Jean-François Copé et François Fillon, avant que ce dernier ne mette fin au semblant d’unité que les ténors de droite voulaient afficher jusqu’aux législatives. Jean-Paul Pelissier/Reuters
Plusieurs dirigeants de droite ont donc sévèrement jugé la sortie de l’ancien Premier ministre, alors que l’UMP est engagée dans la campagne des législatives des 10 et 17 juin, avec la double menace de subir une défaite face à la gauche et de voir son unité effritée sous la pression de l’extrême droite. Le Front national, qui a le vent en poupe avec les 17,9 % obtenus par sa candidate Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, cherche en effet à créer les conditions d’alliances locales avec la droite classique.
En réaction, M. Copé a rétorqué hier que la question du leadership de l’UMP « se posera en septembre », à l’occasion de l’élection du président du parti. « Je ne répondrai à aucune polémique, je le dois aux militants. Mon devoir est avant tout d’être dans la bataille législative », a-t-il déclaré lors d’un déplacement à Besançon. Il a également invité « tous (ses) amis de l’UMP » à « la sagesse » et à ne « se mobiliser que pour les législatives ». « Quelle hypocrisie enfin ! » a répliqué M. Fillon hier sur RTL. « C’est une évidence (...) Nicolas Sarkozy manque à l’UMP, c’est lui qui a très largement construit le succès de cette formation politique et il y a un vide depuis son départ que personne ne peut nier », a-t-il argumenté. Très populaire auprès des militants UMP, l’ancien Premier ministre s’est néanmoins employé hier à ne pas apparaître comme l’agresseur. Il a ainsi réfuté le terme de « guerre ». « Ce n’est jamais mon vocabulaire », a assuré M. Fillon, qui a toutefois enfoncé le clou en déclarant : « Jean-François Copé est secrétaire général de l’UMP, il fait parfaitement son travail, mais il ne peut pas prétendre être le leader de cette formation politique sans qu’il y ait eu un débat démocratique, sans que les militants se soient prononcés. »
Dans le camp de M. Copé, on estime plutôt que l’ancien Premier ministre a dégainé trop vite, au risque de mécontenter des militants et cadres qui rêvent d’une revanche au « troisième tour » des législatives. L’ancienne ministre de la Justice Rachida Dati a, elle, jugé M. Fillon « déloyal » vis-à-vis de M. Copé et « ingrat » envers M. Sarkozy qu’il « a enterré un petit peu trop vite ». « J’espère qu’il s’agit simplement de paroles malencontreuses » de M. Fillon, a déclaré pour sa part Alain Juppé, en soulignant que « la priorité des priorités c’est l’unité » en vue des législatives. « C’est une vraie connerie de la part de Fillon », juge quant à lui un ex-ministre. « Alors que c’est vrai, il a une cote non négligeable chez les députés et les élus, il s’est tiré une balle dans le pied. Ça rend service à Jean-François Copé », a-t-il expliqué.
« C’est très, très mauvais pour l’UMP, ça peut avoir un effet démobilisateur sur une partie de son électorat, on ne peut pas exclure non plus qu’une partie de ses électeurs puisse aller sur un vote Front national », met donc en garde Dominique Reynié, qui dirige la Fondation pour l’innovation politique. En cas de nouvelle défaite en juin, « on a une guerre interne possible », prédit M. Reynié.
(Source : agences)

