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Nos lecteurs ont la parole

Penser à l’avenir sans oublier les images du passé

Ziad AKL
L’article de Fifi Abou Dib intitulé « Le chagrin des pierres » (L’Orient-Le Jour du 12/4/2012) et qui fait suite à son interpellation par un article de l’écrivain Émir Imamovic sous le titre « Arrêtons de pleurer le Sarajevo d’antan » est pour moi un événement dans le contexte de la (re)construction de Beyrouth et des problématiques qu’elle soulève non seulement vis-à-vis de son patrimoine, mais de son identité intégrale.
Fifi nous a toujours émus par ses descriptions du Beyrouth d’antan, qui venaient nous atteindre en plein cœur et raviver des scènes d’une rare beauté et d’une poésie unique, à la limite du réel et du présent, tant au niveau de la pierre que de la végétation et de ses senteurs : « Néflier, oranger, bigaradier, citronnier ; parfois un olivier, un magnolia, un jacaranda ou un cyprès étranglé par un bougainvillier dément, la végétation de Beyrouth. »
D’autres articles avaient été publiés par la même auteure, qui montraient l’intérêt qu’elle porte à notre ville et aux angoisses de cette dernière, confrontée qu’elle est aux assauts du temps, aux prix fonciers, aux changements socio-économiques, à la mutation culturelle, à l’insécurité spasmodique et
à la « fracture sociale et
communautaire ».
Avec courage, elle parle d’oublier la nostalgie, de plus en plus façonnée de fantasmes, d’explorer des chemins nouveaux et de penser le présent et l’avenir. « Il est vital de sortir de ce deuil pour libérer la ville du poids d’un passé fantasmé et lui offrir la liberté d’inventer son présent. »
« Penser » notre avenir, nous y aventurer, le construire – même au prix de quelques égarements – avant qu’il ne se construise lui-même sans nous consulter, fort pour cela de l’inefficacité des défenseurs du passé, dont l’(in)action salonnarde lente et molle est dépourvue de toute portée globale, ni économique ni sociale, qui viendrait lui donner une hypothétique crédibilité.
Dans des contextes aussi désastreux, la critique doit s’accompagner d’action et de propositions, sinon elle ne contribue à rien d’autre qu’à accompagner telle une marche funèbre l’ensevelissement physique d’une identité qu’il est interdit d’enterrer.
Penser au futur, ne pas oublier les images du passé, trouver les moyens de s’en inspirer, affronter et accompagner l’action : voilà un exercice certes difficile, mais auquel intellectuels, architectes et universitaires devraient se consacrer.
L’espoir et la réussite viennent de l’expérimentation, jamais des lamentations.

Ziad AKL
L’article de Fifi Abou Dib intitulé « Le chagrin des pierres » (L’Orient-Le Jour du 12/4/2012) et qui fait suite à son interpellation par un article de l’écrivain Émir Imamovic sous le titre « Arrêtons de pleurer le Sarajevo d’antan » est pour moi un événement dans le contexte de la (re)construction de Beyrouth et des problématiques qu’elle soulève non seulement vis-à-vis de son patrimoine, mais de son identité intégrale.Fifi nous a toujours émus par ses descriptions du Beyrouth d’antan, qui venaient nous atteindre en plein cœur et raviver des scènes d’une rare beauté et d’une poésie unique, à la limite du réel et du présent, tant au niveau de la pierre que de la végétation et de ses senteurs : « Néflier, oranger, bigaradier, citronnier ; parfois un olivier, un magnolia, un jacaranda ou...
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