Le problème c’est que pour l’instant, on ne voit rien du tout, si ce n’est le spectacle d’étripage quotidien auquel se livrent les diverses composantes du cabinet sur pratiquement tous les sujets. Tout le monde accuse tout le monde de sabotage, mais personne ne veut assumer la moindre responsabilité des échecs successifs de ce gouvernement. Et, surtout, nul ne songe jusqu’ici à tirer sa révérence, ne serait-ce que par principe.
Voilà bientôt un an que les querelles succèdent aux querelles sans qu’aucune solution satisfaisante ne soit trouvée aux problèmes qui se posent. Mais il faut dire qu’avec l’affaire des milliards, le caractère ubuesque de la gouvernance à la libanaise a atteint de nouveaux sommets.
On croyait avoir tout vu avec cet incroyable cafouillis dans lequel le gouvernement patauge depuis des semaines. Il n’en est rien : mercredi, en Conseil des ministres, l’un des participants (Nicolas Fattouche) découvre subitement qu’étant donné que le projet de loi sur la régularisation des quelque 6 milliards de dollars (8 900 milliards de livres) dépensés en 2011 en dépassement de la règle du douzième provisoire a été soumis par le président de la Chambre à la commission parlementaire des Finances pour examen, il perd de ce fait son caractère de double urgence. En conséquence, l’article 58 de la Constitution, qui autorise le chef de l’État à promulguer par décret un projet de loi revêtu du caractère d’urgence que le Parlement s’est abstenu de voter durant quarante jours n’est plus en jeu.
En clair, cela signifie que toute la polémique de ces derniers jours n’avait pas sa raison d’être, que les attaques au vitriol du général Michel Aoun contre le président Michel Sleiman, parce que celui-ci refuse de signer le décret, sont le fruit d’une méconnaissance de la loi.
Mais une deuxième découverte, encore plus surprenante, a été faite aussi mercredi : le ministre des Travaux publics, Ghazi Aridi, sort de son chapeau une loi datant de 1991, aux termes de laquelle il s’avère que toutes les dépenses hors budget ont été opérées de façon illégale et qu’il est donc nécessaire de tout remettre à plat.
Que tel ou tel détail juridique échappe à un homme politique ou à un ministre, il n’y a rien de rédhibitoire à cela. En revanche, qu’un gouvernement tout entier manque à ce point de conseillers juridiques avisés, qu’il fasse preuve d’autant d’amateurisme, cela ne s’était jamais vu auparavant, même au Liban.
D’ici à mercredi prochain, il y aura donc de nouvelles tractations en coulisses pour tenter de trouver une issue à tout ce micmac, et l’on peut supposer que les petits talents du président de la Chambre, Nabih Berry, y seront sollicités encore une fois.
Le Hezbollah a d’ailleurs ouvert la voie à de possibles arrangements en faisant savoir par le biais de l’un de ses deux ministres, Mohammad Fneich, que son alliance avec le bloc du Changement et de la Réforme ne signifie pas que les deux formations sont d’accord sur tout.
Cela peut vouloir dire que s’il est confronté une fois de plus à la perspective d’une chute du gouvernement, par exemple par la démission de son chef, le parti de Dieu n’hésiterait pas, comme on l’a vu précédemment, à lâcher le général Aoun, après l’avoir lui-même aidé à monter aux créneaux dans cette affaire, si ce n’est davantage.
Dans l’affaire du financement du Tribunal spécial pour le Liban, Nagib Mikati s’était résolu, au bout d’un long suspense, à menacer publiquement de rendre son tablier en cas de refus de la majorité d’autoriser le gouvernement à verser la quote-part du Liban au TSL.
Aujourd’hui, le Premier ministre se refuse à parler ouvertement de démission, mais il en agite implicitement le spectre. Que ferait-t-il mercredi prochain si un arrangement quelconque n’était pas trouvé d’ici là ? La logique suppose, certes, qu’il devrait tirer sa révérence, mais dans le contexte libanais, qui parle encore de logique ?
Est-ce Walid Joumblatt qui, pour maintenir le dernier lien qui le lie au Hezbollah, fournit l’oxygène minimal à la majorité au gouvernement et la lui retire à la Chambre ?


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Quand on n'a plus besoin de "paravent" on s'en défait. Le lâchage viendra et la désillusion avec.
12 h 18, le 11 mai 2012