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À La Une - Éclairage

Dans l’imbroglio politique actuel, l’énigme Joumblatt...

Le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. Photo archives/AFP

À un peu plus d’un an de l’échéance législative, la classe politique dans son ensemble est entrée en campagne électorale. Le week-end a été ainsi riche en discours souvent violents sur fond de considérations liées au découpage et au réseau d’alliances en vue des élections. C’est donc avec beaucoup d’avance que la campagne a été ouverte, sur les injonctions notamment du secrétaire d’État adjoint américain Jeffrey Feltman qui a pressé ses interlocuteurs du 14 Mars de tout faire pour remporter les législatives de 2013. À ceux qui lui demandaient quelle sera en définitive la position du chef druze Walid Joumblatt, qui se rapproche du 14 Mars sans pour autant franchir le pas décisif, Feltman aurait répondu qu’il fallait être patient et qu’il se porte en quelque sorte garant du leader druze. En réalité, Walid Joumblatt reste une énigme pour tous ceux qui cherchent à comprendre l’imbroglio libanais. Ses revirements sont devenus légendaires, mais s’ils sont prévisibles, l’homme n’étant pas vraiment connu pour avoir des principes et une idéologie fixes, ils n’en conditionnent pas moins la vie politique libanaise.


Ayant senti le vent souffler le 8 mai 2008, M. Joumblatt, qui était jusque-là le fer de lance du 14 Mars, avait entamé un virage politique radical qu’il a concrétisé finalement avec le renversement de la majorité parlementaire qui a permis la désignation de Nagib Mikati à la tête du gouvernement actuel. M. Joumblatt a rendu ainsi un grand service au 8 Mars, mais il en a aussi recueilli les dividendes en obtenant une part inhabituelle au sein du gouvernement, avec trois ministres dotés de trois portefeuilles importants. Les acquis en poche, il a commencé à prendre ses distances avec le 8 Mars en se voulant centriste et en définissant ses positions dossier par dossier, de manière à continuer à souffler le chaud et le froid au gouvernement et au Parlement, puisque ce sont ses députés qui déterminent la majorité parlementaire.


La crise syrienne est venue à point nommé pour lui permettre de se rapprocher du 14 Mars sous le titre de l’appui à la population. En même temps, il ne cessait de rassurer ses partenaires au sein de la majorité sur le fait qu’il ne songe pas à renverser celle-ci et qu’il continue à exclure les armes du Hezbollah de ses piques. Il croyait pouvoir ainsi gagner sur tous les tableaux, étant le plus virulent à l’égard du régime syrien et bloquant les décisions du gouvernement qui pourraient constituer une menace pour le 14 Mars, tout en ménageant le Hezbollah et en défendant ses armes.


Toutefois, à mesure que le conflit se durcit au Liban et que l’échéance électorale se rapproche, la position de M. Joumblatt devient de moins en moins confortable. Au cours de sa dernière visite en Arabie saoudite, et en dépit d’une rencontre avec le ministre saoudien des AE, il a constaté que le roi Abdallah ne lui a pas encore pardonné ce qui a été considéré comme un coup de poignard dans le dos, autrement dit le renversement de la majorité. Si les responsables saoudiens avec lesquels il s’est entretenu ont apprécié ses propos contre le régime syrien, ils lui auraient laissé entendre qu’il ne peut plus s’arrêter en si bon chemin et qu’il devrait commencer à attaquer les armes du Hezbollah, ce thème devant être l’un des principaux slogans de la prochaine campagne électorale. M. Joumblatt a donc profité d’une cérémonie en hommage aux anciens combattants du PSP à Sofar au cours du week-end pour faire une allusion significative aux armes du Hezbollah, en affirmant que les armes devraient être dans le cadre de l’État. Toutefois, M. Joumblatt ne peut pas aller plus loin pour l’instant, d’autant que le paysage électoral est encore confus. La présence géographique de sa communauté et de ses députés dispersés entre le Chouf, Aley, Baabda et Beyrouth, sans parler de Hasbaya au Sud, l’oblige à nouer un réseau d’alliances qui ressemble à un numéro d’équilibriste : il a besoin d’alliés chrétiens dans la Montagne, sunnites dans Iqlim el-Kharroub et Beyrouth, et chiites à Baabda.

 

S’il semble clair pour l’instant qu’une alliance entre les druzes de Walid Joumblatt et le CPL est difficile, il lui faut négocier ferme avec le 14 Mars pour composer des listes communes avec les Kataëb et les Forces libanaises. Or cela n’est pas possible tant qu’il ne s’est pas réconcilié avec le chef du courant du Futur Saad Hariri. À ce sujet, des sources proches du PSP révèlent que Jeffrey Feltman aurait promis à M. Joumblatt de le rapprocher du roi Abdallah d’Arabie et donc de Saad Hariri. Mais pour que ce soit possible, il devrait attaquer le Hezbollah. Retour donc à la case départ. M. Joumblatt a bien commencé par se rapprocher de la Jamaa islamiya en vue de nouer avec elle des alliances à Iqlim el-Kharroub, mais il a aussi besoin des voix chiites à Baabda et Hasbaya. C’est en homme inquiet qu’il se prépare donc aux législatives, alors que les élections d’un nouveau cheikh Akl de la communauté druze se profilent à l’horizon et qu’il doit faire face non seulement à son allié par défaut l’émir Talal Arslane mais aussi aux appétits grandissants de l’ancien ministre Wi’am Wahhab. En même temps, il ne veut pas rompre ses liens avec le Hezbollah, et il a récemment tenu une longue réunion avec un haut responsable de cette formation, tout en préparant une réunion de coordination entre les ministres du Hezbollah et les siens. M. Joumblatt cherche donc à préserver sa politique d’équilibriste, mais certains de ses proches croient qu’elle ne pourra pas tenir encore longtemps surtout avec l’approche des élections. D’ailleurs, dans le camp du 8 Mars, beaucoup considèrent que Joumblatt est déjà parti, mais ils attendent le moment propice pour officialiser la rupture...

 

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La campagne pour les législatives de 2013 est lancée...

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