Le chef de la mission des observateurs en Syrie, le colonel Ahmad Himmiche (au centre), accompagné par des acolytes et une escorte armée lors d’une tournée samedi à Homs. Shaam News Network/AFP
Dans la ville de Homs, où deux observateurs sont désormais installés, l’OSDH a rapporté que « trois civils ont été tués par des tirs dans les quartiers de Khaldiyé, al-Ghouta et al-Moukhayam ». Dans la province de Homs, où les observateurs ont mené hier une tournée, trois autres civils ont péri à Talbissé. Selon le colonel Saadeddine Kassem, porte-parole de l’Armée syrienne libre (ASL), qui a accompagné les observateurs dans les rues de Rastane, des tirs d’intimidation ont eu lieu depuis un barrage militaire au loin, pour disperser les habitants entourant l’équipe. Les observateurs se sont ensuite rendus à Hama, capitale de la province voisine du même nom, selon Abou Ghazi Hamoui, un militant sur place. Selon l’agence SANA, ils y ont rencontré le gouverneur. Un autre militant sur place, Hadi Abdallah, avait affirmé dans la matinée que des observateurs devaient également visiter Talbissé et Qousseir. Trois civils ont également été tués par les forces gouvernementales dans la province d’Idleb. Et encore trois civils sont morts dans celle de Damas, dont deux dans un violent assaut sur Douma, dans la banlieue de la capitale. Près de cette zone, quatre soldats sont morts dans l’explosion d’une bombe. Enfin, un membre des forces de sécurité est mort dans la ville côtière de Banias.
Justice militaire
D’autre part, des vidéos tournées samedi par des militants montrent une réunion entre des observateurs, des habitants et des rebelles de Homs leur demandant de rester pour empêcher de nouvelles attaques. « S’il vous plaît, restez avec nous (...). Lorsque vous êtes là, le pilonnage s’arrête », lance en anglais un habitant au colonel Ahmad Himmiche, chef de la mission, expliquant que samedi avait été le premier jour sans « bombardement » ni « tuerie » à Homs « depuis le 5 février ».
Par ailleurs, huit jeunes militants arrêtés en février à Damas, dont la blogueuse Razan Ghazzawi, l’un des symboles de la contestation, ont été inculpés et traduits samedi devant la justice militaire, a affirmé hier l’avocat des droits de l’homme Anouar Bounni. Ils encourent, selon lui, jusqu’à 5 ans de prison. En outre, la fille d’un avocat qui défend de nombreux opposants, Yara Chammas, a été interrogée hier par la justice à Homs et inculpée pour « propagation d’informations mensongères » et « appartenance à une organisation secrète », a encore indiqué M. Bounni.
Les 300
Sur le plan diplomatique, samedi à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité une deuxième résolution sur la Syrie, autorisant l’envoi d’une mission élargie de 300 Casques bleus non armés. Les 300 observateurs doivent être déployés « rapidement » et « pour une période initiale de 90 jours », selon la résolution 2043, mais le chef de l’ONU, Ban Ki-moon, devra auparavant déterminer si « la consolidation » du cessez-le-feu le permet. Dans ce cadre, 10 militaires finlandais seront déployés le 4 mai en Syrie, a annoncé hier Helsinki. Samedi, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a menacé Damas de « toutes les options envisageables » s’il ne respectait pas ses engagements, tandis que son homologue allemand Guido Westerwelle a jugé que « le temps des ruses et des petits jeux tactiques (était) terminé ». « Notre patience est à bout », a insisté l’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice. Washington et Paris ont précisé que le renouvellement de la mission après 90 jours ne serait pas automatique.
Hier, l’émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe, Kofi Annan, s’est félicité de l’adoption de cette résolution. Le vote, fruit d’un compromis rédigé par la Russie et l’Union européenne, est « un moment crucial pour la stabilisation (de la Syrie) », a estimé M. Annan. Nonobstant, face aux violations quotidiennes de la trêve, qui ont fait plus de 200 morts depuis son entrée en vigueur le 12 avril, M. Annan a une nouvelle fois appelé Damas à arrêter « une fois pour toutes » d’utiliser des armes lourdes et à « les retirer des centres de population ».
Pour leur part, l’opposition syrienne et l’ASL ont salué la résolution, mettant toutefois en garde contre les tactiques du régime pour gagner du temps et ne pas se conformer au plan Annan. La résolution répond « aux revendications du peuple syrien », a jugé Georges Sabra, porte-parole du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, tout en appelant à élargir à nouveau cette mission pour la rendre « plus efficace ». Aujourd’hui, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Mohammad Kamel Amr, recevra au Caire Burhan Ghalioun, le chef du CNS, a annoncé hier le bureau de M. Amr.
Un « complot occidental »
À Damas, le vice-ministre des Affaires étrangères, Fayçal al-Moqdad, a estimé que « la situation qui sévit en Syrie est le résultat d’un complot ourdi par les États-Unis et des puissances colonialistes occidentales, appuyés par Israël et certains pays régionaux et arabes. Ce complot est exécuté par des groupes terroristes pour affaiblir la position de Damas, qui réclame la restitution du Golan occupé et des territoires arabes spoliés », a-t-il dit. M. Moqdad a en outre jugé que la Syrie a fait un pas en avant dans les réformes, avec l’adoption en février de la nouvelle Constitution, affirmant que l’avenir de son pays sera définitivement fixé par les résultats des urnes lors des élections législatives du 7 mai.
Enfin, au niveau humanitaire, le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a fait savoir hier que la Jordanie voisine avait besoin d’aide pour accueillir les dizaines de milliers de réfugiés syriens.
(Sources : agences et rédaction)


"L'énervement d'Annan" et sa "hausse de ton" contre Damas sont comme ceux du 14 mars contre le gouvernement Mikati, soit d'effet nul et non avenu. En une semaine ses observateurs ont bien observé que le régime de Damas est un bon assassin, qui sait tuer à merveille. Jusqu'ici c'est tout.
23 h 19, le 22 avril 2012