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Nos lecteurs ont la parole - Figures Du Dialogue

I.- Des bâtisseurs engagés et sans compromission*

Par Antoine MESSARRA
Quelles leçons dégager de la propension au dialogue, de son absence, de son idéologie, de ses dérives et aussi, et surtout, de figures pionnières et exaltantes de bâtisseurs de ponts ? Plus de vingt interventions et les débats au colloque international organisé par l’Institut d’études islamo-chrétiennes à l’Université Saint-Joseph, dans le cadre du master en relations islamo-chrétiennes, avec le soutien de la Fondation Georges Frem, avec la contribution de l’ambassade de Suisse au Liban, ont porté sur des figures pionnières dans les rapports interreligieux et interculturels et dans la sphère de la vie publique.
Durant deux jours, les participants ont pratiqué la philosophie de Denis de Rougemont, Penser avec les mains (1935), pour engager un « mouvement islamo-chrétien et civil qui développe et renouvelle notre trajectoire » (Neemat Frem). On n’a pas dialogué à la manière de nombre d’émissions télévisées, ni pour se dire ouvert et se donner bonne conscience sans rien faire, ni pour formuler des recommandations adressées à d’autres. « Quelque chose de nouveau est en train de naître », observe un participant. « Vous avez tellement de choses positives. Pourquoi vous vous lamentez tellement », relève un participant étranger. L’approche est qualifiée de « prometteuse où on s’arrête sur des figures qui n’ont pas été étudiées, qui vont au-delà des tensions et de la méfiance et contribuent à la paix sociale » (René Chamussy).
À l’origine et d’après la sagesse grecque et romaine, chez Socrate, Platon, Cicéron... le dialogue (dialogus) est une méthode de pensée, d’où émerge une vérité qui est le fruit de l’échange, du partage et de la ré-flexion commune, au sens optique. Aussi faudra-t-il craindre l’idéologie du dialogue, la mode du dialogue, et surtout au Liban où le dialogue constitue le « poumon et le message » la transformation du dialogue en sport national saisonnier pour remettre en question les fondements élémentaires de l’État de droit.
Dans le cadre de la présentation de deux figures, celles du mufti Hassan Khaled et de cheikh Sobhi el-Saleh, on distingue entre le dialogue interreligieux, d’une part et, d’autre part, les relations islamo-chrétiennes. Les relations dans la sphère publique et pour la gestion des différends sont régies, non par la simple tolérance, mais par des droits et l’ordre public. Dans cette perspective, « la justice vient avant la foi car elle se rapporte à la dignité humaine et l’homme est une valeur en soi » (Mohammad el-Sammak). C’est le plus souvent l’assimilation du dialogue à la négociation qui a pollué le dialogue.
Dans le cas du Liban, la référence constante au Pacte libanais sert de repère, de boussole, de point d’ancrage, ce qui présuppose « un mariage indissoluble » (Saoud al-Mawla). On cite les « constantes islamiques » publiées au Liban par des instances religieuses et civiles musulmanes.
Ceux dont on a parlé sont des gens « dialogiques », suivant l’expression de Denis de Rougemont, célèbre auteur suisse, toujours actuel, au cours de sa conférence au Cénacle libanais, au Liban même, le 22 octobre 1962. Le dialogue dialogique implique engagement, courage, souci des normes qui régissent la relation humaine et la Cité au sens originel hellénique. Ces figures ne sont pas des gens complaisants, opportunistes, qui pratiquent un dialogue cosmétique, qui cherchent à se positionner, qui se soumettent au chantage ou à une quelconque menace ou intimidation.
Il s’agit de bâtisseurs et passeurs de ponts, avec tout l’effort, la détermination, le courage des bâtisseurs. Nous avons vécu au Liban toute la grandeur du dialogue, et aussi toutes les servitudes des dérives de dialogues de façade afin de perpétuer et d’alimenter des conflits internes et d’autres conflits par procuration et pour donner aux guerres au Liban (au pluriel) l’image d’une guerre exclusivement civile.
Le dialogue est parfaitement compatible avec l’engagement, la disposition à dire oui et, aussi, à dire non. L’imam Moussa Sadr a dit non par son sit-in et son jeûne à la mosquée en guise de protestation contre les affrontements armés. Cela lui a coûté. Le mufti Hassan Khaled a dit non et il a été victime d’un attentat terroriste. Cheikh Mohammad Mahdi Chamseddine a dit non aux manipulateurs et aventuriers à l’encontre du Pacte libanais. Kazem el-Solh est le modèle même du oui engagé, clair, actif, porteur d’avenir et aussi du non face à tout un groupe, le sien, qui préconisait, en 1936, une entité géographique plus large que le Liban, groupe dont le regard souverainiste allait au-delà de nos frontières. Salim Ghazal, qui a dit non, est devenu synonyme de dialogue face aux démarcations, aux kidnappeurs, aux communautaristes et aux manipulateurs du pluralisme libanais.
Dans le dialogue interreligieux, Louis Massignon a contribué à renouveler le regard chrétien sur l’islam. Mohammad Hussein Fadlallah a apporté authenticité et renouveau à la pensée musulmane et au regard de l’islam sur le christianisme (Ibrahim Ala’eddine et Salim Daccache). Youakim Moubarak, Michel Hayek, Augustin Dupré La Tour, André Scrima, Georges Anawati... ont brisé des tabous, enfoncé de nouvelles portes et ouvert la voie à des compréhensions, des rapprochements et des solidarités nouvelles.
Dans la sphère publique, Michel Asmar a campé son Cénacle, le Cénacle de tous, au cœur transcommunautaire de la Cité (Élias Amin). Hassan Saab, qui a fondé après la crise de 1958 l’Association libanaise des sciences politiques et l’Institut des études pour le développement, a prôné la « rationalité expérimentale » dans l’approche des problèmes du Liban, rationalité des pères fondateurs et continuateurs du Pacte libanais.
Le Pacte, dans la terminologie arabe de mithâq, lie et engage (yarbit wa yuwathiq) bien au-delà du contrat. Parce que les pactes ne sont pas respectés, « nous persistons dans la hantise de la peur et de l’insécurité » (Roger Dib). Georges Frem, face aux méandres de la politicaillerie conflictuelle et compromissoire, a été le chantre de l’authenticité, de l’être-vrai (Roger Dib). Dans le colloque, on n’a pas oublié plusieurs figures de gens dits ordinaires qui, durant les années 1975-1990, ont été aussi des bâtisseurs de ponts (Tony Atallah).

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil
constitutionnel,
coordonnateur du
master en relations
islamo-chrétiennes, USJ.

* Le texte est un extrait d’une conférence de synthèse enregistrée et inédite à la clôture du colloque international à l’USJ : « Figures du dialogue ».

Prochain article :
Théologie plurielle et fécondation éducative
Quelles leçons dégager de la propension au dialogue, de son absence, de son idéologie, de ses dérives et aussi, et surtout, de figures pionnières et exaltantes de bâtisseurs de ponts ? Plus de vingt interventions et les débats au colloque international organisé par l’Institut d’études islamo-chrétiennes à l’Université Saint-Joseph, dans le cadre du master en relations islamo-chrétiennes, avec le soutien de la Fondation Georges Frem, avec la contribution de l’ambassade de Suisse au Liban, ont porté sur des figures pionnières dans les rapports interreligieux et interculturels et dans la sphère de la vie publique.Durant deux jours, les participants ont pratiqué la philosophie de Denis de Rougemont, Penser avec les mains (1935), pour engager un « mouvement islamo-chrétien et civil qui développe et renouvelle...
commentaires (1)

C'est bien...ils se sont bien fait plaisir...et maintenant?

GEDEON Christian

08 h 10, le 30 mai 2012

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Commentaires (1)

  • C'est bien...ils se sont bien fait plaisir...et maintenant?

    GEDEON Christian

    08 h 10, le 30 mai 2012

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