Les divisions entre les 27 pays de l’UE ont amené mardi l’ambassadeur de Syrie à Bruxelles, Mohammad Ayman Jamil Soussan, à se retrouver dans une situation ubuesque : à peine déclaré « persona non grata » par les autorités belges, il a été autorisé à rester sur place, car il représente également son pays auprès de l’UE qui, elle, n’a pas décidé d’en faire autant. Malgré la tempête d’indignation internationale qu’a suscitée le massacre de Houla, « les intérêts sont trop divergents au sein de l’UE pour s’entendre sur une ligne commune », reconnaît un diplomate européen. Seule une dizaine de pays, dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, ont annoncé l’expulsion des représentants syriens en poste chez eux, à l’instar des États-Unis, de la Turquie ou du Japon. Les Nordiques ou la Roumanie s’y sont refusés, Bucarest s’inquiétant notamment des quelques milliers de Roumains encore présents sur le sol syrien.
En mars, les Européens avaient déjà agi en ordre dispersé à propos de la fermeture ou du maintien de leurs ambassades à Damas, en réaction aux bombardements à Homs. Or « l’UE devrait avoir une approche commune sur ces questions. C’est ainsi que nous pouvons être efficaces », remarque le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt. Mais, sous l’impulsion de sa patronne, la baronne britannique Catherine Ashton, le service diplomatique européen ne se résume qu’au « plus petit dénominateur commun », relève Edward Burke, analyste au Centre for European Reform, un groupe de réflexion londonien. Jusqu’ici, l’UE n’a pas été capable d’adopter autre chose que des sanctions ou des appels au départ de Bachar el-Assad, déplore-t-il. « L’Europe a d’emblée fermé la porte au dialogue, alors qu’un pan essentiel de la diplomatie consiste à avoir le courage de parler avec ceux qui ont du sang sur les mains », selon lui.
De fait, depuis mai 2011, l’UE a décrété quinze trains de sanctions comprenant un embargo pétrolier, une interdiction du commerce de l’or ou encore un gel des avoirs de la Banque centrale et de 128 membres du régime. Le président français François Hollande a réclamé mardi des sanctions « beaucoup plus dures », mais cela « devient de plus en plus difficile », remarque Josef Janning, de l’European Policy Center, autre groupe de réflexion sur l’Europe. De plus, « les sanctions ont des effets limités à l’encontre de régimes autistes avant tout préoccupés par leur propre survie », souligne-t-il. Désormais, « fermer toutes les voies de communication est irresponsable, en particulier quand nous rejetons toutes les options militaires », estime Edward Burke.
Après avoir longtemps refusé de réitérer un scénario à la libyenne, les Européens évoluent toutefois sur ce point. M. Hollande n’a pas exclu une intervention armée sous mandat de l’ONU et le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, plaide pour des « zones de sécurité » protégées par une « force internationale ». Mais Berlin a rappelé mercredi ne voir aucune raison de « spéculer sur des options militaires » en Syrie. À l’ONU, la question se heurte à l’opposition féroce de la Chine et de la Russie, dont le président Vladimir Poutine sera reçu aujourd’hui à Berlin et Paris. Mais mercredi, Moscou a d’emblée donné le ton en jugeant « prématurée » toute nouvelle action de l’ONU contre la Syrie et condamnant au passage le renvoi « contre-productif » des ambassadeurs syriens.
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