« Ce qui pousse la Chine et la Russie à surmonter leurs tensions bilatérales et méfiance réciproque est le fait que Pékin et Moscou deviennent de plus en plus négatifs sur les États-Unis et l’Europe », affirme Jonathan Holslag, de l’Institut de recherche sur la Chine contemporaine de Bruxelles (BICCS). « L’Occident a provoqué un ressentiment croissant à Moscou sur diverses questions allant de la défense antimissile à la modernisation de l’armement nucléaire tactique, en passant par l’intervention en Libye. Pékin voit sa relation avec les États-Unis s’aigrir sur le commerce et la sécurité maritime. C’est leur aversion envers l’Occident qui les rapproche », estime cet expert de la géopolitique chinoise.
La réunion cette semaine à Pékin de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui se veut une alternative à l’ascendant des États-Unis, a permis aux dirigeants chinois Hu Jintao et russe Vladimir Poutine de montrer une belle unité de vue, sans craindre d’irriter encore les démocraties occidentales. Les deux dirigeants ont utilisé cette tribune pour à nouveau apporter un soutien appuyé au régime de Damas. Le sommet de l’OCS, censé se concentrer sur l’Asie centrale, a aussi été l’occasion pour les deux grands voisins de renforcer leur partenariat stratégique et de promettre d’étendre leur influence en Afghanistan à l’approche du retrait des forces de l’OTAN.
Moscou et Pékin, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qu’ils n’hésitent pas à paralyser à coups de veto, tentent d’asseoir l’influence diplomatique de forums non dominés par Washington, tels l’OCS ou celui des Brics (grands pays émergents). « La Chine et la Russie apparaissent devoir faire face à beaucoup de pression des États-Unis, qui se retirent d’Afghanistan et d’Irak pour redéployer davantage de leurs ressources en Asie-Pacifique. Donc elles ont besoin de présenter un front commun », analyse le sinologue Willy Lam.
Mais cette union sacrée souffre de limites, tempère Jean-Pierre Cabestan, coauteur de La Chine et la Russie : entre convergences et méfiance. « Ils affichent des points de vue communs ou une stratégie commune sur des sujets qui pour eux sont assez faciles, il y a plein de sujets qui les divisent par ailleurs, (...) notamment le prix du pétrole et du gaz, l’achèvement des oléoducs, la concurrence sur l’Asie centrale », dit-il. Même en Syrie, où Moscou a beaucoup plus d’intérêts que Pékin, l’alliance sino-russe pour défendre Bachar el-Assad n’est pas monolithique. « Ce qui se passe en Syrie, de manière très pragmatique et de manière très violente, est une rivalité irano-saoudienne », explique M. Cabestan. « Les Russes et les Chinois font le choix de l’Iran qui est un choix stratégique pour eux, en conformité avec leurs intérêts, avec quand même un bémol : la Chine, sous la pression américaine aussi au regard de ses intérêts pétroliers et autres, ne peut pas complètement abandonner l’Arabie saoudite », dont elle est le premier client.
Quant à l’Afghanistan, la convergence entre Moscou et Pékin est de ne pas laisser proliférer à leurs portes chaos et islamisme. Mais au-delà, des divergences risquent d’apparaître, juge M. Cabestan : « La Chine et la Russie ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde, notamment quant au rôle futur du Pakistan. Traditionnellement, la Russie est beaucoup plus proche de l’Inde et se méfie du Pakistan, alors que la Chine joue le Pakistan contre l’Inde. »
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