La table de dialogue : les répercussions de la crise syrienne menacent l’entente interne, a averti Sleiman. Photos Ibrahim Tawil
Certes, comme l’a souligné à L’Orient-Le Jour l’ancien président Amine Gemayel, la séance n’a à aucun moment débouché sur des clashes majeurs entre les participants, mais seulement sur quelques échanges de propos « aigres-doux », notamment entre le représentant du courant du Futur, Fouad Siniora, et celui du Hezbollah, Mohammad Raad.
Mais il faut avouer, en revanche, que les sujets évoqués lors de ces premières retrouvailles l’ont été d’une façon tellement générale, tellement éloignée des détails qui fâchent, qu’il était à peu près normal que nul ne ressentît le besoin de dégainer.
À preuve cette « déclaration de Baabda » adoptée à l’issue de la réunion sous l’égide de la présidence et qui comporte non moins de 17 points très délicatement formulés et élastiques à souhait. Ce texte consensuel devant être remis simultanément à la Ligue arabe et à l’ONU, le souci majeur de ses auteurs était à l’évidence de s’efforcer de présenter une image sereine des divers protagonistes assis à une même table et formulant tous ensemble une déclaration d’intentions.
Voilà très précisément l’objectif que les promoteurs du dialogue, somme toute assez réalistes, ambitionnent d’atteindre pour l’instant : la mise en scène d’une apparence de discussion sérieuse mais calme autour des problèmes de la nation. Et ils sont clairement soutenus en cela par les communautés arabe et internationale.
Il convient d’ailleurs de préciser que cette « déclaration de Baabda » ne comporte aucun point en rapport avec le principal thème de l’ordre du jour du dialogue national, à savoir la question de la stratégie défensive de l’État, autrement dit les armes. Il y a juste une demande faite aux protagonistes d’attirer l’attention du public en général sur les méfaits du recours aux armes. Difficile de s’opposer à cela !
Désireux avant tout de mettre en avant cette façade de paix, le chef de l’État a ouvert la séance par une longue introduction mettant l’accent sur les causes locales, régionales et internationales incitant selon lui à relancer le dialogue entre Libanais. Il a certes cité les graves troubles récents, notamment au Liban-Nord, la vague d’enlèvements, les atteintes au prestige des institutions, la crise économique, mais aussi les retombées du printemps arabe, la crise syrienne, la rupture entre les centres de décision arabes et le régime syrien, et jusqu’au risque de résurgence de la « guerre froide » avec l’élection de Vladimir Poutine à la présidence russe.
De ce point de vue, les protagonistes semblent dans l’ensemble d’accord pour admettre qu’il existe suffisamment de raisons poussant tout le monde à se réunir à nouveau, mais cela n’empêche que la confiance était loin d’être au rendez-vous entre eux hier, à la clôture comme à l’ouverture des discussions.
Naturellement, la principale incarnation de cette absence de confiance résidait dans l’absence à la réunion de deux des principaux piliers du dialogue, Saad Hariri et Samir Geagea. Certes, le courant du Futur était représenté, essentiellement par le chef de son bloc parlementaire, Fouad Siniora, ainsi que par le vice-président de la Chambre, Farid Makari. Il n’en demeure pas moins que l’absence du chef de l’opposition en personne ôte à l’événement une dose certaine de son importance et de son impact. Quant aux Forces libanaises, elles sont restées totalement hors de l’exercice, refusant pour l’instant d’avaliser la primauté des considérations évoquées par le président Sleiman sur l’absence de perspective – sur laquelle tout le monde est pratiquement d’accord – pour ce qui est de progrès dans l’ordre du jour proprement dit du dialogue.
Mini-polémiques
La séance a commencé par l’observation d’une minute de silence à la mémoire de l’un des précédents membres du dialogue, Ghassan Tuéni. Après l’intervention du chef de l’État, suivie de celle du Premier ministre, Nagib Mikati, des participants ont pris la parole à tour de rôle pour exposer leurs vues – connues – sur les événements de l’heure, en particulier la crise syrienne et ses retombées au Liban.
M. Gemayel a saisi l’occasion pour relancer sa proposition de « neutralité positive et dynamique » du Liban, estimant que les circonstances actuelles créaient une « opportunité » en ce sens. Il a certes évoqué la question des armes du Hezbollah et les mauvaises performances du gouvernement en place, et souligné, par ailleurs, qu’afin de pouvoir établir une stratégie de défense pour le Liban, il faudrait d’abord définir le rôle qu’entend remplir ce pays. Et de rappeler, corollairement, que le principal concerné en matière de stratégie défensive, le Hezbollah, n’a pas encore présenté ses vues à ce sujet.
M. Siniora a pour sa part insisté sur l’importance du respect de l’opinion d’autrui pour que le dialogue puisse déboucher sur des résultats. Il a critiqué à ce sujet des déclarations faites la veille par des dirigeants du Hezbollah selon lesquelles « le simple fait de poser la question des armes de la résistance signifie une soumission à un ordre du jour étranger ».
« Comment voulez-vous que nous puissions dialoguer et que ce dialogue ait des chances de réussir si quelques heures avant la réunion d’aucuns tiennent ce genre de propos ? » s’est interrogé M. Siniora.
L’ancien Premier ministre a eu l’occasion d’intervenir par la suite pour répliquer à des accusations lancées par M. Raad, qui a mis en garde contre la mise en place de conditions explosives « bien pires qu’en 1975 » et accusé le courant du Futur de chercher à créer une zone tampon au Liban-Nord au profit de l’opposition syrienne et en chasser l’armée libanaise. « Faux », a répondu M. Siniora, qui a reproché à ses adversaires de « dénaturer » la position du Futur.
Une autre mini-polémique a éclaté entre les deux hommes au sujet cette fois-ci des suites de la guerre de juillet 2006.
Enfin, au général Michel Aoun, qui se demandait comment il serait possible de faire face à une agression sans les armes de la résistance, M. Siniora a répliqué que la solution à ce problème est très simple, c’est de placer ces armes sous le commandement de l’État.
Il aurait pu tout aussi bien rappeler que le chef du CPL aurait lui-même autrefois donné volontiers cette même réponse.
Les interventions des autres participants, notamment Nabih Berry et Walid Joumblatt, n’ont pas suscité de remous. Quant au général Aoun lui-même, il a été peu disert cette fois-ci, se réservant peut-être pour la prochaine séance, fixée au 25 du mois courant.
C’est là que les choses sérieuses – autrement dit l’examen de l’ordre du jour – devraient commencer, dit-on dans l’ensemble des milieux concernés. En attendant, comme l’a souligné le député de Beyrouth, Michel Pharaon, à L’Orient-Le Jour, qui a lui aussi participé au dialogue, « les doutes sont toujours là ».


De bonne foi, "trés alarmé et estimant la situation effrayante", le président de la République cherche un minimum de calme pour la saison touristique et la visite du pape. C'est son but. Dans sa chronique d'hier, Des "amis" qui nous veulent du bien, M Nagib Aoun montre le grand "paradoxe" qui s'éternise au Liban. "Au centre du débat, écrit-il, la question de la politique de défense et par conséquent celle des armes du Hezbollah. Or, avant toute discussion, Hassan Nasrallah indique que l'arsenal du parti est intouchable". Et à chaque fois, et tous les jours depuis des années, on bute contre cet obstacle imposé. En fait Nasrallah même ne peut pas toucher à cet arsenal. C'est un arsenal iranien sous l'ordre direct de l'Iran, et Nasrallah ne fait qu'obéir, par devoir sacro-saint, à cet ordre, quand il lui vient de l'Iran. Encore une fois, rappelons-le : il y a juste deux semaines le conseiller militaire du Guide suprême de l'Iran, général Yahia Rahim, conofirmait cet état de fait solennellement en disant qu'il disposait de cet arsenal iranien du Hezbollah pour attaquer Israel à la moindre action de l'Etat sioniste contre son pays. Telle est l'immense anomalie au Liban, tel est le Liban devenu immense anomalie : En son sein un parti qui a un puissant arsenal sous les ordres et à la disposition de l'Iran. Et c'est en Iran, avec les iraniens, que doit avoir lieu n'importe quel dialogue, et non au Liban.
02 h 32, le 12 juin 2012