Des téléspectateurs regardant le débat de l’entre-deux-tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, prétendants à l’Elysée, le mercredi 2 mai 2012. Jeff Pachoud/AFP
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur le chômage. Lucien est au chômage depuis six mois. Un des hommes en costume avance un nombre de chômeurs supplémentaires sur les cinq dernières années, l’autre lui renvoie son propre décompte. Entre les deux, une différence de 578 000 chômeurs. Lucien se demande s’il fait partie de la différence. Et si oui, il se demande si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.
À Fessenheim, un mercredi soir, Marcel regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur le nucléaire. Le nucléaire, Marcel bosse dedans. Un des hommes en costume veut fermer l’usine de Marcel, l’autre est contre. Marcel se dit que s’il ne veut pas se retrouver dans la situation de Lucien, il va falloir qu’il vote pour le type en costard qui ne veut pas lui sucrer son boulot.
À Colombes, un mercredi soir, Hassan regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur l’immigration. Hassan est un immigré. Un des hommes en costume avance ses bilans et projets chiffrés, l’autre lui oppose les siens. Entre les deux, une différence qui fluctue. Hassan se demande s’il fait partie de la différence. Et si oui, il se demande si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.
À Saint-Tropez, un mercredi soir, Brigitte regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur l’immigration. L’immigré, c’est, pour Brigitte, une grosse trouille et la cause de tous les soucis de la France. Un des hommes en costume veut fermer un peu les frontières, l’autre beaucoup. Brigitte a un faible pour une femme en bleu marine qui va voter blanc. Brigitte, elle, ne sait pas trop quoi faire dimanche dans l’isoloir. Blanc comme Marine, rien, ou le type en costard qui la drague effrontément depuis le 22 avril ?
À Gstaad, un mercredi soir, Laetitia regarde la télé
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur la fiscalité. De l’argent, le mari de Laetitia en a beaucoup. Un des hommes en costume avance un taux d’imposition costaud pour les super-riches comme le mari de Laetitia, l’autre évoque un bouclier pour protéger les super-riches comme le mari de Laetitia, mais menace de rattraper les exilés fiscaux, comme le mari de Laetitia. Laetitia angoisse, elle sent que le patrimoine de son mari est menacé. Elle se dit qu’elle devrait demander l’asile en Suisse.
À Belleville, un mercredi soir, Jérôme regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur la fiscalité. L’or, Jérôme ne roule pas dessus. Un des hommes en costume avance un taux d’imposition costaud pour les super-riches comme le mari de Laetitia, l’autre évoque un bouclier pour protéger les super-riches comme le mari de Laetitia, mais menace de rattraper les exilés fiscaux comme le mari de Laetitia. Jérôme se dit qu’en choisissant le type en costard qui taxera le plus le mari de Laetitia, il pourrait peut-être limiter les prélèvements en tous genres sur son propre salaire de misère.
À Saint-Denis, un mercredi soir, Marc regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur les profs. Prof, c’est le métier de Marc. Un des hommes en costume veut accroître le travail des profs, l’autre veut accroître le nombre de profs. Marc, lui, voudrait simplement avoir les moyens de vivre correctement, en formant de futurs électeurs intelligents.
À Baume-les-Messieurs, un mercredi soir, Lucie regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur à peu près tout. Le dada de Lucie, c’est l’environnement. Pas tant pour elle que pour ses enfants. Il est 23 h. Les deux hommes ont déjà beaucoup parlé, mais point de vert à l’horizon. Il est presque minuit. Elle se dit que c’est cuit.
Rue de Solférino, un mercredi soir, Ségolène regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur à peu près tout. Ségolène se souvient.
À la Plaine-Saint-Denis, un mercredi soir, Carla regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur à peu près tout. Elle trouve l’un des deux mauvais et l’autre franchement bon. Elle a hâte de le lui dire.
À la Plaine-Saint-Denis, un mercredi soir, Valérie regarde la télé.
Sur l’écran, deux hommes en costume s’écharpent sur à peu près tout. Elle trouve l’un des deux mauvais et l’autre franchement bon. Elle a hâte de le lui dire.

