Les multiples organisations humanitaires qui travaillent au Pakistan, régulièrement meurtri par les conflits et catastrophes naturelles, réexaminent leurs procédures après le meurtre de Khalil Dale, un employé du CICR dont le corps décapité a été retrouvé fin avril à Quetta, quatre mois après son enlèvement. L’assassinat non revendiqué de ce Britannique de 60 ans, converti à l’islam, a d’autant plus choqué la communauté des ONG que son employeur a une réputation de neutralité qui lui permet de travailler en sécurité dans les pires zones de conflit.
Le Forum humanitaire du Pakistan (FHP), qui représente environ 50 de ces organisations internationales employant au total plus de 200 expatriés et 10 000 Pakistanais, s’inquiète de l’augmentation récente des incidents visant les organisations humanitaires, notamment les kidnappings, qui va selon lui « les empêcher encore plus de fournir une aide permettant aux populations les plus vulnérables de survivre et d’améliorer leur condition ».
Dimanche dernier est apparue une vidéo montrant l’otage américain Warren Weinstein implorant le président américain Barack Obama de lui sauver la vie en accédant aux revendications de ses ravisseurs. Cet homme de 70 ans travaillant dans le développement pour une société privée avait été enlevé en août dernier à son domicile de Lahore et serait, selon des sources de sécurité pakistanaises, détenu par el-Qaëda et ses alliés talibans dans leurs bastions des zones tribales du Nord-Ouest. Son enlèvement, ainsi que celui de deux humanitaires italien et allemand un peu plus tard à Multan dans le centre, une ville qui comme Lahore était jusque-là considérée comme sûre, ont attisé les craintes au sein des ONG.
Nombre de ces organisations ont mis en cause la CIA pour avoir organisé une fausse campagne de vaccination à Abbottabad pour s’assurer, via des prélèvements d’ADN sur sa famille, qu’Oussama Ben Laden se trouvait bien sur place, comme elle le soupçonnait, avant le raid américain qui l’a tué le 2 mai 2011. Cette opération a selon elles renforcé les soupçons d’espionnage des ONG. Après la mort de Ben Laden, les autorités ont limité la marge de manœuvre des étrangers dans le pays en restreignant les visas et déplacements.
Après le meurtre de Khalil Dale, des responsables du CICR sont venus de Genève pour rencontrer les autorités locales et réévaluer leur déploiement dans le pays. Avant même son enlèvement, l’organisation avait déjà annoncé une sensible réduction de sa présence au Pakistan, en raison notamment, selon une source interne, de la difficulté croissante qu’elle avait d’obtenir des visas auprès des autorités.
(Source : AFP)

