A al-Bireh (Akkar, Liban-Nord), village natal de cheikh Abdel Wahed, des hommes portent son cercueil, lors de ses funérailles, le 21 mai 2012. AFP /JOSEPH EID
La tension au Liban-Nord est à son paroxysme au lendemain de la mort du cheikh Ahmad Abdel Wahed et d'un autre dignitaire sunnite au Liban-Nord. C'est sous d'intenses tirs et au milieu d'un grand nombre d'éléments armés que la dépouille mortelle du cheikh, enveloppée dans le drapeau libanais, le drapeau de la révolte syrienne et celui du Courant du Futur de Saad Hariri, a été transportée de l’hôpital Rahhal à Halba jusqu'à Bireh, son village natal dans le Akkar, pour les funérailles. Une cérémonie lors de laquelle plusieurs responsables et dignitaires se sont exprimés.
Le député membre du Courant du Futur Khaled Daher a accusé le gouvernement actuel de menacer la sécurité du Liban. "Le Premier ministre Nagib Mikati doit faire chuter ce gouvernement qui isole et marginalise la majorité des Libanais", a-t-il déclaré. Selon le parlementaire, "certains partis (…) ne comprennent pas le concept du dialogue et de la coexistence".
De son côté, le mufti du Akkar, cheikh Oussama el-Rifaï, a appelé le président de la République et le chef du gouvernement à veiller à ce que le sang "des martyrs n'ait pas été versé en vain". "Les coupables devront être punis le plus tôt possible pour calmer le peuple car le problème est très grave", a-t-il ajouté.
Pour sa part, le secrétaire général du courant du Futur Ahmad Hariri a fait part des condoléances de l’ancien Premier ministre Saad Hariri pour le décès de cheikh Ahmad Abdel Wahed, tout en assurant que l'ancien chef du gouvernement estime qu'il est nécéssaire de traduire les coupables en justice. M. Hariri a également appelé les habitants de Akkar au calme et à exercer la retenue.
Saad Hariri s’est, par ailleurs, entretenu par téléphone avec le chef du parti des Forces libanaises (FL) Samir Geagea pour discuter de la situation sécuritaire du pays. Les deux hommes se sont mis d’accord sur la "nécessité de faire face aux pièges du régime syrien".
En ce jour de funérailles, plusieurs magasins dans le Nord avaient fermé en signe de deuil. Les routes du Akkar ont été par ailleurs rouvertes par les forces de l'ordre ce matin, selon l'Agence nationale d'information (ANI, officielle). Mais selon la LBC, le député Daher aurait demandé à ce que les routes soient refermées après les funérailles, si l'enquête n'apporte pas de résultats sur le champ.
A l'issue d'une réunion, les ulémas ont par ailleurs appelé les forces de sécurité à étendre leur autorité sur le territoire libanais. "Il ne faut pas qu'il y ait des armes en dehors de l’État", ont martelé les ulémas dans un communiqué, soulignant la nécessité de sauvegarder l'unité nationale.
Le Conseil supérieur chérié s'est de son côté réuni, lundi, à Dar el-Fatwa sous la présidence du mufti de la République cheikh Mohammad Rachid Kabbani et en présence du Premier ministre Nagib Mikati. Dans le communiqué publié à l'issue de la réunion, lu par le mufti du Mont-Liban cheikh Mohammad Ali Jouzou, les dignitaires ont condamné la mort de cheikh Abdel Wahed. "C'est un crime, c'est la discorde en elle-même. Les responsables doivent assumer les responsabilités de ce qui pourrait s'en suivre", souligne le communiqué. Le Conseil a par ailleurs appelé à ce que "l'affaire, de par sa gravité, soit suivie par le Conseil judiciaire".
Hier, et suite à l’annonce de la mort du cheikh Abdel Wahed, de nombreux Libanais en colère ont entrepris de couper des routes avec des pneus en feu dans l’ensemble du Liban-Nord, mais aussi dans la Békaa-Ouest, à Saïda, Naameh, Haret Naameh et différents quartiers de Beyrouth (Khaldé, Verdun, Tarik Jdideh, Mazraa, le périmètre de la Cité sportive et de l’Université arabe, Kaskas...).
Ce matin encore, la route de Kab Elias-Bohsass a été brièvement coupée par des pneus enflammés.
Le dignitaire sunnite a été tué, dimanche, par des soldats à un barrage de l'armée dans des circonstances autour desquelles une enquête à été ouverte. Alors que les partisans de Ahmad Abdel Wahed soulignent que des soldats l'ont malmené avant de tirer sur son convoi, des sources de sécurité ont indiqué à l'AFP que la voiture du cheikh ne s'était pas arrêtée au check-point. La mort du cheikh intervient dans un contexte particulièrement tendu, dans un Liban déjà fragilisé par des heurts confessionnels qui ont fait 12 morts ces derniers jours à Tripoli.
Avec la mort du cheikh Ahmad Abdel Wahed, les violences jusque là globalement limitée au Liban-Nord ont débordé jusqu'à Beyrouth.
A Tarik Jdideh, un quartier sunnite de la capitale, la mort du cheikh sunnite a dégénéré en violences. Deux personnes ont été tuées et 18 autres blessées dans lors d'affrontements nocturnes entre des partisans du Courant du Futur, mené par Saad Hariri, chef de l'opposition libanaise hostile au pouvoir à Damas, et le Parti du courant arabe, une autre formation sunnite mais soutenant le président syrien Bachar el-Assad et dirigée par cheikh Khaled Berjaoui. Selon la Voix du Liban (100.5), les deux victimes sont Mohammed Sharab, 30 ans, et Mohammed Youssef Bou Tah, 31 ans.
Alors que des tirs de grenades et de mitrailleuses ont retenti pendant une grande partie de la nuit à Tarik Jdideh, ce matin, la LBC rapportait qu’un calme précaire était revenu dans le quartier, où l’armée s’est fortement déployée, notamment autour de l’Université arabe. L'on redoutait, en journée, que les violences reprennent ce soir.
Lundi, le ministre de l'Intérieur Marwan Charbel a exhorté toutes les parties au calme, tout en assurant que la situation était effectivement revenue à la normale à Tarik Jdideh. "Ils se sont défoulés hier, il y a eu des blessés. Aujourd'hui, l'ordre a été rétabli", a déclaré le ministre à la Voix du Liban (93.3). Commentant la situation précaire au Liban, M. Charbel a souligné que "tous les responsables politiques seront tenus pour responsables des conséquences d'un refus de revenir à la table du dialogue".
Sévèrement critiqué dimanche par certains députés du Akkar, appelé même à démissionner par le parlementaire membre du Courant du futur Mouïne Merhabi, le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwaji, a appelé lundi dans les colonnes du quotidien al-Joumhouria à la fin des divisions au Liban. "La rhétorique politicienne est à l’origine de la sédition et des tensions", a estimé le général, assurant que l’armée ne laissera pas la situation se détériorer au Liban-Nord ou dans quelque région libanaise que ce soit. "L’armée est là pour protéger (les Libanais), pas pour les attaquer", a-t-il ajouté.
Aujourd'hui, M. Merhabi a réitéré son appel à la démission du général Kawhaji qu'il a qualifié d'"homme raté". Le député a de nouveau assuré que la mort de cheikh Abdel Wahed est "un crime prémédité" ajoutant que le barrage de l'armée (où a eu lieu l'incident) a été installé deux heures plus tôt sur ordre de l'officier en charge.
L'appel à la démission du commandant en chef de l'armée a été rejeté par le mufti du Nord, Malek Chaar. "Nous condamnons bien sûr cet acte odieux, le premier de la part d'un membre de l'armée. Mais autant que nous tenons à ce que les responsables soient punis, nous tenons au choix de l'Etat", a déclaré le mufti. Et de poursuivre : "Le commandant en chef de l'armée a été le premier à appeler le mufti de la République et a mis toutes ses capacités au service de cette affaire. Je ne suis pas pour que tout conflit soit résolu par la démission d'un tel ou d'un autre."
Quelques heures après la mort de cheikh Abdel Wahed, connu pour sa farouche opposition au régime syrien, la direction de l’orientation de l’armée a indiqué, dans un communiqué, avoir immédiatement formé une commission d’enquête regroupant de hauts officiers de la police militaire, sous la direction des autorités judiciaires concernées.
Vingt-un militaires, dont trois officiers ont été arrêtés pour interrogatoire, a indiqué une source judiciaire lundi à l'AFP.
Dans ce contexte de crise, le Koweït, suivant en cela les Émirats arabes unis, Qatar et Bahreïn, a appelé lundi ses ressortissants à éviter de se rendre au Liban et exhorté ceux qui s'y trouvent à partir.
Le député membre du Courant du Futur Khaled Daher a accusé le gouvernement actuel de menacer la sécurité du Liban. "Le Premier ministre Nagib Mikati doit faire chuter ce gouvernement qui isole et marginalise la majorité des Libanais", a-t-il...


