À peine installé, il est assailli par une musique sur fond de oud et de derbaké à lui casser les oreilles. Se plaignant auprès du steward, un individu en sueur, à manches courtes et bras bien poilus, il s’entend répondre que c’est de la «Welcome Music, estez» et qu’il n’est pas possible de la faire taire. Sur son insistance, c’est le «Captain» indigné qui vient lui expliquer que ce sont des Fayrouziyét et qu’il ne s’y connaît pas en musique. Que répondre à un argument massue tel que celui là? Il met son iPod pour écouter du jazz. Le poilu, encore lui, récidive, lui demandant de retirer ses écouteurs avant le décollage. Les mioches commencent à chialer. Ça valait bien la peine d’être en classe affaires, se dit-il. L’avion décolle. Il faut se taper les discours du «Captain» en trois langues à chaque fois sur des sujets fascinants tels que le Duty Free et le fait que l’on survole la Serbie (heureusement qu’au Liban on ne parle que trois langues). Impossible de suivre son film cinq minutes sans être interrompu. Le déjeuner est servi. Le menu mentionne «Poulet à la sauce hoisin finement relevée aux délicates herbes de Provence» Ou «Crevettes, riz pilaf». «Boulet ou crivettes, estez», lui demande l’hôtesse? Il demande de quoi il s’agit. Elle lui répond: «Djéj wou salsa.» Il n’aurait jamais deviné.
Les passagers sont tous debout et circulent dans tous les sens, parlent à voix haute, les mômes crient, le «Captain» s’en donne à cœur joie dans son micro sans discontinuer. Le gigolo local, cheveux bien huilés, drague les hôtesses. Impossible de fermer l’œil. Beyrouth enfin. Applaudissements. Les passagers se bousculent vers la porte de l’avion pour sortir en premier. Toute une escouade de policiers en treillis est là pour accueillir un quelconque illustre politicien inconnu qui traînait dans l’avion et dont personne n’avait cure. Les préposés à l’immigration au regard torve et terne l’observent d’un air soupçonneux avant d’apposer sur son passeport le tampon salutaire. Il sort dans une chaleur torride et au milieu d’une foule bigarrée qui se presse à la sortie. «Bériz ??? Haydé tiyyaret Bériz», lui demande-t-on? Taxi, Taxi? lui gueule-t-on à la figure? Dehors, ça sent les vaches car un bateau de bétail traîne au port depuis un certain temps. Enfin chez lui. Il est déjà épuisé. J’ai besoin de vacances pour me reposer, se dit-il.

