire, inexistante. Dans les deux cas, c’est absolument une catastrophe.
Et pourtant... Les Libanais sont sans doute furieusement fainéants, velléitaires, désordonnés, souvent bêtement racistes, assez prétentieux, un peu voyous, fatalistes, follement orientaux, mais il est une qualité essentielle dont ils ont génétiquement hérité des Phéniciens : ils sont organiquement amoureux de ce pays, même lorsqu’ils répètent à qui veut bien les entendre qu’ils le haïssent éperdument. En règle générale, les Libanais sont xénophiles : leur(s) Liban(s), ils adorent le(s) montrer aux autres, aux étrangers, aux touristes. Ils adorent en partager ses bienfaits, ses cultures, ses bruits, ses odeurs, ses couleurs. Et ils en sont tellement fiers. Que ce soit pour les devises ou par don de soi, peu importe : le résultat est le même. Les restaurateurs, les patrons de pub, de complexes balnéaires ou montagneux, les serveurs, les commerçants, les vendeurs, les patrons de festival, les hôte(sse)s d’accueil, les passants, tout le monde se donne. En règle générale aussi, l’autre, le touriste, tombe d’amour pour ce(s) Liban(s), entre une vodka au SkyBar et une autre à Oscar Wilde, entre un dîner au Casablanca et un autre devant Barbar, entre une nuit à l’Albergo et une autre chez l’habitant au Hermel, entre une chemise chez Aïshti ou un tee-shirt chez Zara, entre un opéra à Baalbeck, un ballet à Beiteddine, un rock à Byblos ou une virée Deck on the Beach au Sporting, entre une journée à Eddé Sands ou au Lazy B et une autre sur la plage de Tyr, il a effectivement tout, tellement, que l’insupportable Viens skier puis quarante minutes plus tard plonger dans la Méditerranée devrait être inscrit dans le préambule de la Constitution.
Divine idylle. Elle peut rayonner même avec une réalité géopolitique atrocement noire ; même avec des tempêtes politico-judiciaires internes ; même avec des interdictions très Persépolis d’alcool ici ou là ou, ici ou là, des giffles tranquillement assénées aux droits de l’homme ; même avec la pluie ou la canicule ; même sans ces infrastructures que Dubaï, Amman ou Le Caire ont su installer ; même avec des Nadine Morano aussi bêtes que méchantes ; même sans buzz sur CNN. Mais elle mourra, automatiquement, inéluctablement et malheureusement, cette idylle, dès lors que les responsables politiques ne font rien pour l’entretenir. Pire : qu’ils font tout, ou presque, pour l’étouffer.
Tout le monde le sait : géographiquement, le Liban est maudit par les dieux. Dès la naissance. Entre les barbaries des gouvernements israéliens au sud, les monstruosités de la dynastie syrienne des Assad au nord et à l’est et une mer Méditerranée-Exodus qu’il ne sait que souiller et des richesses dont il n’arrivera probablement jamais à profiter, le résultat est impitoyable. Dans ces cas-là, pour éviter le suicide, notamment en périodes de crises régionales suraiguës et létales, on compte généralement sur l’intelligence, l’ingéniosité et le dévouement des serviteurs de l’État, du président de la République jusqu’au caïmacam, en passant par les députés, les ministres, les moukhtars, etc. Quand ceux-ci sont dans leur immense majorité dévoyés jusqu’à la moelle et atrocement inutiles et que cet État se trouve vampirisé par deux milices, l’une surarmée, le Hezbollah, et l’autre idéologique, le CPL, on se rabat sur le savoir-faire des Libanais eux-mêmes.
C’est le serpent qui se mord la queue : on n’applaudit pas, on ne peut pas applaudir d’une seule main.
L’image en ce début de saison, cette semaine et pour la énième fois, de la route de l’aéroport bloquée par des pneus brûlés est terrible. Comme celles de grand axes, de Nabatiyé au Akkar, coupés du reste du pays pour protester contre les coupures d’électricité. Terribles, pas pour ce qu’elles représentent : une forme moyenâgeuse d’expression politique, une sorte de bulletin de vote cancérigène de citoyens quart-mondistes, ou encore, l’hyperréalité d’un pays qui sombre, d’un pays à fuir, pestiféré parce que l’État y est périmé. Terribles plutôt à cause de l’assourdissant silence officiel qui les accompagne. Celui, surtout, de Fadi Abboud. S’il n’y a rien d’étonnant à voir son collègue de l’Énergie se promener en tongs sur les plages de Rio pendant que tout un pays agonise, s’éclaire à la bougie et se rafraîchit à l’éventail (Gebran Bassil n’en est vraiment plus à cela près...), l’abdication du ministre du Tourisme dont on espérait et l’on attendait (un peu) plus, son absence de réaction et d’action, sont un crime politique – même cautionné par la mort clinique du gouvernement auquel il appartient. Même lorsqu’il va s’asseoir près de la société civile, près des Tony Salamé, des Robert Fadel ou des Mohammad Hout, qui font ce qu’ils peuvent pour essayer de sauver quelques meubles.
Pour renflouer les caisses de son Trésor, c’est sur le tourisme et uniquement sur le tourisme que le Liban peut aujourd’hui compter.
Maudit de partout, donc...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
En plus les hôtels en Syrie , proposent des prix plus compétitifs cela n'arrange rien....
09 h 11, le 23 juin 2012