La veille, les dirigeants politiques avaient renvoyé le pays aux urnes, faute d’avoir réussi à s’entendre au fil de dix jours de tractations sur un gouvernement de coalition, après les législatives du 6 mai, qui ont tourné au vote-sanction contre la rigueur et n’ont accouché d’aucune majorité. Ce retour à la case élections, pour lesquelles la gauche radicale anti-rigueur du mouvement Syriza part largement favorite, a ranimé les inquiétudes sur l’avenir de la zone euro, s’il devait au final renier ses engagements d’ajustement budgétaire et de réformes structurelles. Depuis le verdict anti-rigueur sans ambiguïté du 6 mai, tous les partis grecs, y compris les socialistes et conservateurs alliés au sein du gouvernement sortant et ralliés aux recettes UE-FMI, ont affirmé leur volonté, qui de « renégocier », qui « d’amender », qui de se « dégager » de la feuille de route dictée au pays. Quant au Syriza, il parle « d’annuler » les mesures de rigueur incluses dans le plan de redressement de l’économie du pays, imposé par l’UE et le FMI en échange des prêts accordés au pays jusqu’en 2014. Les dirigeants européens « et spécialement Mme Merkel doivent arrêter de jouer au poker avec les vies des gens », a lancé dans la soirée le chef de Syriza à l’intention, entre autres, de la chancelière allemande Angela Merkel, dans une interview à la BBC. Alexis Tsipras souligne dans cet entretien que « la maladie de l’austérité détruit la Grèce et va s’étendre au reste de l’Europe ».
En interne, la riposte aux anti-rigueur tentait de s’organiser : le porte-parole du gouvernement sortant, Pantélis Kapsis, a ainsi jugé que « le pays n’a pas de marge de manœuvre sur le non-respect des engagements », sauf à s’exposer à voir « le revenu national encore plus réduit et des mesures encore plus dures » imposées. La presse grecque s’inquiétait aussi : « En pleine incertitude et crainte d’un écroulement de l’économie, le pays se dirige vers de nouvelles élections », écrivait Ta Néa (pro-socialiste). « Nouvelles élections, le pays dans le rouge », titrait de son côté Kahimérini, renvoyant la faute sur le Syriza, comme l’ont fait ses adversaires politiques, pour son refus de soutenir une coalition réunissant le Pasok socialiste, la droite de Nouvelle-Démocratie et le petit parti de la Gauche démocratique (Dimar), en mesure pourtant de réunir 168 députés sur 300. Le Syriza a, lui, plaidé pour un respect du « verdict du peuple » contre des politiques qui ont fait doubler le chômage en deux ans (à plus de 21 %) et englué le pays dans une récession qui entre dans sa cinquième année.
Inquiets, désabusés ou perplexes, les Grecs accusaient le coup hier. « Ce n’est pas une question de partis, même les extrêmes ne pourront rien faire. Les mesures d’austérité vont empirer, ce sera l’impasse, et quel que soit le parti au gouvernement, il continuera à acquiescer et à appliquer sans broncher ce que dit l’UE ou le FMI », déplore une jeune femme de 22 ans, qui, comme sa collègue Betty, dit craindre l’avenir. Pour certains, le rejet des deux partis aux affaires depuis 1974, les conservateurs de la Nouvelle-Démocratie et les socialistes du Pasok, prime sur le reste, au risque d’accroître la menace de faillite du pays et de sortie de l’euro.
(Source : agences)

