Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes Mais les choses nous parlent si nous savons entendre. »
Drouot-Barbara
À toi l’ami amoureux de ce beau village du Chouf
Une mise en scène qui l’amuse. En plein cœur d’un quartier branché. Beyrouth. Bars. Restaurants. Entrechats de valets parking en attente. Jeunes enfumés. Beautés rebelles en vadrouille. Démarches perchées sur des talons chaloupées. Rage de vivre. Klaxons embouteillés. Il faudra deviner, chercher et le trouver. La péniche échouée. Les trésors collectionnés. Il est là. Caché. Camouflé. Dérobé. La discrétion des vrais seigneurs. Des tripes désapées. Nues. Exhibées comme les tableaux qu’il achète. Il ne se découvre qu’aux intimes. La bouche sans oreille. Des yeux avec cette soif occulte. Secrète. Un téléphone réservé. Pas de vernissage ouaté ni de champagne bouchonné. Un appartement. Quelques chaises. Une table. Du vin. Fromage éclaté. Miches de pain découpé. On prend place face au tableau noir. Un rideau invisible qui se lève. Scénographie éphémère d’un soir de pleine lune. Tableaux accrochés. Décrochés. Expliqués. Aimés. Jazz en fond sonore. Tableaux rangés. Sages en attente de spectateurs. Âme d’un lieu animé par la poésie d’un seul homme. Il est là. Il gesticule, déroule, déplie les toiles les unes après les autres. Histoires de vies. D’artistes venus de pas si loin. L’Afrique. Ses couleurs. Ses éclats. Ses jouissances. Ses souffrances. Sa lumière explosée. Rétine éclatée. Déflagration de sens. Des couples enlacés. Amours désordonnés. Têtes de morts angoissées. Rouge carmin éclaboussé. Et l’amour. Sa quête désespérée. L’espoir déshabillé. Pinceaux agités. Ils viennent dans ce Liban tourmenté se reposer chez toi. Aïn Zhalta. Face au coucher de soleil. À la lumière apaisante du crépuscule. Là-haut sur le toit terrasse du village que tu aimes. Ils chantent en peinture. Une mélodie solitaire. Odeur de narguilé. Saveurs d’arak. Poules en liberté. Lézards faufilés. Salades frisées. Olives décrochées. Inspiration insoumise. Tableaux qui voyageront avec cette histoire à conter. Fragile et vacillante comme la flamme d’une bougie. Toujours éclairée grâce à l’énergie d’un amoureux fidèle et passionné. Merci l’ami pour cet instant fugitif et exquis où tu as poussé le bouton pause de ce temps sans cesse dérobé et paniqué.
Tahani Khalil GHEMATI
Architecte libyenne et suisse

