Une voiture ensevelie sous les décombres dans la ville de Lorca, en Espagne, après le séisme de mai 2011. Photo AFP
Le siège du ministère des Affaires sociales se trouve à Badaro. Dernièrement, il a été évacué deux fois en raison... de séismes dont les épicentres se trouvaient en Turquie et à Chypre ! Ces tremblements de terre, même lointains, avaient été ressentis de manière amplifiée dans ce bâtiment.
Pour mieux comprendre ce phénomène, des scientifiques se penchent aujourd’hui sur la question de la vulnérabilité des sols dans la capitale. Le résultat de ces recherches est frappant : dans certaines parties de Beyrouth, la nature géologique des sols peut provoquer une amplification des secousses qui atteint huit fois la normale. En d’autres termes, les secousses sont ressenties huit fois plus fort qu’elles ne devraient l’être. Cette révélation permet de comprendre quelles seraient les conséquences d’un séisme sur les différentes zones de la ville, comment celles-ci réagissent aux secousses et quels sont, par conséquent, les risques pour l’environnement bâti.
C’est une collaboration entre le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) libanais et le Centre d’études techniques de l’équipement (CETE) de Nice qui a permis de lancer cette étude. Sa première réalisation : une carte de la capitale représentant les différents degrés de vulnérabilité des parties de la ville, suivant la géologie des sols. « Cette collaboration a commencé en 2006, explique Alexandre Sursock, directeur du Centre de géophysique du CNRS. Dix stations avaient alors été installées pour six mois dans la capitale, et elles ont enregistré des centaines de secousses lointaines. »

Étienne Bertrand et Alexandre Sursock dans les locaux
de « L’Orient-Le Jour ».
Après cette première étude sur Beyrouth, la seconde vient de commencer et durera dix mois, explique le scientifique. Des stations seront installées d’Antélias à Sannine pour créer des modèles de mouvements de terrains lors de séismes dans la montagne libanaise, aux reliefs très accidentés. Une future étape porterait, si elle est mise en place, sur d’autres villes libanaises, notamment Tripoli, densément peuplée et très vulnérable.
Nice, un exemple
De telles études, d’une importance capitale pour les villes, sont fortement recommandées par les Nations unies. « Avec le temps, les constructions se multiplient, et aussi, par conséquent, les équipements tels que les adductions d’eau, les installations énergétiques, le transport, etc., explique M. Sursock. Tout cela sera exposé à la destruction en cas de séisme, et le coût d’une catastrophe en sera décuplé. On pense généralement que construire mieux prémunit contre les conséquences désastreuses d’un tremblement de terre. Mais ce n’est pas totalement vrai puisque la densité dans une ville rend l’impact économique d’un éventuel séisme puissant bien trop lourd à supporter pour un gouvernement. Le plus grand danger d’une catastrophe à long terme est l’appauvrissement, d’où l’importance de comprendre les risques. »
Pourquoi une collaboration avec Nice ? « Nice est l’agglomération française la plus vulnérable aux risques sismiques, explique Étienne Bertrand, responsable du service des risques sismiques au CETE, de passage à Beyrouth lors du lancement de la seconde partie de l’étude. Le dernier séisme important qui a frappé la ville était en 1887, d’une magnitude de 6,3 degrés sur l’échelle de Richter. Il avait causé de nombreux dégâts. Mais il faut compter que la ville s’est énormément développée depuis, d’où le fait que l’impact économique d’un séisme aujourd’hui serait encore plus dévastateur. »
Les autorités de la ville ne perdent pas pour autant leur temps. « Nice est devenue une ville pilote de la gestion des risques depuis vingt ans, souligne Bertrand. Nos études nous ont permis de comprendre comment la ville risque d’être secouée lors d’un séisme. Il faut savoir que le mouvement en surface varie énormément lors d’un séisme, suivant les caractéristiques géophysiques du sol. Comprendre ce mouvement permet de mieux concevoir les nouvelles constructions, suivant la partie de la ville où elles se trouvent. Nous effectuons aussi une comparaison avec la façon dont des bâtiments similaires ont réagi lors de séismes dans d’autres villes. »
Pour ce qui est des constructions existantes, forcément très nombreuses dans une ville densément peuplée, c’est une autre affaire. « Il est évident que nous n’allons pas tout reconstruire, même dans les zones qualifiées à risque, affirme Bertrand. Mais nous repérons les bâtiments importants comme les hôpitaux, afin de les renforcer ou de les consolider si besoin en est. Par exemple, à Nice, nous avons démoli puis reconstruit un hôpital dans un autre emplacement, parce qu’il se trouvait au préalable dans une zone trop vulnérable. » Pour les frais qu’occasionnent tous ces changements, le CETE est mandaté par le ministère français de l’Équipement.
Adapter les polices d’assurance
Quelles applications pratiques de cette connaissance pour les habitants d’une ville ? « En France, nous avons initié une réflexion qui implique les acheteurs, les ingénieurs et les assureurs, explique Bertrand. Cela incite les propriétaires à renforcer leurs bâtiments. Bien sûr, il existe des subventions disponibles pour les aider. »
Alexandre Sursock insiste sur l’importance d’informer l’habitant et l’acheteur de la potentielle vulnérabilité du terrain sur lequel se trouve son bien, et d’adapter les polices d’assurance au risque afin de couvrir les pertes, le cas échéant.
La finalité de cette collaboration, pour Beyrouth, serait donc, selon M. Sursock, de proposer que le modèle libanais s’inspire du modèle niçois au niveau réglementaire, pour effectuer les modifications nécessaires dans les bâtiments importants, et mieux concevoir les arbitrages en cas de problèmes. « Tout cela est coûteux, mais nous voudrions qu’en cas de catastrophe, la sortie de crise soit le plus facile possible », ajoute M. Sursock.


Espérons une collaboration avec Nice pour effectuer les modifications nécessaires dans nos nouveaux et anciens bâtiments peut être pourrons nous sauver ce qui est possible avec cette folie d’immeubles érigés dans la capitale actuellement et à l ’aveuglette Antoine Sabbagha
08 h 26, le 18 mai 2012