L’ancien patron des Nations unies s’entretiendra tour à tour, jeudi soir et vendredi, avec le chef de l’État Michel Sleiman, le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre Nagib Mikati. L’objectif de sa visite : mettre les responsables libanais au parfum quant à l’évolution de son plan en Syrie et les obstacles auxquels il fait face aussi bien du régime que des rebelles, et discuter avec eux, naturellement, de la répercussion de la crise syrienne sur le Liban et de la situation à la frontière.
Ces responsables ont déjà les réponses aux questions que ne manquera pas de leur poser un Kofi Annan qui connaît bien le Liban : c’est lui qui a inauguré le siège de l’Escwa place Riad Solh, et c’est lui qui a concocté, avec Paris et Washington, cette résolution 1701 qu’il considère comme une des meilleures de l’histoire des Nations unies. Sauf que cette fois, la mission de M. Annan concerne non pas la ligne bleue, mais les frontières libano-syriennes. Il entendra ainsi de la bouche du président Sleiman qu’aucune faction ou parti politique libanais n’approvisionne l’opposition syrienne en armes. Kofi Annan a entendu à Damas des plaintes officielles syriennes qui arguent du contraire. Nonobstant, le Liban, comme la Jordanie, continue d’accueillir des centaines de réfugiés syriens à l’expresse condition, et c’est ce qu’entendra également le diplomate onusien aujourd’hui, qu’ils laissent leurs armes, s’ils en ont, derrière eux avant de pénétrer sur le territoire libanais.
Il n’empêche : Kofi Annan fera part à Beyrouth de ses craintes de voir le Liban contaminé par la crise sanglante en Syrie ; qu’il en a déjà vu les prémices au Nord, de Wadi Khaled jusqu’à Tripoli, et dans quelques villages de la Békaa-Est. Aussi, insistera-t-il sur la nécessité de faire extrêmement attention aux risques de dérapages. Et même s’il ne s’est rendu pour la deuxième fois en Syrie, depuis qu’il a été investi de sa mission, qu’après le massacre de Houla (sans cela, il ne se serait pas déplacé...), Kofi Annan n’a pas varié sa position officielle, qui fait la part belle au lien entre l’arrêt de l’utilisation de la force et l’arrêt des « opérations terroristes ». Il n’en reste pas moins que ses dernières concertations n’ont en rien fait avancer l’application de son plan en six points; bien au contraire : les choses stagnent affreusement. Plus encore : les observateurs qu’il a placés dans les zones de combat n’ont pas réussi à empêcher les chocs frontaux, ni les blessés et les morts.
Jusqu’à la tragédie de Houla. Et l’on ne peut que remarquer les positions du président français François Hollande et de son ministre des AE Laurent Fabius, qui sont les mêmes que celles de leurs prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, voire encore plus déterminées : le tandem Hollande-Fabius utilise des épithètes contre le régime syrien que le binôme Sarkozy-Juppé n’employait pas.

