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« L’énigme » du Lutfallah II : décision internationale d’armer l’opposition ou prétexte pour relancer l’ingérence syrienne ?

Éclairage
02/05/2012

L’opposition est soucieuse, à l’heure actuelle, d’élucider « l’énigme » du Lutfallah II, selon une source du 14 Mars. Le navire avait été intercepté vendredi par l’armée, alors qu’il était amarré au large du Liban-Nord. Trois conteneurs d’armes, qui seraient destinés, selon certaines sources, à l’opposition syrienne, ont été saisis à son bord.
La série de questions que se pose l’opposition sur l’affaire sont liées à l’itinéraire emprunté par le navire (parti de Libye, il a fait une escale au port égyptien d’Alexandrie, avant de se diriger vers le port de Tripoli), un itinéraire qui implique directement le Liban dans le conflit syrien, rompant ainsi avec la politique de distanciation.


D’abord, ce n’est un secret pour personne que l’armée exerce un contrôle étroit au niveau des frontières terrestres et maritimes. Affermi depuis le début de la crise syrienne, ce contrôle est relayé à la fois par la Finul et par l’armée israélienne, soucieuse d’empêcher le trafic d’armes par les voies maritimes vers Gaza.


Face à cet état des lieux, comment la partie responsable du trafic déjoué a-t-elle entrepris d’envoyer les armes à travers le Liban, alors qu’elle aurait pu opter pour la Turquie ou pour l’Irak ? D’où lui est venue cette audace ? Cette question est soulevée par les milieux de l’opposition qui jugent déraisonnée pareille démarche... à moins qu’elle ne vise à envoyer un message particulier. En effet, l’opposition s’interroge sur la raison pour laquelle le trafic d’armes semble relever désormais des autorités internationales, alors qu’il s’effectuait traditionnellement à l’échelle des commerçants, toutes confessions et tendances confondues (même le fils d’un cadre d’un parti influent avait été accusé de vendre des armes à l’opposition syrienne, puisées d’un dépôt d’armes du parti en question).


L’itinéraire du navire et la manière avec laquelle les armes ont été saisies (la Finul a notifié l’armée du caractère suspect du navire) paraissent indiquer l’existence d’une décision internationale d’armer l’opposition. Auquel cas le navire ne serait autre qu’un signal clair de cette décision externe. Cette hypothèse est appuyée également par le fait que les armes transportées n’étaient pas dissimulées dans une cargaison de marchandises commerciales, comme s’il n’y avait aucune volonté de les camoufler.


Selon les milieux de l’opposition, la majorité tente de profiter de l’affaire du Lutfallah II en lui imputant la responsabilité de la contrebande vers la Syrie. Pareille allégation viserait à justifier un accroissement éventuel de l’ingérence syrienne, dans un terrain libanais présenté comme ennemi au régime. Or l’opposition rappelle que si le transit des armes s’effectue via le port de Tripoli, cela ne suffit pas à accuser l’opposition, puisque la présence de l’armée est fortement ressentie, et de manière égale, tout le long des frontières. En somme, la majorité tenterait d’exploiter cet incident à des fins politiques, précisément électorales. D’autant que la campagne pour les législatives semble déjà initiée par les attaques du député Michel Aoun contre le chef de l’État, comme le relève une figure de l’opposition.


Une autre question qui se pose : pourquoi le navire a-t-il été dérouté, après son interception, vers le port de Selaata, où il a été vidé, et non directement vers la base militaire de Jounieh ou de Beyrouth directement ? Autant de réponses que l’opposition s’empresse de trouver, sans fonder grand espoir sur les résultats de l’enquête en cours, puisque, dans cette affaire, c’est également le rôle de l’armée qui est questionné...

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