Nicolas Sarkozy et François Hollande ont exposé leurs idées hier soir à la télévision. Photo AFP/France 2
À dix jours du second tour, le candidat socialiste, qui adopte un peu plus chaque jour une posture présidentielle, a durci le ton face au président sortant, dont le camp mène une campagne très agressive. Dans la matinée, M. Hollande a accusé M. Sarkozy de faire la « course derrière les thèses et les mots du Front national » (FN, extrême droite) dans sa quête des voix de l’extrême droite dont il a un besoin vital pour l’emporter le 6 mai. « Le Front national est un parti autorisé dans la République et qui conteste un certain nombre de valeurs de la République », a estimé hier soir François Hollande, tout en réaffirmant son souci de s’adresser à tous les électeurs, y compris à ceux qui ont voté FN. Il était le premier à s’exprimer au cours d’une émission sur la chaîne de télévision publique France 2, avant l’unique débat direct de la campagne, mercredi prochain.
Plus tôt dans la journée, M. Sarkozy s’était dit « persuadé » que les 17,9 % de Français qui ont voté au premier tour pour Marine Le Pen n’étaient « pas racistes », mais avaient voulu dire « ça ne peut plus durer, on ne peut plus supporter la façon dont le monde évolue depuis trente ans, on veut conserver notre mode de vie (...), on veut des frontières, on veut la nation ». M. Sarkozy a cependant fixé une limite claire à la droitisation de son parcours : il a précisé qu’aucun désistement d’un candidat de son parti, l’UMP (Union pour un mouvement populaire), n’aurait lieu en faveur d’un candidat FN mieux placé que lui au second tour des élections législatives de juin, et que les candidats UMP se maintiendraient partout où ils auraient le score minimal requis au 1er tour.
Le parti présidentiel continue de faire bloc autour de M. Sarkozy malgré quelques réticences sur sa stratégie. L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, représentant de l’aile « humaniste », a ainsi estimé que le président sortant était « le meilleur pour gouverner le pays ». Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a assuré de son côté que François Hollande « courait le risque de redéclencher une crise des dettes souveraines en Europe » en refusant la « règle d’or » prévue par le traité européen de discipline budgétaire.
Le candidat socialiste plaide depuis le début de sa campagne présidentielle en faveur d’une renégociation du traité de discipline budgétaire européen, signé en mars par 25 des 27 pays de l’UE, car il estime qu’il faut lui ajouter une dimension de soutien à la croissance. « Je ne suis pas pour la politique de la chaise vide. Ce que je demande sur la renégociation doit être possible sans que j’ai à dire que je me mettrai de côté », a expliqué hier soir M. Hollande. « Ce n’est pas l’Allemagne qui va décider pour l’ensemble de l’Europe (...). Beaucoup de pays aujourd’hui attendent la décision de la France, car nous ne sommes pas n’importe quel pays d’Europe, nous sommes un pays leader en Europe et ce que va faire le peuple français va considérablement modifier la donne », a-t-il jugé.
Après s’être longtemps refusé à répondre aux attaques dont il est l’objet de la part du camp présidentiel, M. Hollande accuse désormais de « mensonges » M. Sarkozy. Celui-ci a affirmé – à tort – que son adversaire socialiste avait reçu le soutien de 700 mosquées et de l’intellectuel musulman controversé Tariq Ramadan, ou encore qu’il prévoyait de régulariser tous les étrangers en situation irrégulière.
Les sondages de second tour sont d’une grande stabilité et promettent toujours une large victoire au candidat socialiste. Deux enquêtes publiées hier lui donnent ainsi 55 % (institut TNS Sofres) et 54 % (CSA) des intentions de vote, contre 45 % et 46 % à son adversaire.
(Source : AFP)


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