Rappelons les circonstances de la création de la ZME : en mai 1998, onze des pays souhaitant participer à la monnaie unique sont retenus au regard des critères de convergence fixés dans le Traité de Maastricht. Les principaux critères sont les suivants : le rapport entre déficit public et produit intérieur brut doit être inférieur à 3 %, et le rapport entre dette publique et PIB doit être inférieur à 60 %. Ces critères ont complètement été bafoués : au début de l’année 2007, et donc avant cette série de crises, le déficit public de la Grèce en fonction de son PIB était de 6,4 %, 3,1 % pour le Portugal et 2,7 % pour la France. Plus surprenant encore, en 2002, la dette de la France représentait 59 % de son PIB. La norme de 60 % a alors été sans cesse dépassé jusqu’à atteindre 84,5 % aujourd’hui. Au dernier trimestre 2011, la dette publique s’élève à 87,4 % du PIB dans la zone euro et le déficit à 6,5 %
Depuis la création de la monnaie unique, la tendance est clairement à l’endettement massif pour une raison simple : jusqu’à une date récente, il était inconcevable qu’un État puisse être en défaut de paiement. Pour cette raison, personne n’aurait imaginé la défaillance d’un regroupement d’une vingtaine d’États.
Mais pourquoi toute cette dette ? Qu’est-ce qui a été fait de tout cet argent ? L’économie, la production et les services ne se sont pas drastiquement améliorés. C’est le moins qu’on puisse dire. Personne n’agissait car tout semblait aller pour le mieux. Les États se sont longtemps abstenus de soutenir les travaux de recherches sur les défaillances et les failles de notre système financier, pestant contre les théories de personnes comme Mohammad Younès, père du microcrédit, et s’acharnant à les démonter. Le concept du microcrédit désigne le fait de prêter des sommes d’argent raisonnables à des personnes sans ressources importantes pour qu’elles puissent développer leurs propres activités, avec un taux de remboursement de près de 95 % et des taux d’intérêt relativement élevés puisqu’ils avoisinent 8 %. L’activité se révèle ainsi à la fois utile et rentable. D’ailleurs, Mohammad Younès obtint le prix Nobel de la paix en 2006. Les banques d’investissement comme Citigroup, JPMorgan et Morgan Stanley ont été les principaux soutiens de cette nouvelle pratique de la microfinance.
Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, les banques sont le reflet de l’état de l’économie et n’en sont pas la cause. Ce n’est pas en contournant leurs propres responsabilités et en se présentant en opposants aux marchés que les États vont améliorer la situation. La solution réside dans le fait de trouver un optimum entre équilibre budgétaire et croissance. Il faut que les banques et les États puissent se faire confiance à nouveau et travailler main dans la main. Un excellent exemple de coopération est illustré par la manière dont Citigroup a été secouru par le gouvernement américain en 2008. L’investissement total de l’État dans Citigroup s’était élevé à 45 milliards de dollars. Deux ans plus tard, l’État a récupéré toute sa mise initiale, mais également 12 milliards de dollars supplémentaires en dividendes et intérêts. M. Vikram Pandit, CEO de Citigroup, avait alors déclaré : « Si Citigroup s’était mis en faillite, cent gouvernements se seraient demandé comment payer leurs employés. »
La clef de la sortie de la crise est là : rétablir le dialogue et la confiance entre les banques et les États afin d’assurer une coopération efficace des deux parties. C’est l’économie globale de chaque pays qui en sortira vainqueur.
Anthony SARKIS
Ingénieur civil
Essec Business School

